Un nouvel article du grand climatologue James Hansen affirme que le réchauffement a accéléré il y a quelques années. La réduction des aérosols liés au fuel des navires en serait la cause. La fonte du Groenland dépasse les prévisions et mènera à un arrêt de la circulation océanique dans 20 -30 ans, ce qui provoquera plus tard une importante montée du niveau de la mer. Il suggère des prévisions climatiques complémentaires à celles du GIEC, qui s’appuieraient plus sur les observations de la réalité.
2050: arrêt de la circulation océanique
La circulation thermohaline des océans, ou AMOC, entraîne l’eau autour du globe. L’eau salée chaude longe la côte de l’Afrique, puis l’Europe, refroidit dans l’Atlantique Nord, s’alourdit alors et descend vers le fond de l’océan. La fonte du Groenland et les pluies intenses compromettent ce mécanisme, ajoutent de l’eau douce plus légère en surface et pourraient arrêter le mouvement des eaux vers 2050.
Le niveau de l’océan monterait assez vite sur la côte Atlantique de l’Amérique. L’eau chaude s’accumulerait dans l’hémisphère Sud. Pendant les décennies suivantes les températures dans l’hémisphère Nord baisseraient et celles dans l’hémisphère sud monteraient graduellement. La Scandinavie serait exposée à des températures de -50°C, les îles Britanniques subiraient aussi un froid glacial.
Même un ralentissement de cette circulation pourrait faire plonger les températures en Europe. Les régimes de précipitations changeraient dans de nombreuses régions du monde, en Europe, en Amérique du Sud, et en Afrique. Les pluies tropicales se déplaceraient vers le sud et le Sahel subirait des sécheresses.
De nombreuses autres études basées sur l’observation de la fonte des glaces annoncent l’arrêt de l’AMOC vers 2050. La fonte des glaces est provoquée aussi bien par les températures élevées de l’air que par celles de l’eau des océans. Le dépassement des trajectoires d’émissions de carbone conseillées par l’ONU y mènerait aussi. L’année passée, un groupe de scientifiques demandait l’étude urgente de ce risque au conseil de la Scandinavie. Ce scénario est de plus en plus plausible. L’arrêt de la circulation océanique accumulerait de la chaleur dans l’hémisphère Sud et favoriserait la fonte de l’Antarctique.

Prévisions de températures après l’arrêt de la circulation océanique. Le froid dans le Nord de l’Europe (en bleu) est le plus évident, la température de parties de l’hémisphère Sud s’élève (en rouge).
2075 – 2125 : montée du niveau de la mer
En conséquence, la plateforme glaciaire de l’Antarctique de l’Ouest s’effondrerait probablement dans l’océan. Elle retient actuellement d’immenses glaciers. Leur flux s’accélérerait alors au cours des décennies suivantes et ils provoqueraient une montée du niveau de la mer de plusieurs mètres, qui ferait disparaître la Camargue, une partie du Bangladesh, de la Floride, et inonderait la moitié des mégapoles de la Terre, situées aux bords des océans. L’eau salée s’infiltrerait dans les champs et dans les aquifères. Un tel événement s’est déjà produit dans le passé de la Terre, dans l’âge Eémien. Selon les simulations d’Hansen, la fonte des glaces double tous les dix ou vingt ans. Les changements sont d’abord discrets, puis plus importants.
Des politiques énergétiques
Les émissions actuelles sont beaucoup trop élevées, James considère qu’elles ne baisseront pas assez vite, et que les solutions conseillées par le GIEC sont insuffisantes. Il discute dans son articles des solutions chimiques et l’histoire de l’action climatique aux Etats-Unis, y compris les assassinats des Kennedy . L’ONU et le public ne lui semblent pas assez informés.
Je crois au contraire que l’action climatique peut s’amplifier très vite. D’une part, « Yes, we can« . Une action efficace peut être décrétée par des gouvernements éclairés, et aboutir à des réductions d’émissions importantes. D’autre part, j’ai une vision assez négative de l’évolution du climat ces prochaines années. Je m’attends à des événements extrêmes. Si cela se produit, et si un minimum d’information du public subsiste alors, ces catastrophes pourraient provoquer l’arrêt de plusieurs pans de l’économie, mais aussi une mobilisation sans précédent de la population pour sauver leurs conditions de vie. Dans cette éventualité, il nous faut communiquer partout leur lien avec le climat, et leur caractère progressif.
Article scientifique: https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/00139157.2025.2434494
Addendum le 19 février: un commentaire m’a fait justement remarquer que la carte inclue ci-dessus ne montre pas assez de réchauffement planétaire. J’ai trouvé d’autres modélisations: celle de gauche provient d’une étude très sérieuse dans Nature, et montre un hémisphère Nord froid et un hémisphère Sud chaud une centaine d’années après l’arrêt de l’AMOC, à 1.5°C, blog du 5 novembre. https://www.nature.com/articles/s41586-024-08020-9. Je ne sais pas quels paramètres ont été utilisés pour celle de droite, qui montre une Terre plus chaude, sauf l’Atlantique-Nord.



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