De plus en plus fréquents, intenses et parfois inédits, les phénomènes atmosphériques extrêmes témoignent d’un climat en mutation. Entre records de chaleur, tornades insolites, tempêtes rares et anomalies atmosphériques, la planète semble secouée par des épisodes météorologiques autrefois considérés comme exceptionnels.
Rivières atmosphériques en Californie
En janvier 2024, la Californie a été confrontée à un phénomène que l’on décrit encore, un peu faussement, comme “inhabituel” : une série de rivières atmosphériques d’une intensité exceptionnelle, classées au niveau 5, soit le maximum sur l’échelle d’intensité utilisée par le Center for Western Weather and Water Extremes (CW3E). Une rivière atmosphérique est un ruban de vapeur d’eau dans l’atmosphère, transporté sur des milliers de kilomètres depuis les zones tropicales jusqu’aux latitudes tempérées. Il déverse ensuite sur la terre des quantités d’eau d’une ampleur inédite. Ce phénomène a provoqué des cumuls de pluie records à San Francisco et Sacramento : toute la Californie a reçu cette gifle céleste, incapable d’en amortir les effets. L’eau a ruisselé, rongé les sols, emporté les routes, les habitations, et les certitudes. Le réchauffement climatique a augmenté l’envergure de l’événement.
Dôme de chaleur en Europe centrale
En juillet 2025, l’air s’est figé au-dessus de l’Europe centrale. Un dôme de chaleur, massif, silencieux, s’est posé sur le continent. Sous cette coupole invisible, la température s’est emballée : 46 °C dans le sud de l’Italie, 44 °C en Hongrie, mais c’est la nuit, surtout, qui a cessé d’apporter le moindre répit. À Budapest, le thermomètre n’est pas descendu en dessous de 33 °C : les corps transpiraient sans fin, les murs renvoyaient la chaleur accumulée, les villes sont devenues des pièges de chaleur. Un blocage atmosphérique dû au réchauffement de l’Arctique nous apporté anticyclone stagnant, alors que le sol était déjà déjà asséché par l’absence de neige.
Microburst géant à Dubaï : les rafales venues d’en haut
En juin 2024, Dubaï a été frappée par un microburst d’une intensité exceptionnelle sur une zone urbaine, avec des rafales mesurées à 130 km/h.
En quelques secondes, des structures se sont s’effondrées et des routes ont été bloquées. Ce phénomène, généralement observé sous les orages dans des régions plus tempérées, consiste en une descente rapide d’air froid et sec provoquée par l’évaporation des précipitations. La cause semble connue : de l’air froid qui s’effondre sous le poids de son propre contraste thermique. Mais dans un désert où la convection est parfois déclenchée artificiellement, la frontière entre naturel et géo-ingéniérie devient poreuse. L’atmosphère pourrait désormais répondre à des stimuli que nous produisons sans nous en rendre compte. Ce phénomène a surpris les météorologues, car il est inhabituel en zone désertique. Les dégâts ont été significatifs, illustrant la vulnérabilité des villes à des phénomènes soudains.
Dans un monde où l’air surchauffé s’accumule au-dessus de sols durcis par la sécheresse, les microbursts pourraient surgir là où on ne les attendait pas – dans les déserts artificialisés du Golfe, sur les contreforts brûlants du Maghreb, ou encore dans les vallées méditerranéennes où la convection estivale devient chaque année plus capricieuse. Ils pourraient bientôt frapper les villes indiennes ou les plateaux mexicains.

Nuages noctulescents à Paris : un message venu de la mésosphère
En juin 2025, un autre événement étrange se produit : des nuages noctulescents, d’un bleu métallique irisé, sont apparus jusque dans le ciel parisien. Ces nuages, que l’on ne voit d’ordinaire qu’aux hautes latitudes, se forment dans la mésosphère, à plus de 80 km d’altitude. Leur présence à Paris indique une hausse inédite de vapeur d’eau dans la haute atmosphère. Ils se forment lorsque des cristaux de glace se condensent autour de particules en suspension à très basse température, et leur présence indique un afflux anormal de vapeur d’eau dans la mésosphère. Ils constituent un avertissement de changements dans la dynamique atmosphérique supérieure.
Cette vapeur d’eau pourrait provenir de l’éruption du Hunga Tonga en 2022, bien que cet effet était estimé à deux ans, et aurait donc dû se terminer en 2024. Elle pourrait aussi être due aux modifications anthropiques du climat, et être un signe, visible à l’œil nu, d’un système qui mute jusqu’aux strates les plus lointaines.
Medicane “Illyria” en 2024
En octobre 2024, La Méditerranée donne naissance à Illyria, un medicane, contraction de “Mediterranean hurricane”. Structure en spirale, cœur chaud, convection organisée, ses caractéristiques rappellent celles d’un ouragan de catégorie 1. Le phénomène est classique sous les tropiques, la formation des ouragans est assez bien connue et se produit au-dessus des océans chauds. Ici, il montre que la Méditerranée devient tropicale.
Depuis une dizaine d’années, elle voit naître des tempêtes d’un genre nouveau: les médicanes, hybrides entre dépressions extratropicales et cyclones tropicaux. Qendresa (2014), Zorbas (2018), Ianos (2020), Apollo (2021) et Illyria (2024) ont frappé successivement Malte, la Grèce, l’Italie et les Balkans, avec des vents dépassant parfois les 120 km/h et des pluies torrentielles. Ces systèmes, alimentés par une mer toujours plus chaude, marquent la tropicalisation du climat méditerranéen.
Tornade de feu en Californie
La Californie, en juillet 2024, a vu une tornade de feu. La multiplication d’incendies de forêt y a mené. C’est un phénomène thermodynamique extrêmement violent où les flammes, le vent et la poussière brûlante s’enchevêtrent en une spirale incandescente. L’air aspiré par la chaleur de l’incendie s’élève et entame une rotation cyclonique. Une telle colonne de feu peut atteindre plusieurs centaines de mètres et s’auto-alimenter. La tornade brûle tout ce qu’elle touche et s’en nourrit. L’augmentation de ces phénomènes est directement due à la sécheresse accrue et aux températures extrêmes résultant du changement climatique.

Foehn inversé dans les Alpes
Au cœur de l’hiver 2025, le Tyrol a subi un foehn inversé. En 40 minutes, la température a grimpé de 18 degrés. Le vent chaud est descendu sur le versant nord des Alpes. Le foehn classique est un vent chaud et sec soufflant sous le vent d’une barrière montagneuse, mais dans ce cas, la dynamique atmosphérique a inversé le gradient de pression, entraînant un réchauffement spectaculaire du côté normalement plus froid. Ce type de situation, très rare en hiver, reflète une complexification des régimes de circulation atmosphérique sur fond de climat perturbé.
Ces événements extrêmes ne sont plus des anomalies isolées mais des signaux d’un nouveau régime climatique. L’atmosphère, en réponse aux déséquilibres énergétiques induits par l’activité humaine, amplifie les extrêmes, déplace les zones d’occurrence habituelles des phénomènes rares, et génère des situations inédites mêlant chaleur, sécheresse, instabilités et dynamismes verticaux. Comprendre ces phénomènes dans leur complexité physique est crucial pour anticiper les crises futures et adapter nos sociétés à un climat désormais plus chaud et plus volatil.

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