Climat

Les températures de l’air à l’origine de la désintégration de la plateforme de glace Larsen-B

Une étude publiée dans Science révèle que l’immense plateforme de glace qui s’est détachée de la péninsule antarctique en 2002 ne doit sans doute pas sa désintégration à l’eau de mer mais à  l’élévation des températures de l’air. 

L’éclatement de la plateforme de glace baptisée Larsen-B avait pu être observé en détail en 2002 grâce aux images satellites quotidiennes de la NASA. L’événement suscita beaucoup d’attention en raison de l’ampleur de la plateforme, épaisse de 200 mètres, et de la rapidité avec laquelle elle se désintégra, en l’espace d’un mois. Située à l’extrémité de la péninsule antarctique, au sud de l’Argentine, la zone concernée occupait une surface plus grande que celle du Luxembourg. Une importante plateforme, Larsen-A, s’était déjà désintégrée en 1995. Comme sa plus grande voisine Larsen-B, les scientifiques estiment qu’elle était présente depuis au moins 10 000 ans.

 

Image de la désintégration de la plateforme Larsen-B prise le 17 février 2002. (Credit: MODIS, NASA's Earth Observatory)

Image de la désintégration de la plateforme Larsen-B prise le 17 février 2002. (Credit: MODIS, NASA’s Earth Observatory)

Les plateformes de glace comme Larsen-B sont des masses flottantes d’eau gelée qui prolongent les glaciers assis sur le continent.  La disparition d’une plateforme n’élève pas directement le niveau de la mer puisqu’elle flotte déjà sur l’océan mais  elle le fait de manière secondaire en provoquant l’accélération de l’écoulement des glaciers en amont. Leur rôle est donc primordial pour stabiliser la calotte glaciaire de l’Antarctique qui elle repose sur la terre ferme.

Jusqu’à maintenant, la cause précise de l’effondrement de Larsen-B n’avait pas pu être déterminée avec certitude. Certains experts suggéraient qu’elle avait fondu par le dessous en raison d’un océan plus chaud.  Une eau de mer plus chaude aurait pu déstabiliser la glace à l’endroit où la plateforme reposait sur le fond. L’océan se réchauffe constamment depuis des dizaines d’années autour du continent blanc.

Dans une étude publiée dans la revue Science le 12 septembre 2014, des chercheurs issus de plusieurs pays (Italie, Etats-Unis, Canada, Allemagne, Portugal, Grande-Bretagne) affirment cependant que l’eau n’est sans doute pas le principal responsable de la disparition de la plateforme. La désintégration a permis en 2006 à Eugene Domack, l’un des auteurs de l’étude, de prélever des sédiments pour en savoir plus sur l’historique de la zone concernée. L’analyse des sédiments a permis de déterminer que l’eau avait pu s’écouler librement en-dessous de la glace depuis 12 000 ans car la plateforme n’était pas en contact avec le fond marin. Il n’y a donc pas eu d’événement sous-marin récent.

Ayant écarté cette hypothèse, les scientifiques estiment que la cause principale de la rupture fut l’élévation des températures de l’air. Celles-ci ont en effet augmenté en moyenne de plus de 2,5°C dans la péninsule Antarctique depuis 50 ans. Cette région est celle de l’hémisphère sud qui a connu le plus fort réchauffement depuis les années 60, quasiment au même rythme que l’Arctique. La péninsule antarctique avait été marquée par une série d’étés chauds qui ont culminé avec l’été anormalement chaud en 2002.

Mais comment le réchauffement de l’air a pu déstabiliser aussi rapidement Larsen-B ? Les scientifiques pensent que les températures record de 2002 ont fait fondre la surface de la plateforme, créant des lacs d’eau fondue. Ceux-ci se sont engouffrés dans la glace à la faveur de crevasses, ce qui a fini par augmenter la pression dans la plateforme et l’a fait éclater.

Depuis 2002, d’autres plateformes se sont détachées autour de la péninsule Antarctique. Le Pôle Sud est l’une des clés de la montée du niveau de la mer qui menace les régions côtières du monde entier. Il contient suffisamment de glace pour élever le niveau de la mer de 57 mètres s’il fondait totalement, ce qui signifie que même une fonte minime poserait des problèmes. Suite à la désintégration de Larsen-B, le mouvement des glaciers vers la mer s’est considérablement accéléré. La plateforme Larsen-C, plus au sud et quatre fois plus grande que Larsen-B, a aussi montré des signes d’instabilité.

Source : NSIDC - MODIS/NASA

Source : NSIDC – MODIS/NASA

Les chercheurs espèrent que leur découverte pourra aider les scientifiques à recenser d’autres sites susceptibles de se désintégrer. Les lacs d’eau fondue à la surface des plateformes sont en effet visibles depuis l’espace.

 

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