Climat

Comment le Groenland a réagi à un climat plus chaud

Une équipe scientifique danoise a réussi à déterminer comment la calotte glaciaire du Groenland avait réagi à une période chaude, le maximum thermique de l’Holocène, qui a débuté il y a 8 000 et a duré 3 000 ans. À l’époque, les températures étaient de 2 à 4 degrés plus élevées que le niveau actuel, ce qui a provoqué la fonte d’une part importante des glaces de l’île. Ces résultats, qui viennent d’être publiés dans la revue Geology, sont importants car nous nous dirigeons vers des températures similaires.

Alors que le monde se prépare à une élévation du niveau global de la mer, un groupe de scientifiques dirigés par le Dr Nicolaj Krog Larsen, de l’Université Aarhus au Danemark, et le professeur Kurt Kjaer, du Muséum d’histoire naturelle du Danemark, s’est rendu au Groenland pour étudier à quelle vitesse la calotte glaciaire du Groenland avait réagi au réchauffement passé.

Source : Christine Zenino from Chicago

Source : Christine Zenino, Chicago

Le Groenland est une île grande comme 3 fois la France, à 80% recouverte d’une couche de glace de 2,3 km d’épaisseur en moyenne. Une fonte totale pourrait représenter près de 7 mètres d’élévation du niveau de la mer. La taille de la calotte glaciaire du Groenland a varié depuis la fin de la dernière glaciation qui s’est terminée il y a 11 500 ans, et les scientifiques ont longtemps cherché à en savoir plus sur la période chaude d’il y a 8 000-5 000 ans où les températures étaient 2 à 4° C plus élevées qu’elles ne le sont à présent.

Les scientifiques danois ont passé six étés à mener des carottages dans les lacs de la terre libre de glace. Les lacs agissent comme une archive précieuse car ils stockent les sédiments d’eau de fonte dans les périodes où la glace est avancée. De cette façon, il est possible d’étudier et de préciser les périodes où la glace était plus petite qu’aujourd’hui.

Au terme de leur campagne, les scientifiques estiment être en mesure de décrire la réponse de la calotte de glace lors des périodes chaudes antérieures.

Les glaciers laissent toujours des preuves de leur présence dans le paysage. Le problème c’est que ces preuves sont éliminées par les nouvelles avancées glaciaires. C’est pourquoi la nouvelle est importante, selon ses auteurs, car elle permet de quantifier la perte de masse lors du réchauffement passé en combinant les archives sédimentaires issues des lacs avec la modélisation.

Les résultats des scientifiques danois montrent que la glace a atteint sa plus faible extension durant le réchauffement survenu il y a 8 000-5 000 ans. Les prélèvements effectués dans cinq lacs, complétés par les données géologiques dans la moitié sud de l’île, montrent que la glace s’est rétractée par rapport à son étendue actuelle dans tous les secteurs lors de la période entre 7000 et 4000 avant aujourd’hui, et dans la plupart des secteurs entre 1 500 et 1 000 ans avant aujourd’hui, en réponse à des températures atmosphériques et océaniques plus élevées.

Forts de leur découverte, les scientifiques ont examiné les modélisations de la calotte glaciaire disponibles et choisi celles qui correspondaient le mieux à la réalité du réchauffement passé. Les simulations de la calotte de glace et les observations montrent une bonne corrélation avec le timing du volume de glace minimum indiqué par les observations lacustres. Les meilleurs modèles montrent que durant cette période la calotte de glace perdait de la masse à un taux de 100 gt/an quand les températures étaient de 2 à 4° C plus élevées.  D’après le dernier rapport du GIEC, 100 gt/an de perte de glace entraîne 0,28 mm/an d’élévation du niveau de la mer. A titre de comparaison, la perte de masse dans les 25 dernières années a varié entre 0-400 gt/an (215 gt/an entre 2002 et 2011, selon le GIEC), et il est prévu que l’Arctique se réchauffe de 2 à 7 ° C d’ici l’an 2100.

D’après une étude du Potsdam Institute for Climate Impact Research (PIK) publiée en mars 2012 dans la revue Nature Climate Change, le seuil pour une fonte complète du Groenland serait d’environ 1,6°C par rapport au niveau préindustriel, sachant que la planète s’est déjà réchauffée de 0,8°C. Une fonte totale aurait des conséquences catastrophiques au niveau global mais cela ne devrait pas arriver prochainement. Il faudrait pour cela au minimum 2000 ans, d’après le PIK, pour qu’une fonte totale intervienne dans un scénario de poursuite des émissions de gaz à effet de serre.

Une étude publiée en 2014 dans Nature avait montré qu’une autre période de réchauffement, survenue il y a plus de 400 000 ans, avait poussé la calotte glaciaire du Groenland au-delà de son seuil de stabilité, ce qui avait également entraîné la fonte presque complète du sud de l’île et élevé le niveau des mers de 4 à 6 mètres. Dans leur étude, Alberto Reyes, de l’université du Wisconsin, et Anders Carlson, professeur à l’Université d’Oregon State, indiquaient que le sud du Groenland avait presque totalement fondu alors que le climat était à peine plus chaud qu’aujourd’hui. Les chercheurs concluaient que le seuil au-delà duquel une fonte totale serait amorcée était de 1,7 à 2°C au-dessus du niveau préindustriel pour peu que le forçage se fasse sur une longue période.

 

 

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