Climat

Fonte accélérée en Antarctique, selon les données GRACE

Au cours de la dernière décennie, la calotte de l’Antarctique de l’ouest a perdu deux fois la quantité de glace gagnée par la partie orientale, selon des chercheurs de l’Université de Princeton. Conclusion : la calotte glaciaire fond de plus en plus vite dans son ensemble. 

Entre 2003 et 2014, la calotte glaciaire de l’Antarctique a perdu 92 milliards de tonnes de glace par an. C’est ce qu’ont déterminé des professeurs de Princeton à partir des mesures satellitaires gravitationnelles de la mission GRACE. Dans  la revue Earth and Planetary Science Letters, Christopher Harig et Frederik Simons publient leurs résultats obtenus grâce à une nouvelle méthode. Ils confirment ceux d’une autre étude publiée en novembre 2014 sous la direction d’Eric Rignot. Ce dernier concluait à une  perte annuelle de 84 milliards de tonnes sur la période 2003-2009 et de 102 milliards de tonnes entre 2003 et 2011.

Changements de masse de l'Antarctique entre 2003 et 2013 d'après la mission GRACE (source : NASA)

Changements de masse de l’Antarctique entre 2003 et 2013 d’après la mission GRACE (source : NASA)

Les deux études indiquent que les pertes sont essentiellement enregistrées dans l’Antarctique occidental, la plus petite des deux principales régions du continent. Depuis 2008, les pertes des glaciers de l’Antarctique Ouest ont doublé, notent les scientifiques de Princeton. L’Antarctique de l’Est est la région la plus vaste et la plus stable du continent (même si des études récentes ont aussi pointé des failles). Au total l’épaississement à l’est ne suffit pas à compenser les pertes massives du petit voisin de l’ouest.

Selon les chercheurs de Princeton, la fonte des glaces de l’Antarctique de l’Ouest est encore plus rapide qu’on ne le pensait. Globalement, le taux de perte de l’ensemble de l’Antarctique a accéléré de 6 milliards de tonnes par an sur les 11 dernières années. Le taux de fusion de l’Antarctique occidental a augmenté encore plus vite, de l’ordre de 18 milliards de tonnes par an.

Le plus préoccupant, selon Harig, est que cette perte massive s’est produite le long de la mer d’Amundsen, dans l’Antarctique de l’ouest. En particulier aux glaciers de Pine Island et de Thwaites, où de lourdes pertes avaient déjà été enregistrées. En Antarctique, ce sont les courants océaniques plutôt que les températures de l’air qui fondent la glace, rappellent les scientifiques de Princeton. Avec le réchauffement de l’océan, les plateformes de glace fondent par le dessous et ne peuvent plus retenir les glaciers qui peuvent ainsi s’écouler plus librement vers la mer, comme d’autres études avaient déjà pu le montrer. L’épaisseur des plateformes de glace de l’Antarctique s’est réduite de 18% en 20 ans, selon un article dévoilé dans la revue Science en mars 2015.

Dans une étude publiée il y a quelques mois dans Geophysical Reseacherch Letters, Eric Rignot, encore lui, estimait que les glaciers de la mer d’Amundsen avaient passé un point de retour. L’Antarctique de l’ouest est particulièrement sensible en raison du bas niveau de son socle rocheux, situé sous le niveau de la mer, et donc exposé directement au réchauffement de l’océan austral.  Avec le recul de la ligne d’échouage des glaciers, les plateformes de glace sont de moins en moins capables de contenir l’avancée des glaciers vers la mer.

Les glaciers de la mer d’Amundsen contribuent déjà significativement à l’élévation du niveau de la mer. Le Pine Island Glacier s’enfonce toujours plus vite vers l’océan : son rythme d’écoulement s’est accéléré de 75% en 40 ans. Le glacier Thwaites, le plus large, a quand à lui commencé à sérieusement accélérer en 2006 après une décennie relativement stable. S’ils fondaient complètement, le niveau de la mer s’élèverait de 1,2 mètres.

L’accélération de la fonte de l’Antarctique de l’ouest renforce sa contribution à l’élévation du niveau de la mer. Harig craint lui aussi un phénomène d’emballement compte tenu du rythme de perte dans les régions les plus fragiles.

L’étude Princeton diffère des approches existantes pour mesurer la perte de glace de l’Antarctique en ce qu’elle découle seulement des données par satellite qui permettent de mesurer la masse de glace plutôt que son volume, précise Simons. Eric Rignot s’était basé sur différents moyens de mesure pour déterminer le bilan de la calotte glaciaire. Dans le cas de l’étude de Princeton, les données proviennent exclusivement de GRACE, une mission satellite conjointe entre la NASA et l’Agence spatiale allemande. GRACE mesure les changements de gravité pour déterminer la masse de la glace.

Alors que le volume d’une calotte de glace est une information cruciale, les chercheurs notent que le volume peut changer sans affecter la quantité de glace qui est présente et peut-être plus ou moins compacte. La masse, en revanche, ne diminue que lorsque de la glace est perdue. Harig et Simons ont développé une méthode d’analyse de données séparant les données de GRACE par régions plutôt qu’une vue d’ensemble du continent, jugée moins fiable.

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