Une mousson exceptionnelle et une chaîne de catastrophes

L’été 2025 a apporté la mousson la plus destructrice des dernières décennies dans l’Himalaya occidental. Entre la fin juin et la mi-septembre, une succession de pluies extrêmes, de crues soudaines et de glissements de terrain a frappé l’Inde et le Pakistan, causant des milliers de victimes.

L’Inde a enregistré 2277 épisodes d’inondations et de pluies intenses, et 1528 décès. 

L’Himalaya a été particulièrement touché. L’eau a coulé le long des pentes des immenses montagnes et s’est accumulée dans les vallons. Dans l’État d’Uttarakhand, un torrent de débris a dévasté le village de Dharali, emportant des immeubles entiers. Plus d’une centaine de personnes ont disparu. Dans l’État voisin, une série de pluies torrentielles et d’orages violents et concentrés (cloudbursts), a provoqué des centaines de morts et détruit des routes, des barrages et des maisons.

Un nuage d’orage extrêmement localisé a déclenché un torrent de boue qui a englouti le village de Chasoti, causant des dizaines de victimes et des centaines de blessés. L’eau s’est déversée des montagnes alors qu’il n’avait quasiment pas plu dans le village lui-même. Quelques jours plus tard, un glissement de terrain sur la route du sanctuaire de Vaishno Devi a enseveli plusieurs abris de pèlerins.

La catastrophe n’a pas épargné le Pakistan. Dans la province montagneuse du Khyber Pakhtunkhwa, une série de crues éclair et de coulées de débris a provoqué plus de 500 morts. Au total, les inondations et glissements de terrain liés à la mousson ont causé plus de mille décès dans le pays et affecté près de 6,9 millions de personnes. 

Ces événements illustrent un phénomène désormais bien identifié : la mousson ne se manifeste plus seulement par des pluies longues et régulières, mais par des épisodes courts et extrêmement violents.

La montagne fragile : pourquoi les pentes s’effondrent

L’Himalaya est une chaîne jeune à l’échelle géologique. Ses roches sont souvent fracturées et altérées. Elles se désagrègent facilement lorsqu’elles sont saturées d’eau.  Quand la pluie s’infiltre dans ces fissures, elle agit comme un lubrifiant. La cohésion des pentes diminue et les masses de terrain peuvent soudainement se détacher. Plusieurs catastrophes de 2025 se concentrent dans une zone très instable située entre deux grandes failles himalayennes. 

Une autre étude effectuée dans le Sud de la Chine indique aussi que les pluies intenses provoquent des glissements de terrain. Une année très humide est le plus grand risque. Des mois pluvieux suivis d’un ou quelques jours de fortes précipitations constituent aussi un facteur déclencheur (étude).

Dans l’Himalaya, le réchauffement de l’océan Indien augmente l’humidité transportée par la mousson,  et  provoque des averses plus intenses. De plus, les glaciers et le pergélisol de haute montagne fondent plus rapidement. Plus de la moitié des lacs glaciaires s’est remplie depuis 2011.  Ces formations instables se vident parfois soudainement. L’inondation catastrophique du village de Dharali a été provoquée par la rupture d’un lac glaciaire qui a soudainement déversé un immense torrent dépassant les toits des maisons. Enfin, l’alternance entre sécheresses et pluies extrêmes fragilise les sols. et rend les glissements de terrain plus fréquents.

L’ingérence humaine a accru les risques. Depuis plusieurs années, l’Himalaya connaît une urbanisation rapide : routes élargies, barrages hydroélectriques, villages touristiques et infrastructures de pèlerinage. Pour construire ces routes en montagne, il faut souvent couper dans les pentes ou dynamiter la roche. Ces interventions suppriment le soutien naturel des versants et fragilisent les pentes.

En parallèle, la forêt recule, et c’est un phénomène récent. Entre 2017 et 2024, la couverture forestière a diminué dans plusieurs régions himalayennes, tandis que les zones urbanisées augmentaient. Or les racines des arbres jouent un rôle essentiel : elles stabilisent le sol, limitent l’érosion et les inondations. Sans elles, les pentes deviennent beaucoup plus vulnérables. Il faut arrêter immédiatement la déforestation. 

Des pluies plus courtes, mais beaucoup plus violentes

Traditionnellement, la mousson apportait des pluies étalées sur plusieurs semaines. Aujourd’hui, les scientifiques observent un phénomène différent : moins de jours de pluie, mais des épisodes beaucoup plus intenses.

Dans certaines régions de l’Himachal Pradesh, plus de 90 % des jours de mousson ont été classés comme jours de fortes ou très fortes précipitations.

Les chiffres sont impressionnants :

  • près de 193 mm de pluie en quelques heures dans le district de Mandi,
  • 477 mm en un mois dans la région de Kullu,
  • 629 mm en 24 heures à Udhampur, un record historique. 

Ces pluies violentes saturent rapidement les sols. Dans les vallées étroites de l’Himalaya, l’eau se transforme alors en torrents chargés de roches, de boue et de débris. En quelques minutes, un ruisseau paisible peut devenir une coulée destructrice.

Pour de nombreux chercheurs, les événements de 2025 ne sont pas un accident isolé. Autrement dit, la mousson 2025 pourrait être un avertissement. Je crains aussi que ces pluies localisées torrentielles ne se renforcent encore.

Dans les montagnes de l’Himalaya, la pluie a changé. Mais elle tombe désormais différemment — plus brutalement, plus soudainement — et sur des paysages de plus en plus fragiles. Ces « cloudbursts » sont des pluies d’une violence exceptionnelle, des orages intenses et courts.  Dans ces événements, des trombes d’eau tombent en moins d’une heure sur une zone de quelques kilomètres carrés seulement.  Une zone très limitée est soudainement inondée.  Dans les montagnes, ces orages peuvent rester presque immobiles au-dessus d’une vallée et déverser des quantités d’eau impressionnantes. 

La montagne change alors en quelques minutes. Les sols sont rapidement saturés. L’eau s’infiltre dans les fractures et affaiblit la cohésion des roches. Les pentes deviennent instables. Des glissements de terrain peuvent alors se déclencher soudainement. Ces précipitations intenses sont une cause majeure des débris flows : des coulées rapides de boue, d’eau et de blocs. Celles-ci dévalent les vallées comme des rivières de pierres et peuvent parcourir plusieurs kilomètres, emportant routes, ponts et habitations sur leur passage. Elles causent d’immenses dégâts.

Plusieurs travaux récents, notamment ceux de Peleg et Haas, montrent que ces pluies extrêmes sont aussi fréquentes dans les régions alpines, et qu’elles se multiplient.  Elles sont généralement produites par des orages estivaux très localisés. Les Alpes jouent un rôle clé : elles forcent l’air humide, souvent venu de la Méditerranée, à s’élever rapidement.  Et cette mer se réchauffe vite et des masses d’air de plus en plus humides affluent dans les montagnes.

Le risque de ces orages intenses localisés augmente. Ils posent un problème de prévention, car les journées orageuses sont fréquentes mais il est difficile de prévoir à l’avance quel village sera frappé. La probabilité est faible mais les dégâts peuvent être importants. Il faut bien les anticiper. Alors si vous êtes dans les Alpes en été, soyez attentifs aux alertes météo.