Bilan de l’albédo terrestre
L’année passée, la température terrestre a grimpé d’environ un demi-degré. Il s’avère aujourd’hui que la planète dans l’ensemble a vécu une année ensoleillée. Les nuages bas étaient 4% moins abondants que les années précédentes.
L’année 2023 a vu une augmentation impressionnante du réchauffement climatique. Les océans étaient particulièrement chauds, notamment l’Atlantique, qui a battu tous les records. Les climatologues ont qualifié ce changement de plusieurs adjectifs expressifs, incluant ‘gobsmackingly bananas.’
Le mois passé encore, Gavin Schmidt de la NASA exprimait son étonnement face à cet événement (NYTimes). Il a récemment lancé un appel public aux chercheurs du monde entier à se rencontrer pour trouver une explication à ces températures inquiétantes.
Une analyse de diverses mesures du système terrestre qui vient d’être publiée montre que cette année la nébulosité autour de la Terre était moins abondante. Le ciel était plus dégagé dans les régions tempérées de l’hémisphère nord et au-dessus des océans tropicaux, et surtout de l’Atlantique tropical. Comme les nuages bas réfléchissent la lumière du soleil, leur absence augmente le réchauffement planétaire. Leur contribution s’appelle l’albédo, les glaces y participent aussi mais l’effet de la fonte des calottes polaires est plus faible que l’effet météorologique.

Les nimbostratus étaient particulièrement réduits en avril et mai 2023, pendant les mois où une augmentation inexplicable s’est produite. La disparition des formations de condensation ne semble pas être due au phénomène El Nino de 2023.
Dans l’Atlantique, la couverture nuageuse s’est progressivement réduite au cours de la dernière décennie.

Trois mécanismes fondamentaux peuvent avoir contribué à l’albédo planétaire record associé avec le manque de nimbostratus : la variabilité interne, une rétroaction émergente due au réchauffement, ou un effet d’aérosols.
Il est possible que ces résidus des carburants contribuent à la condensation des nuages parce que leur voile était plus faible dans les années 1940 -1950, quand l’utilisation de carburants était plus faible. Des polluants refroidissant le climat ont récemment été éliminés du fuel des navires. Selon les auteurs de cet article, leur implication dans la disparition des nuées n’est pas claire, et l’effet observé est plus fort que celui des aérosols.
Je me demande s’il est possible de réintroduire ceux-ci réintroduire pour quelques années, le temps de sauver la Planète. Les grandes forêts telles que l’Amazonie et les algues des océans produisent aussi des aérosols qui favorisent la condensation des masses nuageuses, il est important de les maintenir et de les étendre.
De toute façon, cela suggère que le réchauffement progresse rapidement, que les températures élevées pourraient continuer et que les modèles climatiques à haute sensibilité sont les plus réalistes, ce qui réduirait le budget carbone dont nous disposons pour survivre sur Terre (Goessling, communiqué, étude).
Haute sensibilité
L’année passée les températures de la Planète ont augmenté de 0,5°C. Ce rythme nous amènerait à 5°C de plus en dix ans. Il a été provoqué par une réduction de 4% de la couverture nuageuse, il nous restait donc 96% de nimbostratus habituels. Cela me donne une impression d’insécurité, de danger proche. Cependant, la géologie nous indique que les changements de climat terrestre étaient plutôt progressifs et lents.
Les modèles climatiques qui incluent ces nombreuses informations estiment qu’un doublement de l’effet de serre conduirait à un réchauffement entre 2 et 5,5°C. Les variantes qui suggèrent les valeurs les plus élevées, autour de 5°C en cas de doublement de CO2, sont appelées modèles à haute sensibilité (high sensitivity models, ou parfois ‘hot models’). L’analyse du réchauffement de 2023 suggère donc que les modèles à basse sensibilité pourraient être abandonnés (Goessling).
Une étude récente de l’EPFL aboutit aussi à la conclusion que les modèles à haute sensibilité calculent bien le changement climatique. Les auteurs ont groupé les modèles selon les climats régionaux qu’ils prédisent, et ils les ont comparés aux événements observés dans la réalité. Pour y parvenir, ils ont combiné les températures des océans des différentes régions en un réseau, puis, de façon très intelligente, ils ont déterminé des liens de causalité, se basant sur la logique et sur la connaissance de l’océanographie.

En conclusion, ils ont montré que les algorithmes à haute sensibilité prédisent bien les températures actuelles de la surface des océans.
« Nous montrons que les modèles sensibles au carbone, ceux qui prédisent un réchauffement beaucoup plus fort que l’estimation la plus probable du GIEC, sont plausibles et doivent être pris au sérieux », déclare Athanasios (Thanos) Nenes, professeur EPFL /FORTH.
« En d’autres termes, les mesures actuelles de réduction des émissions de carbone, qui sont basées sur des estimations de sensibilité au carbone plus faibles, pourraient ne pas suffire à freiner un avenir catastrophiquement chaud » (Ricard).
« Nous devons collectivement nous réveiller et vraiment nous attaquer au changement climatique, car il pourrait s’accélérer bien plus que nous le pensions. » (Nenes) (communiqué, étude).

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