Changement climatique du PETM
Il y a 250 millions d’années, la Terre a connu la plus grande extinction de masse de son histoire : la crise Permien-Trias (PTME). Environ 90 % des espèces marines et 89 % des tétrapodes terrestres ont disparu. Un volcanisme cataclysmique dans en Sibérie, a provoqué ce changement par le relâchement d’énormes quantités de CO₂, de méthane et d’autres composés toxiques dans l’atmosphère. Ensuite, un super-effet de serre a régné sur la planète pendant près de 5 millions d’années, bien après la fin du volcanisme actif.
La température globale est restée longtemps anormalement élevée. L’analyse de fossiles végétaux a permis de reconstituer le climat de l’époque à partir de données issues de plusieurs sites tropicaux (Nature). Les résultats révèlent une disparition massive de la végétation terrestre au moment du volcanisme sibérien, avec des régions tropicales si surchauffées qu’elles constituaient de véritables “zones mortes”, incompatibles avec la vie végétale. Des traces de fleuves anciens suggèrent que l’eau y était présente, mais les plantes ni les animaux n’y ont été retrouvés.
La désertification de ces régions était probablement due à températures excessives, auxquelles la végétation ne survivait pas. L’étude suggère que les tropiques étaient alors une fournaise insupportable, probablement sous-estimée dans les reconstructions antérieures. Ils ont pu aussi être exposés fréquemment à des vagues de chaleur destructives. A cette époque éloignée, les températures de la Terre étaient d’une dizaine de degrés plus élevées que maintenant, mais elle suggère qu’au 21ième siècle, les zones tropicales et subtropicales pourraient se réchauffer bien au-delà des projections actuelles, et exposer ces régions à des canicules extrêmes.
Le rôle de la végétation dans le climat
A cette époque lointaine, la végétation était très réduite dans les tropiques et la Terre a progressivement reverdi dans les régions les plus froides. Un fort effet de serre et une bande désertique dans les tropiques se sont maintenus pendant des millions d’années. L’effondrement des écosystèmes végétaux tropicaux a probablement été un facteur-clé de ce réchauffement prolongé. Les forêts humides, les tourbières tropicales et les marécages, qui stockaient du carbone sous forme de matière organique, ont disparu, et le carbone qui y était contenu ajoutait à l’effet de serre, rendant un retour de la végétation impossible.
Ce déclin massif a entraîné une diminution de la séquestration du carbone par les plantes, une réduction de la capture du carbone par les roches, et une concentration très élevée de CO₂ atmosphérique pendant des millions d’années. Ainsi, la Terre s’est retrouvée piégée dans une boucle climatique infernale, sans écosystème pour tempérer les excès du climat. Cette étude montre que la végétation est un élément clé du climat terrestre.

Un signal d’alerte pour notre époque
Ce mécanisme d’emballement climatique basé sur la disparition de la végétation trouve un écho inquiétant dans les tendances actuelles. Aujourd’hui, la végétation des plus grandes forêts tropicales du monde, d’Amazonie, de la forêt du Congo et d’Amazonie, souffre du réchauffement. Les mesures de conservation protègent en partie les forêts, par contre ils s’avère que les arbres isolés, non protégés, disparaissent massivement (communiqué). Il faut les sauvegarder et encourager la plantation d’arbres, un par un, car ils apportent de nombreux bienfaits, dont la capture du carbone et la protection du climat local.
La restauration des tourbières semble porter des fruits (communiqué). Dans les régions tempérées, les satellites détectent un verdissement, plus de zones d’écosystèmes verts, mais des études plus approfondies montrent que la végétation souffre aussi du changement climatique, du manque d’eau dans certains régions et de l’augmentation des températures. De nombreux indicateurs de récupération de stress et de croissance de végétation indiquent que les écosystèmes européens perdent leur résilience depuis 2005 (communiqué). La nature des régions tempérées et boréales d’Europe de l’Ouest et de l’Est est particulièrement fragilisée. La végétation s’y épaissit, mais la capacité des écosystèmes à résister aux perturbations diminue. Ils sont en danger.
Si les forêts tropicales venaient à s’effondrer, nous pourrions recréer, involontairement, un scénario climatique similaire à celui du Trias inférieur, avec des canicules létales dans les tropiques et un dérèglement prolongé du climat.
L’histoire géologique nous enseigne que la végétation n’est pas seulement victime du climat, elle en est aussi un acteur central. Protéger les écosystèmes tropicaux aujourd’hui, c’est maintenir le régulateur climatique naturel de la planète. C’est aussi éviter de franchir des points de bascule irréversibles comme ceux qui ont marqué la fin du Permien.

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