L’effondrement des écosystèmes serait dangereux pour l’économie. Il peut se répercuter au niveau global. 

La forêt amazonienne, les tourbières tropicales et les mangroves contiennent actuellement environ 220 gigatonnes de carbone. Si elles sont perturbées, elles peuvent subir des changements incontrôlables qui feraient basculer l’écosystème vers une savane non boisée.  Leur effondrement provoquerait des émissions de carbone équivalentes à environ 20 ans d’émissions mondiales de CO2 actuelles. Cela pourrait empêcher le maintien d’un climatique de moins d’ 1,5°C, et aurait de nombreuses conséquences directes. 

La réduction des précipitations due à la perte de la forêt amazonienne pourrait entraîner des pertes de capacité hydroélectrique dans toute l’Amérique du Sud, allant jusqu’à trois -quarts dans les pays amazoniens. Le transport longue distance, comme le transport maritime dans le canal du Panama, serait perturbé. Il a déjà été interrompu suite aux récentes sécheresses. Celles-ci affectent également les récoltes alimentaires, au point de fragiliser les compagnies qui en font commerce, et d’entraîner d’importantes pertes à charge des assurances.  Des incendies de forêt plus fréquents et plus intenses dans la région boréale pourraient endommager les propriétés, les infrastructures et les terres à grande échelle. Ils peuvent aussi mener à un effondrement de leurs prix, ce qui peut entraîner une augmentation des pertes assurées et mettre à rude épreuve la capacité de réassurance, comme cela se produit déjà au Canada. La perte de l’Amazonie occasionnerait entre 1 et 3,6 trillions de dollars de pertes sur 30 ans.

La mort des récifs coralliens, mort annoncée depuis longtemps, provoque la perte des revenus de pêche.  Elle pourrait aussi doubler les dommages causées par les inondations en bord de mer. La disparition des mangroves expose aussi les côtes à des dégâts plus importants de l’ordre de 270 milliards de dollars selon les estimations actuelles. Les réclamations d’assurance dépasseraient alors les prévisions officielles.

Environ 45% (entre 36 et 54%) des portefeuilles non financiers des institutions financières sont fortement ou très fortement dépendants des services des écosystèmes. Une fois les expositions indirectes prises en compte, tous les risques non financiers des institutions financières françaises étaient au moins en partie dépendants des services écosystémiques à fin 2021.

Les risques les plus élevés viennent du climat, de l’approvisionnement en eau et des inondations et des tempêtes. Les expositions de second ordre, par exemple envers d’autres institutions financières détenant des actifs soumis à des risques physiques et de transition, peuvent amplifier des chocs initialement légers et pourraient doubler leur effet.  Ces prévisions sont partielles. De nombreuses fonctions de dommages n’incluent qu’un ou peu de points de bascule du climat, isolés les uns des autres. Cela contraste avec les dernières preuves selon lesquelles les points de basculement sont de plus en plus probables à des niveaux de réchauffement global supérieurs à 1,5°C et peuvent interagir les uns avec les autres ou déclencher des cascades de basculement. Pour plusieurs points de bascule franchis, le coût social du carbone augmente de 800 %. Une autre faiblesse de ces calculs est qu’ils sous-estiment l’effet crucial de l’approvisionnement alimentaire. Une étude existante estime que la perte de la moitié de la production alimentaire mondiale mènerait à une perte du PIB de 2%, sans prendre en compte les effets de la famine sur les travailleurs et les consommateurs.  En réalité, cela conduirait à une insécurité alimentaire mondiale massive avec d’énormes impacts économiques qu’il est difficile d’intégrer dans n’importe quel modèle. Des meilleures prévisions s’imposent.  Je pense que budget du ménage serait progressivement déplacé vers l’alimentation, avec une réduction de l’activité des autres secteurs de l’économie.

Ce rapport permet de mieux comprendre l’importance des écosystèmes pour l’économie mondiale, et donne certains éléments dans cette direction.  Il faut toujours y ajouter que les catastrophes dépassent actuellement les prévisions existantes, et leurs coûts sont plusieurs fois plus élevés. 

Le rapport plaide en faveur d’une « approche de précaution » pour éviter les points de basculement des écosystèmes et ainsi protéger l’environnement mondial et suggère que les décideurs politiques, y compris les banques centrales et les ministères des Finances, devraient intervenir là où l’activité économique – et les flux financiers associés – sont impliqués dans les pressions sur les écosystèmes.

Heureusement, une étude récente montre que la protection des écosystèmes fonctionne. La biodiversité peut être sauvegardée et restaurée. Des mesures telles que la création de zones protégées, le contrôle d’espèces invasives, la gestion durable d’écosystèmes, la protection et le restauration des habitats améliorent généralement la biodiversité. En Floride la gestion des prédateurs a immédiatement régénéré la population de tortues caouannes, dans le bassin du Congo la déforestation a diminué de 74%, en Amazonie elle a été réduite jusqu’à 20 fois. Ces exemples montrent que les actions de protection des écosystèmes sont en général efficaces, mais nécessitent des investissements plus élevés.

Rapport: https://www.ucl.ac.uk/bartlett/public-purpose/sites/bartlett_public_purpose/files/ecosystem_tipping_points_policy_report_iipp.pdf

Ou ici: https://wwf.panda.org/wwf_news/?11191466/Ecosytem-tipping-points-understanding-the-risks-to-the-ecnomy-and-financial-system

Communiqué de presse écosystèmes: https://phys.org/news/2024-04-kind-actions-effective-halting-reversing.html


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2 réponses à « L’économie a besoin des écosystèmes »

  1. Avatar de Robb
    Robb

    Et les écosystèmes n’ont pas besoin d’économie. C’est fou, non ?

    Pourquoi ce besoin unidirectionel ? Peut-être tout simplement parce que nous avons décidé de l’aménager en tant que marchandise sinon objet à dominer, comme pour tout jusqu’à nos propre organes voire leurs molécules codantes: extraire, modifier, louer, acheter, détruire, transformer. Pour un besoin créé de toute pièce par une jolie histoire ou publicité (un besoin de «nature» ?), ou par pur fantaisie. Tant que nous ne romprons pas avec cette religion, rien ne changera.

    Bien sur, si la mère des marchandises vient à manquer, que restera-t-il à ces couturiers du club de Rome, en dehors du contrôle total et absolu de tout sur tout ? Que de temp perdu pour que rien ne change, que la gestion scientifique et centralisée de la ruine advienne enfin par un gouvernement mondial éclairé que peu souhaitaient.

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