Le Groenland, qui abrite la deuxième plus grande calotte glaciaire de la planète, a perdu de la glace à un rythme accéléré au cours des dernières décennies. Une chaleur extrême venue du Sahara a balayé l’Europe la semaine dernière, et s’abat désormais sur le Groenland, avec un impact majeur à la surface de l’inlandsis. Le Groenland pourrait connaître cette année sa deuxième fonte de surface la plus importante derrière 2012.

D’après les données du ballon météorologique lancé de Danmarkshavn, sur la côte est du Groenland (77 ° N) une température de 14,4°C a été enregistrée à 850 mb (altitude de 1500 mètres), ce qui est un record absolu depuis le début des relevés en 1950. Le record précédent pour 850 mb était de 13°C le 13 juillet 2002.
Même au sommet du Groenland, à Summit Station (à 3207m d’altitude), la température s’est élevée au-dessus de zéro, un phénomène extrêmement rare. C’est bien sûr un plus chaud pour l’année mais il y a déjà eu +1,9°C en juillet. Le dernier événement de fonte à Summit remonte à 2012. D’après la NASA, il faut encore remonter à 1889 pour trouver un autre phénomène du même type. Les carottes de glace de Summit montrent que ce type de fonte a lieu environ tous les 150 ans en moyenne, d’après la NASA. Ce serait donc la deuxième fois que cela se produit en l’espace de 7 ans (2012, 2019).
La température serait restée au-dessus de zéro pendant plus de 8 heures mardi, plus longtemps que lors de la fonte record en 2012, a rapporté le Washington Post.
Avec cette vague de chaleur, les scientifiques s’attendent à ce que l’île connaisse sa deuxième fonte de surface la plus importante depuis 1950, derrière l’année exceptionnelle de 2012.

Les dernières prévisions MAR suggèrent que le taux d’ablation en surface (ne pas confondre avec l’extension de la fonte) le 1er août 2019 pourrait être le plus élevé de l’histoire du Groenland depuis 1950, battant le record précédent de juillet 2012. Avec une « surface mass balance » de ~ – 12,5 GT / jour, comme on peut le voir ci-dessous :

Concernant cette fois l’étendue de la fonte, les images du NSIDC montrent que près de 60% de la surface du Groenland était en train de fondre le 30 juillet, ce qui est encore sous le niveau observé en juillet 2012. La carte suivante montre en orange les régions concernées par la fonte, en blanc celles qui sont épargnées :

Il est important de noter que le bilan de masse de surface n’inclut pas la masse perdue lorsque les glaciers vêlent les icebergs et fondent au contact avec de l’eau de mer chaude.
La perte de masse est contrôlée à 66% par la dynamique des glaciers et à 34 % par le bilan de masse de surface. Même au cours des années de forte accumulation en surface, l’augmentation du débit des glaciers est restée suffisamment élevée au-dessus de l’équilibre pour maintenir une perte de masse annuelle chaque année depuis 1998. Car, comme on vient de le dire, le bilan de masse de surface n’inclut pas la masse perdue lorsque les glaciers vêlent les icebergs et fondent lorsqu’ils entrent en contact avec de l’eau de mer chaude.

Le bilan de masse total montre que la majeure partie de la perte de glace se produit au bord de la calotte glaciaire, où des observations indépendantes indiquent également que la glace s’amincit, que les fronts glaciaires reculent dans les fjords et sur terre.
La perte annuelle de l’ordre de 200 Gt/an ne montre pas vraiment de ralentissement entre 2004 et aujourd’hui, au contraire.
Voici comment le bilan de masse a évolué au cours des dernières décennies :
- Un gain de masse de +47 ± 21 Gt / a sur 1972–1980
- Une perte de masse de 51 ± 17 Gt / a sur 1980–1990.
- Une perte de masse de 41 ± 17 Gt / a sur 1990-2000
- Une perte de masse de 187 ± 17 Gt / a sur 2000-2010
- Une perte de masse de 286 ± 20 Gt / a sur 2010-2018, soit six fois plus depuis les années 1980.

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