Climat

Un réchauffement rapide après une pause climatique ?

Depuis 1998, les températures ont augmenté moins vite que ne le prévoyaient les modèles. Même si 2014 a été marquée par un record de chaleur, la tendance décennale au réchauffement a été moins importante dans les années 2000 que dans les années 1990. Selon des scientifiques du Met Office et de l’Université d’Exeter, ce hiatus, sans doute lié à la variabilité naturelle du climat, a environ 15% de chances de se prolonger encore 5 ans. Une brutale phase de réchauffement devrait ensuite mettre un terme à cette pause.

D’après les modèles climatiques, les températures sont censées augmenter de 0,2°C par décennie à cause du forçage des gaz à effet de serre. En raison de la variabilité naturelle du climat, ce réchauffement est plus ou moins marqué selon les décennies.

Une nouvelle étude publiée dans Nature Climate Change analyse les chances pour que la variabilité du climat contrarie ponctuellement la tendance de fond au réchauffement climatique. Il s’avère que la variabilité naturelle a potentiellement la capacité de contrarier le rythme du réchauffement en annulant tout ou partie de la hausse décennale moyenne de 0,2°C annoncée par les modèles.

Grâce à la puissance de calcul des modèles climatiques, les auteurs de l’étude ont pu déterminer que les périodes de hiatus climatiques d’une durée de 20 ans n’étaient susceptibles de se produire qu’une fois tous les 100 ans. Une fois qu’une pause est amorcée et qu’elle dure 15 ans, il y a ensuite 15% de chances pour qu’elle se poursuive encore 5 années supplémentaires.

L’autre résultat important de l’étude est que les périodes de pause dues à la variabilité naturelle sont associées à l’enfouissement de chaleur dans l’océan. Lorsque se phénomène s’inverse, le largage de chaleur conduit à une phase de réchauffement rapide. La tendance décennale peut alors dépasser le rythme de 0,2°C par décade.

Entre 1990 et 1999, les températures ont augmenté à un rythme de 0,25°C par décennie, selon les chiffres de la Nasa. Entre 2000 et 2009, ce rythme est retombé à 0,10°C par décennie et le réchauffement a même été quasiment nul entre 2003 et 2013. Si l’on considère que la variabilité naturelle du climat peut expliquer une baisse de 0,2°C des températures sur une dizaine d’années, cela signifie que la tendance moyenne au réchauffement (+0,2°C) peut être annihilée. Cela expliquerait pourquoi, depuis 1998, les températures onnt plafonné avec des conditions peu propices dans le Pacifique. Malgré cela, des records de chaleur ont quand même été battus en 2005, 2010 et 2014. Sans la variabilité naturelle, les records auraient été encore plus marqués.

L’oscillation décennale du Pacifique (PDO) figure parmi les principaux candidats pour expliquer la pause. Il s’agit d’une variation de la température de l’océan Pacifique dont le cycle se déroule sur 15 à 30 ans.  Dans sa phase positive, l’oscillation favorise les phénomènes El Niño, ce qui tend à réchauffer l’atmosphère.  Mais après une période marquée par le largage de chaleur par l’océan, une phase de refroidissement prend le relais, c’est la phase négative de la PDO.  Les conditions sont alors plus propices au phénomène La Niña.

Phase positive de l'Oscillation décennale du Pacifique (PDO). Source : UCAR

Phase positive de l’Oscillation décennale du Pacifique (PDO). Source : UCAR

La PDO était dans une phase négative avant 1976, puis dans une phase positive entre 1976 et 1998, une période qui a coïncidé avec une forte élévation des températures atmosphériques. Ensuite, une nouvelle phase négative a débuté en 1999, coïncidant avec la pause dans le réchauffement de la planète.

Le rôle de la PDO semble confirmé par les résultats d’une étude publiée en janvier 2015 dans Nature Climate Change : les  océans ont continué à se réchauffer entre 2006 et 2013, à un moment où les températures de l’air plafonnaient. Le réchauffement a été observé jusqu’à 2000 mètres de profondeur, confirmant que l’océan avait probablement absorbé une grande partie de la chaleur excédentaire due aux gaz à effet de serre.

Entre la surface et 2000 mètres de profondeur, on a constaté depuis 2006 un réchauffement de 0,4 à 0,6 watts par mètre carré. Cette observation a pu être réalisée grâce au programme de développement des balises Argo qui enregistrent les températures dans les 2 premiers kilomètres.

Une autre cause a été récemment avancée pour expliquer le hiatus du réchauffement climatique : le fait que les agences météo ne prennent pas suffisamment en compte les températures de l’Arctique dans le calcul de la température moyenne de la planète. Or il s’avère que les années 2000 ont été marquées par une forte élévation des températures de l’Arctique. Si on ne les prend pas en compte, on fausse partiellement la mesure de la moyenne mondiale. C’est ce qu’on noté les scientifiques Cowtan et Way, qui ont proposé une nouvelle méthode pour mieux prendre en compte la situation au pôle nord. Leur calcul de température a permis d’établir que le rythme du réchauffement était plus important (+0,16°C par décennie entre 2000 et 2009) que celui trouvé par les autres agences, surtout la NOAA et le Met Office, qui ne prennent pas assez en compte le climat des hautes latitudes.

Quelles que soient les causes du hiatus climatiques, la tendance de long terme au réchauffement n’a pas été démentie par le ralentissement des années 2000. Si l’on prend en compte la période qui va des années 1970 à aujourd’hui, la tendance au réchauffement est conforme à ce que prévoient les modèles. L’étude parue dans Nature Climate Change montre en tous cas que le récent hiatus reste dans les limites des variations naturelles et que cette dynamique interne du climat ne peut pas être exclue comme une cause possible du moindre réchauffement climatique depuis 1998.

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