Un phénomène aussi spectaculaire que méconnu a frappé la côte andalouse le 17 août 2025. Les habitants de Motril, Salobreña et Torrenueva Costa (sud de l’Espagne) ont vu le ciel s’assombrir brièvement, avant que des vents violents et un air brûlant ne s’abattent sans prévenir sur la côte. En quelques minutes, les températures ont grimpé à 40,1 °C, des rafales ont soufflé à 87 km/h, et l’humidité a chuté de façon drastique. Au large, certains témoins déclarent avoir vu une sorte de tornade marine, probablement un vortex de chaleur (the watchers).

Ce n’était pas une canicule, ni une tempête : les météorologues parlent d’un heat burst, déclenché par l’effondrement soudain d’un orage en altitude. Ce type d’événement survient généralement au crépuscule ou la nuit, lorsque la pluie s’évapore dans de l’air sec (virga). La masse d’air ainsi refroidie descend ensuite brutalement vers le sol. Ce « plongeon »  comprime l’air et le réchauffe rapidement, provoquant une montée soudaine de la température au sol.

Un précédent mythique à 60°C en 1960

Ce n’est pas la première fois que la météo se transforme en fournaise instantanée. L’un des exemples les plus frappants reste le fameux « Satan’s Storm » survenu à Kopperl, au Texas, dans la nuit du 15 juin 1960. Là aussi, un orage finissant a provoqué un heat burst nocturne d’une intensité inouïe : vents supérieurs à 120 km/h, une humidité quasi nulle, et une température rapportée de 60 °C.  Les habitants, paniqués, ont fui en pleine nuit leurs maisons, envahies par un air sec et brûlant venu du ciel.

Depuis, plusieurs heat bursts ont été documentés aux États-Unis (Kansas, Oklahoma, Kentucky…), mais également ailleurs, comme en Espagne cette année. Il semble s’agir d’événements rares.  Cependant, personnellement, je me suis endormie le soir pendant un orage frais et j’ai été réveillée par une intense chaleur la nuit.   Je me demande si ces phénomènes pourraient être plus répandus ou en multiplication. Je repense à la soudaine augmentation de la température de 10°C à 2h du matin dans l’Ouest de la France rapportée il y a quelques mois.

Un risque climatique

Les modèles climatiques et les simulations basées sur les observations récentes suggèrent que des orages plus forts frapperont la France et la Suisse.   Une convection intense, prévue dans le futur climatique,  joue un rôle clé dans la genèse des heat bursts.

Ces forts mouvements verticaux de l’air sont généralement associés à des orages puissants (en fin de journée), à des nuages convectifs épais, et une forte instabilité atmosphérique.
Or, un heat burst se produit généralement à la fin de la vie d’un orage : lorsque l’orage s’effondre (phase de dissipation), il peut produire une rafale (downdraft) qui s’échauffe en tombant. C’est le cœur du phénomène. La convection intense pourrait mener à des phénomènes de heat burst, si elle coïncide avec la présence d’air sec chaud, qui permet à la pluie de s’évaporer. Par contre l’air humide en basse couche et des orages multicellulaires ne provoquent pas ce phénomène.

L’autre question est la température. L’air à 0°C s’échauffe brusquement à 40°C mais s’il s’agit d’un courant plus chaud, nous pourrions soudainement atteindre une température plus élevée, à par exemple 50°C. Le pic de température dure alors 20 à 30 minutes, puis elle redescend, le phénomène ne dure pas plus d’une heure.

Exposition brusque à une chaleur intense

Même à 60°C, cela ne semble pas plus dangereux que le sauna ou le hammam.
Cependant, un heat burst peut présenter un risque réel pour la vie humaine, surtout pour des personnes fragilisées. Il pourrait être dangereux pour des personnes âgées, souffrant de maladies cardiovasculaires, accroître le risque d’un AVC ou d’une fausse-couche et être dangereux aussi pour des personnes sous neuroleptiques, des bébés ou des travailleurs en extérieur. Le vent peut provoquer une déshydratation rapide et lancer des objets sur les personnes. S’il est impossible de se mettre à l’abri, je pense qu’il faut hydrater la personne, l’arroser d’eau dans les cas extrêmes, ou envelopper d’un drap mouillé.

Surveiller la météo

Il s’agit apparemment d’un phénomène rare, présent surtout aux Etats-Unis, au Moyen-Orient et en Espagne. Les micro-rafales sans chaleur pourraient arriver plus fréquemment. Cependant, nos connaissances pourraient être incomplètes, et refléter plutôt une meilleure information aux Etats-Unis par le passé. A l’image des dômes de chaleur ou des rivières atmosphériques, ces phénomènes localisés traduisent une atmosphère plus énergétique, où les orages s’achèvent de manière plus brutale, où la chaleur s’accumule dans des couches d’air anormalement sèches.

J’aimerais que la fréquence de ces événements soit mieux connue. Ensuite, nous en saurons plus sur leurs risques. Il faudrait faire de même pour un millier d’autres phénomènes météorologiques. Nous pourrions nous équiper de thermomètres à la maison, éventuellement avec une alarme qui sonne à 40°C, émettant des données vers des centres officiels de météorologie. Je propose qu’ils mettent sur le marché de tels appareils pour la science citoyenne et pour notre sécurité. Des thermomètres et des anémomètres pourraient être installés tous les cent mètres. Nous vivrons demain des phénomènes nouveaux et leur observation et leur analyse deviennent des besoins vitaux pour nos sociétés. C’est un nouveau défi pour la science du climat : nous devons anticiper des menaces météorologiques inconnues jusqu’à présent, au moins dans nos pays, et même totalement nouvelles.

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