Permafrost arctique
L’Arctique renferme de vastes étendues de sols gelés depuis la dernière glaciation, appelés permafrost. Celui-ci dégèle progressivement et libère du dioxyde de carbone ainsi que du méthane. Ces émissions pourraient amplifier le réchauffement climatique de plusieurs degrés. Selon la présentation faite à la COP30, le permafrost est d’ailleurs déjà devenu une source nette de carbone. Aujourd’hui, la majorité du méthane provient des eaux douces et des zones marécageuses.
Par endroits, le permafrost dégèle abruptement et provoque des affaissements soudains du sol. Les feux en Arctique accélèrent également ce processus.
À moyen et long terme (horizon 2050), la fonte du permafrost entraînera des impacts profonds : réduction du budget carbone encore disponible et dommages majeurs aux infrastructures régionales.
Un dépassement du seuil de +1,5 °C provoquera un recul irréversible du permafrost, entraînera un réchauffement supplémentaire pour des centaines d’années et accroîtera le risque d’une forte hausse des températures.
Les zones côtières dégèlent aussi : les vagues, désormais libérées de la banquise, érodent les rivages arctiques, la glace devient lacs puis baies, et l’arrivée de l’eau de mer accélère les émissions de méthane. Les côtes changent rapidement et leur érosion devrait encore s’intensifier.
Le phénomène touche également les fonds marins. Le permafrost sous-marin recouvre une couche riche en hydrates de méthane. Le réchauffement des eaux provoque son dégel, laissant apparaître des dépressions sur le plancher océanique là où les hydrates se sont échappés. Cette situation est préoccupante : ces couches renferment une quantité immense de gaz, estimée à au moins 20 000 Tg de carbone.
Messages clés de la conférence :
- La sensibilité du permafrost joue un rôle majeur dans le cycle global du carbone.
- Les hydrates de méthane sous-marins pourraient contribuer de manière significative aux émissions de gaz à effet de serre.
- L’érosion des côtes de l’océan Arctique influence également le cycle du carbone.
- Les infiltrations d’eau de mer dans le permafrost accélèrent les émissions.
Antarctique
D’autres nouvelles préoccupantes nous parviennent d’Antarctique. La glace de mer qui entourait le continent se réduit de façon spectaculaire, marquant un changement sans précédent dans l’histoire de l’humanité. La surface sombre de l’océan ainsi exposée absorbe davantage les rayons du soleil, amplifiant le réchauffement climatique à un niveau comparable à la disparition accélérée de la calotte glaciaire arctique. Selon de récentes simulations, la banquise antarctique aurait franchi un point de bascule : sa réduction semble désormais irréversible et devrait se poursuivre dans les décennies à venir. Cela pourrait entraîner une accélération du réchauffement de l’hémisphère sud.

Les écosystèmes polaires montrent déjà des signes alarmants de perturbation. Les glaces côtières se fragmentent, les glaciers vêlent à un rythme inédit, et de nombreux icebergs dérivent au point de menacer la survie des colonies de manchots – plus de la moitié d’entre elles ont été affectées ces dernières années. Dans les fonds marins, des algues vertes prolifèrent à mesure que la lumière pénètre plus profondément, tandis que les oiseaux marins sont frappés par des épidémies de grippe aviaire.
La circulation circumpolaire antarctique – un courant océanique majeur qui fait le tour du continent d’ouest en est – joue un rôle clé dans la régulation du climat mondial. Elle relie tous les grands océans et agit comme une immense pompe océanique, redistribuant chaleur, sel et nutriments entre les bassins Atlantique, Indien et Pacifique.
Dans certaines régions les eaux de surface refroidissent, condensent du sel lors de la formation de glace, et plongent vers les profondeurs. Ce mécanisme, appelé downwelling, alimente la circulation thermohaline mondiale, essentielle à la répartition de la chaleur et à la ventilation des couches profondes de l’océan.
Ce mécanisme faiblit aujourd’hui, à cause du réchauffement et d’un afflux d’eau douce de fonte des glaciers. Les modèles prévoient une diminution de 40 % d’ici 2050, tandis que les observations récentes suggèrent qu’elle aurait déjà ralenti de 30 %. En conséquence, les eaux profondes ne sont plus suffisamment renouvelées : la circulation cesse d’alimenter les abysses en oxygène, entraînant une stagnation des masses d’eau.
Ces flux antarctiques ventilent les deux kilomètres les plus profonds de tous les océans. Leur affaiblissement aurait des conséquences dramatiques sur les écosystèmes marins, le manque d’oxygène affecterait tous les animaux.
De plus, des transformations chimiques potentiellement dangereuses pourraient s’amorcer dans les fonds océaniques. Ces zones cesseraient de stocker efficacement le dioxyde de carbone, elles pourraient même relâcher du sulfure d’hydrogène (H₂S), un gaz hautement toxique pour les espèces marines et pour l’être humain. Ce gaz est soupçonné d’avoir joué un rôle dans la grande extinction du Permien, il y a 250 millions d’années.
Ce bouleversement est dû à la fonte des glaces antarctiques, alimentée par des millions de litres d’eau douce froide qui se déversent dans l’océan. Or, cette eau douce est trop légère pour couler en profondeur, ce qui perturbe tout le système de circulation. Ce phénomène est accentué par le réchauffement des eaux océaniques, qui accélère la fonte des glaciers à leur base. Une autre conférence à COP30 informait que l’idée de barrages ou de rideaux géants pour protéger la base des glaciers est techniquement irréaliste. Alors, tout indique qu’une lente dégradation des profondeurs océaniques est déjà enclenchée.
Basé sur les conférences:
Permafrost Thaw is Warming the Global Climate and Impacts Communities, Health, and Oceans:
https://www.youtube.com/watch?v=0uAcPf6-9-Q
Policy Briefing: Emerging Evidence of Abrupt Changes in the Antarctic Environment

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