Je suis descendue en ville un soir de la semaine passée et j’ai été frappée par un souffle brûlant. J’ai auparavant senti un tel vent dans le désert en Afrique et en Inde. Peut-être était-il si chaud en Espagne il y a 30 ans. Cela dit, les températures moyennes ne rendent pas compte du changement en soirée ni en moyenne montagne, qui est très impressionnant.

La France a traversé en août 2025 une vague de chaleur exceptionnelle, marquée par des températures dépassant les 40°C dans plus de 70 départements, des nuits tropicales prolongées et une population accablée par la chaleur. Cette canicule n’est pas un simple épisode estival : elle s’inscrit dans une dynamique climatique alarmante, qui dépasse les projections initiales du GIEC.

Canicules plus fréquentes

Dans un entretien accordé récemment, Jean Jouzel, climatologue et ancien vice-président du GIEC, a exprimé son inquiétude croissante face à l’accélération des extrêmes.

« Une canicule qui survenait tous les dix ans se produit désormais trois fois par décennie », prévient-il.

Il insiste sur le fait qu’elles s’intensifieront: «  ce que nous voyons aujourd’hui constitue les prémisses de ce que les jeunes verront dans la deuxième moitié du siècle »

« Aujourd’hui nous décidons du climat dans lequel vivront les jeunes dans trente ans« .

Je l’écris souvent, car cela découle directement des rapports du GIEC, et dans cet extrait vidéo Jean Jouzel le dit très clairement: Jean Jouzel sur YouTube

Aggravation plus rapide que prévu

La canicule d’août 2025 trouve sa cause météorologique directe dans un puissant anticyclone subtropical – un « dôme de chaleur » –  stationnaire entre le 10 et le 18 août sur l’Europe du Sud. Ce blocage a empêché toute arrivée d’air frais, piégeant la chaleur sur le territoire français, notamment dans le Sud-Est et la vallée du Rhône.

Le climatologue américain  Michael E. Mann  a récemment analysé les extrêmes climatiques et établi que la fréquence des canicules, inondations et sécheresses a triplé.  Il confirme qu’elles s’aggravent plus que le GIEC ne l’a indiqué.  Il a récemment confirmé que les ondes de Rossby, vastes ondulations du courant-jet atmosphérique, sont la cause de ces extrêmes. 

Le réchauffement de l’Arctique ralentit le courant-jet et crée ces méandres stationnaires. Les ondes de Rossby provoquent alors des conditions météorologiques de blocage, par exemple en août 2025. Michael Mann démontre que le réchauffement climatique augmente la probabilité de telles résonances, aggravant les extrêmes au-delà des scénarios du GIEC. Ainsi, le réchauffement de la Planète et celui de l’Arctique se conjuguent pour provoquer des canicules exceptionnelles en France.

Réchauffement inattendu de la Méditerranée

Une  autre étude a récemment  identifie les mécanismes atmosphériques à l’origine des vagues de chaleur marine (VCM) en Méditerranée, notamment celle de 2022. En analysant des décennies de données satellitaires et océanographiques, les chercheurs ont montré que les crêtes subtropicales persistantes — aussi appelées « anticyclones africains » — sont le déclencheur principal de ces événements extrêmes.

Les ondulations su courant-jet décrites par Jennifer Francis, puis récemment par Michael Mann amènent des anticyclones africains au-dessus de la Méditerranée et de la France. Elles causent des canicules sur terre et sur mer, et mènent à un réchauffement inattendu.

Lorsqu’ils stagnent au-dessus du bassin méditerranéen pendant plus de 5 jours, ils provoquent un affaiblissement des vents locaux, ce qui empêche l’océan de perdre sa chaleur normalement.  La température de la surface de la mer augmente alors rapidement.

Les températures record de la Méditerranée amplifient à leur tour la chaleur des terres. Le 29 juin 2025, la mer a atteint 26,01 °C de moyenne, soit +3°C au-dessus des normales (source : Copernicus/Météo-France).
Cette anomalie agit comme un accélérateur climatique pour la France. Elle a formé des masse d’air chaud et humide qui a favorisé une vague de chaleur intense; l’écart thermique mer/terre a diminué, et les côtes n’étaient plus rafraîchies par l’air marin. Enfin, la chaleur marine a alimenté l’anticyclone persistant.

Le réchauffement de l’Arctique dirige les conséquences du réchauffement climatique sur l’Europe et provoque ces intenses vagues de chaleur sur terre et sur mer, qui s’alimentent.

Et demain ?

Selon le PNACC (Plan national d’adaptation au changement climatique), des canicules pouvant atteindre 50°C dans le sud-est de la France sont possibles si le réchauffement du pays dépasse +4°C, ce qui pourrait advenir bien avant 2100 au rythme actuel du réchauffement.

D’autres scientifiques ont déjà annoncé que des événements rares comme la canicule de 2021 au Canada sont déjà possibles en France, bien que peu probables.

L’étude de Michael Mann suggère que la rétroaction positive des ondes de Rossby apparaît à l’actuelle étape du réchauffement, et qu’elle s’estompera quand les températures globales monteront. Les canicules qui dépassent maintenant les prévisions du GIEC s’y aligneraient donc mieux dans l’avenir. 

Cependant, d’autres phénomènes climatiques imprévus pourraient apparaître, et le réchauffement planétaire semble rapide. James Hansen, entre autres, a montré que l’augmentation du CO2 provoque un réchauffement plus fort que les modèles du Giec ne le prévoient.

Ce n’est plus de la science-fiction : la perspective de journées entières à 50°C pendant une semaine impose une réflexion urgente.

  • Devrons-nous passer les été confinés à l’intérieur? 
  • Qu’en sera-t-il de l’agriculture?
  • Faudra-t-il construire des abris climatiques publics ?

Ce n’est qu’un aléa climatique parmi d’autres : ces vagues de chaleur s’accompagnent souvent de feux de forêt, de sécheresses, de pannes électriques, et menacent la santé publique, l’agriculture et les écosystèmes.

Les scientifiques sont formels : le climat futur se décide maintenant.
Les actions entreprises aujourd’hui, ou leur absence, façonneront les conditions de vie des décennies à venir.

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