Notre système alimentaire utilise près de la moitié des terres de la Planète. Il provoque des émissions de carbone et aggrave le réchauffement climatique. Il entraîne donc la perte de biodiversité par la réduction de l’espace laissé aux écosystèmes et par le changement climatique. Une nouvelle étude a tenté de quantifier ces effets. Les dommages à la biodiversité ont été estimés en prenant en compte la richesse des écosystèmes et la rareté de espèces, par exemple leur présence dans une zone restreinte. Les dommages aux écosystèmes riches et uniques, notamment en Amérique centrale et du Sud apparaissent donc mieux dans cette analyse.
L’étude montre que les aliments d’origine animale ont les conséquences les plus graves sur la biodiversité. Les aliments transformés ont aussi une empreinte importante.
La production des aliments dans les régions tropicales provoque le remplacement des forêts par des champs de monocultures. Par contre l’Europe émet des gaz à effet de serre par la production d’aliments transformés.
L’Australie a une empreinte de consommation terrestre par habitant extrêmement élevée, due en particulier aux produits d’origine animale, mais également aux produits d’origine végétale. Les aliments des européens émettent des gaz à effet de serre ailleurs, dans le pays de production, de transformation ou par le transport. C’est le cas pour 90% des émissions alimentaires du Luxembourg. Elles sont principalement dues aux produits d’origine végétale (fruits/légumes/noix, graines oléagineuses, café, cacao, épices…). L’empreinte écologique élevée de la Belgique est largement due à d’autres aliments (par exemple, pizzas, plats cuisinés, sauces) et aux produits laitiers. Celle de l’Estonie provient des produits laitiers, du lait cru, du bétail et d’autres aliments. et celle de la République d’Irlande vient les produits transformés, du bétail et les déchets alimentaires.

Les pays qui provoquent des émissions de carbone élevées hors de leurs frontières devraient réduire leurs importations, favoriser le commerce durable, ou l’intégrer l’empreinte biodiversité. L’Estonie, le Luxembourg, les Pays-Bas et la Norvège entrent tous dans cette catégorie. À l’inverse, les régions ayant un faible pourcentage d’empreinte importée mais une consommation par habitant élevée, comme le Brésil, le Mexique et l’Afrique du Sud, devraient apporter des améliorations au niveau local.
Cette étude montre aussi que les effets climatiques de la production alimentaire s’accumulent rapidement au fil du temps : dans plusieurs régions, dix ans seulement d’émissions de carbone ajouteraient 20 % supplémentaires à la perte de biodiversité.
Les émissions de méthane représentent 70 % de l’empreinte totale des GES sur la biodiversité provenant des produits alimentaires. Ce gaz provient des vaches, des rizières et de la fermentation de restes d’aliments. Cette dernière pourrait être convertie en biogaz ce qui réduirait les émissions dans l’atmosphère. Le gaspillage alimentaire devrait aussi diminuer.
Les émissions de méthane peuvent aussi être maîtrisées par la réduction du nombre de ruminants. Les auteurs de l’étude soulignent que ce gaz a une courte durée de vie dans l’atmosphère. Une diminution du nombre de bovins réduirait donc immédiatement les gaz à effet de serre et le réchauffement climatique. Les auteurs la suggèrent comme une mesure rapide efficace à court terme.
Cette étude apporte des conclusions intéressantes mais sous-estime deux ou trois facteurs observés récemment: L’effet du climat sur les écosystèmes est parfois plus grave que prévu, notamment la mortalité des forêts tempérées par infestations d’insectes n’a pas été inclue dans les calculs du GIEC. De même, un degré de réchauffement apporte une destabilisation météorologique plus grave que prévu, des sécheresses et des inondations avec des conséquences supplémentaires pour les écosystèmes. Enfin, cette année le réchauffement a atteint des valeurs très élevées et pourrait progresser plus vite que les prévisions. Les effets climatiques sont donc sous-estimés, et l’effet du système alimentaire sur le climat est très important.
Le climat a de nombreuses autres conséquences. Il inonde nos villes, détruit nos routes et nos aliments. La perte de la biodiversité réduit la vie sur Terre, et la prive de nombreuses merveilles inestimables. De plus, celle-ci est essentielle pour éviter le dégagement du CO2 des écosystèmes et pour stabiliser le climat.
Etude: https://www.nature.com/articles/s41467-024-49999-z/figures/7

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