Climat

L’émergence d’El Niño liée à l’hiver extrême aux Etats-Unis

Alors que des études récentes se sont intéressées au rôle du jet stream dans les hivers extrêmes survenus aux Etats-Unis, un chercheur de l’université de Utah State a découvert un possible lien entre le réchauffement climatique et les phénomènes comme la sécheresse en Californie et la vague de froid dans l’est de l’Amérique du Nord.

Simon Wang, de l’université d’Utah State, a découvert l’existence d’un véritable jeu de dominos climatique qui débute avec les eaux froides qui bordent la Chine et qui s’achève aux Etats-Unis avec des sécheresses dans l’ouest et des hivers extrêmement froids de l’autre côté du continent.

L’étude souligne l’existence de deux pôles, l’un formé par des hautes pressions dans l’ouest des Etats-Unis, l’autre formé par des basses pressions au niveau des Grands Lacs, dans l’est. Les hautes pressions agissent comme  un véritable mur, bloquant toutes les perturbations climatiques, alors que les basses pressions à l’est permettent à l’air arctique de s’engouffrer plus au sud.

Ces deux pôles, qualifiés de « dipôle », seraient liés à un phénomène précurseur d’El Niño (et non El Niño-même), qui se caractérise tous les 2 à 7 ans par un réchauffement de la température de mer au centre et à l’est du Pacifique. El Niño lui même amplifié par le réchauffement climatique via la hausse du taux de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, selon l’étude à paraître dans la revue Geophysical Research Letters.

Simon Wang s’était d’abord intéressé au rôle que pouvaient jouer les eaux froides bordant la Chine dans l’émergence du phénomène El Niño qui bouleverse le climat dans toute la région pacifique. L’eau froide déclencherait des vents d’ouest dans le Pacifique tropical. Ces vents persisteraient alors pendant plusieurs mois, favorisant le réchauffement du Pacifique central et l’apparition d’un événement El Niño, affirme Simon Wang.

Ces dernières années, des conditions neutres ont prévalu dans l’Océan Pacifique, où l’on n’avait plus entendu parler d’El Niño depuis 2010. Mais la situation est en train de changer. Les températures sous la surface atteignent, dans le Pacifique tropical, des niveaux de chaleur similaires à ceux qui annoncent un épisode El Niño, selon l’Organisation météorologique mondiale (OMM). Le dernier épisode El Niño exceptionnel, survenu en 1998, avait provoqué un record de  chaleur au niveau mondial. Il est quasiment impossible que des records de chaleur soient battus lors d’une année La Niña le corollaire d’El Niño étant donné l’importance du Pacifique dans le système météo mondial.

Cet hiver pourrait parfaitement illustrer le lien établi par Simon Wang entre les éléments précurseurs d’El Nino et les hivers extrêmes aux Etats-Unis. Cette année, il y a justement 50% de chances de voir émerger le phénomène dans le Pacifique alors que la Californie dans son ensemble est touchée par la sécheresse et que l’est de l’Amérique du Nord a connu l’un des hivers les plus rigoureux de ces dernières années.

Une autre étude de l’Université d’Utah a récemment mis en avant le jet stream pour expliquer cet hiver exceptionnel aux Etats-Unis. Elle impute le phénomène à un jet stream sinueux et suggère que cela pourrait se reproduire plus fréquemment à mesure que le climat de la planète se réchauffe. Le réchauffement causé par les hommes réduit en effet la différence de température entre l’équateur et les pôles. L’atmosphère se réchauffe plus aux pôles qu’à l’Equateur et cela pourrait amener un jet stream plus sinueux qu’il ne l’est aujourd’hui.

L’étude mettant en avant le jet stream, ce vent puissant de haute altitude, et l’hiver extrême, semble plutôt complémentaire de celle de Simon Wang, puisque l’ondulation du jet stream a accompahné le phénomène de haute pression dans l’ouest des Etats-Unis.

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