L’accélération du réchauffement confirmée

Dans mon blog précédent j’ai réuni plusieurs éléments qui suggèrent que rythme du réchauffement climatique s’accélère. Le 15 août, le grand climatologue européen Johan Rockström a donné un Ted talk où il a confirmé plusieurs inquiétudes récentes: Il a dit que la Planète change plus rapidement que prévu. Selon lui, le réchauffement a accéléré en 2014, et progresse depuis à 0.26°C par décennie. Si nous continuons sur cette voie, nous dépasserons les 2°C dans 20 ans.   Il dit ensuite qu’une accélération similaire se produit aussi dans la surconsommation d’eau douce, dans la sixième extinction de masse des espèces, et dans le cycle de l’azote et du phosphore.  Tous ces phénomènes minent la stabilité de la Planète, et les coûts des dégâts sont actuellement estimés à 38000 milliards de dollars pour 2050. 

Bien plus grave,  la capacité d’absorption de CO2 de la Planète diminue et la probabilité de passer des points de bascule du climat terrestre augmente. Les forêts captent et moins de CO2, les océans se sont énormément réchauffés en 2023.  Plusieurs systèmes terrestres, tels que les glaces d’Antarctique -Ouest ou le permafrost, pourraient franchir un point de basculement dès 1.5°C. A chaque rapport du GIEC, le climat est mieux compris et les estimations de risque sont plus élevées.

Le budget carbone planétaire restant est de 200 Gt

 Pour avoir une chance sur deux de maintenir le climat en dessous de 1.5°C, nous ne pouvons émettre que 200 Gt de CO2 de plus, cinq ans de nos émissions actuelles.  Nous serons de toute manière confrontés à une période de températures plus élevées. Le dépassement durerait approximativement de 2030 à 2070, et cette période apporterait plus de catastrophes climatiques.  Nous devons éviter les points de bascule [qui amèneraient des conséquences beaucoup plus graves dr] et garder une Planète en bonne santé. Nous donc avons besoin de préserver toutes les limites planétaires, la biodiversité, et la maîtrise de la pollution.  Selon lui, la seule solution est un changement exponentiel et une gouvernance planétaire. (Johan Rockström, Ted talk: https://www.youtube.com/watch?v=Vl6VhCAeEfQ, traduction française Obs Ant https://obsant.eu/entrees/20240815basc.pdf).   

J’ai décrit quasiment tous les problèmes cités dans mes blogs, et je suis contente de les voir énoncés par ce climatologue important. Le budget carbone planétaire se réduit donc à 200Gt de CO2 et nous devons plus diminuer les émissions. C’est possible. Rockström mentionne les modèles économiques circulaires, la transition énergétique, l’alimentation durable et la restauration de la nature. A mon avis, pouvons distribuer massivement des aliments végan, limiter l’aviation, faire des moratoires de constructions, fermer certaines usines, réduire la semaine de travail, reboiser et bien d’autres solutions d’urgence.  

La situation actuelle est un peu plus complexe qu’il ne l’a dit en quinze minutes.  Il me semble notamment que le permafrost dégèle déjà, lentement (rapport Global Tipping Points, présenté dans ce blog) et de nombreuses indications suggèrent que l’effondrement de l’Antarctique-Ouest est amorcé et inévitable. Ce dernier changement entraînerait une montée importante du niveau de la mer mais pourrait stabiliser les températures à 3°C (Hansen, et al, 2016).

Feux de forêt:

De plus, de nombreux feux de forêt sévissent partout sur la Planète.  Leur augmentation est un autre signal d’alerte pour le climat.  Ceux-ci se produisent surtout après des vagues de chaleur et des sécheresses, qui sont en augmentation.  En Europe, ils dévastent l’île de Madère ou la Grèce y compris la ville d’Athènes. En Amazonie, les feux se multiplient alors même que le président Lula a limité la déforestation humaine (channelnewsasia).

Des incendies très  graves, comme celui qui a tué plus de 130 personnes au Chili se produisent maintenant deux fois plus souvent ( Marley, the Conversation). Les feux de forêts prennent parfois spontanément. Ils sont déclenchés par des éclairs.  Ces dernières, années, il y a plus de gros orages et foudre frappe de six à neuf fois plus souvent dans  l’Arctique. Elle provoque les trois quarts d’incendies de forêts hors des tropiques.  Ce phénomène pourrait se renforcer, les éclairs abondants, surtout après une sécheresse inhabituelle, pourraient déclencher plus de feux de forêt (Janssen, Nature Geoscience 2023). Ceux, à leur tour, provoquent parfois la formation de nouveaux orages. 

En 2023, les émissions de CO2 des feux de forêts étaient de 16% supérieures à la moyenne. Au Canada, ils étaient presque 10 fois plus élevées, par contre la savane africaine a été assez préservée. Espérons qu’une amélioration durable a été apportée dans sa gestion et que sera aussi le cas à l’avenir (lien).

Il s’avère que leurs conséquences sont pires que prévu. De nombreux arbres brûlent et ne captent plus de carbone dans les années suivantes. Les souches mortes sont probablement lentement dégradées par des bactéries, les racines meurent lentement, ainsi que tout l’écosystème qui dépend des arbres.  Une étude effectuée sur les vierges forêts suédoises montre que le CO2 est dégagé lors de l’incendie, mais aussi au cours des quatre années suivantes. Les émissions de carbone sont donc au moins deux fois supérieures aux estimations. La gestion des forêts permet de réduire les dommages. Un petit feu auquel les arbres survivent cause moins de dégâts et pourrait rendre la forêt plus résistante et la  protéger contre les futurs incendies pendant une vingtaine d’années. (lien)

En Amazonie aussi la sécheresse de 2015 qui a provoqué la relâchement de 1 Gt de carbone de la végétation, par la dessèchement et le feu a eu des conséquences durables. L’écosystème récupère en plusieurs années. Le sol et les parties souterraines des plantes ont aussi émis du carbone, et n’avaient pas retrouvé l’équilibre en trois ans (lien).

Dans de nombreux cas, l’homme est responsable des incendies et nous pouvons améliorer la prévention.  

Ces brasiers créent aussi d’immenses dégâts et ont des conséquences sur la santé humaine.  Des mégapoles sont obscurcies par la fumée des incendies, qui aggrave l’asthme, crée des problèmes pulmonaires durables et un risque de démence et de décès précoce. Les ouvriers agricoles sont très exposés. Lors de nombreux feux de Californie, ils ont dû travailler pour toucher un salaire journalier, et n’avaient pas d’assurance maladie (lien) A la campagne, les flammes interrompent les lignes électriques et endommagent les conduites d’eau, et relâchant parfois des composants toxiques dans l’eau. Le plastique fond.  Les sources et les conduites peuvent être contaminées par du benzène, cancérigène. Cela peut même affecter l’approvisionnement en eau des villes.  Des règles de sécurité pour éviter ces contaminations doivent être mises en place (lien).  Le mercure double aussi dans les ruisseaux qui traversent les terres brûlées, sous une forme dangereuse, de méthylmercure (lien).  De plus, le feu augmente aussi le risque de glissements de terrain futurs. 

Le réchauffement climatique nous exposera à une aggravation de ces phénomènes qui à leur tour l’amplifieront. Nous devons immédiatement agir sur deux fronts, limiter le réchauffement et prévenir les feux futurs.


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