Climat

La canicule australienne de 2013 sort de la variabilité naturelle

Les sécheresses et les vagues de chaleur survenues en Australie en 2013 auraient été impossibles sans l’influence du réchauffement climatique dû aux gaz à effet de serre, selon plusieurs études publiées dans une enquête de la Société Météorologique Américaine.

L’année 2013 fut la plus chaude de ces 100 dernières années en Australie. La température fut de 1,53°C au-dessus de la moyenne 1911-1940. Le précédent record datait de 2005 avec une anomalie de 1,36°C. L’année passée a également été marquée par des extrêmes, notamment au printemps (+1,83°C) et surtout au mois de septembre (+3°C !), l’écart mensuel le plus important jamais relevé depuis 1910. Conséquence de ces températures caniculaires, le pays a connu les pires incendies de ces 10 dernières années.

Alors que la période chaude australienne a commencé à la mi-2012, l’année 2014 a commencé très fort également avec un mois janvier marqué par de nombreux records de chaleur au niveau local, certaines stations enregistrant des valeurs de 50 degrés. Du 14 au 17 janvier 2014, un record a été battu à Melbourne avec 4 jours de suite à plus de 41 degrés. Adelaide a subi 5 jours  consécutifs à 42 degrés. La ville de Perth, dans l’ouest de l’Australie, a même connu une deuxième canicule à la mi-février, avec des valeurs de 10 degrés supérieures aux normales de saison.

Moyenne des températures maximales pendant la canicule de janvier 2013 (Source : Bureau australien de météorologie)

Moyenne des températures maximales pendant la canicule de janvier 2013 (Source : Bureau australien de météorologie)

Ces canicules sont-elles dues au réchauffement climatique ? Une simple observation de la tendance pourrait le laisser penser : l’Australie a en effet connu 8 de ses étés les plus chauds ces 15 dernières années.

Face à de tels écarts de températures, les chercheurs se demandent naturellement si le réchauffement climatique dû au gaz à effet de serre amplifie les événements météorologiques extrêmes. Cinq équipes de chercheurs de l’Université nationale australienne, celle de Melbourne et l’université de New South Wales ont tenté grâce à différentes méthodes de déterminer les causes des fortes chaleurs de 2013.  Leurs résultats sont publiés dans un bulletin de la Société Météorologique Américaine qui revient sur les causes de 16 événements extrême survenus en 2013.

Grâce à des simulations réalisées sur ordinateur, les scientifiques ont conclu que l’impact du réchauffement climatique s’était incontestablement fait sentir en 2013. Bien que l’on puisse s’interroger sur la fiabilité de tels modèles informatiques, les résultats avancés se distinguent par leur caractère extrême. En raison de la concentration actuelle en gaz à effet de serre, les chances pour que l’Australie connaisse des canicules intenses est deux fois plus important qu’auparavant. Le risque de vague de chaleur est triplé, celui de sécheresse multiplié par sept… Et il y a 30 fois plus chances pour que le pays enregistre des jours de forte chaleur au printemps.

Selon l’une des études menée par C. Lewis et David J. Karoly, une année aussi chaude que celle de 2005 (la deuxième plus chaude depuis le début des relevés en 1910) ne devrait pas se produire plus d’une fois en 12 300 ans si l’on ne prend en compte que la variabilité naturelle… Mais huit ans après, le record de l’année 2005 a été surpassé. Pour que les modèles puissent bien simuler la réalité des températures, les chercheurs ont dû inclure l’influence des émissions de gaz à effet de serre.

Ce n’est pas la première fois qu’une étude impute un événement météo extrême au changement climatique. Des chercheurs de l’agence américaine responsable de l’étude de l’océan et de l’atmosphère (NOAA) ont également voulu déterminer si la réduction des pluies constatée depuis une dizaine d’années en Australie était due à une simple variabilité naturelle ou était une conséquence du réchauffement climatique induit par les émissions de gaz à effet de serre. Thomas Delworth et Fanrong Zeng, coauteurs de l’étude, ont découvert que les seuls scénarios qui pouvaient reproduire la  baisse de précipitations étaient ceux incluant une hausse des émissions de gaz à effet de serre. Les scénarios basés sur des causes naturelles, comme les éruptions volcaniques ou le rayonnement solaire, ne permettaient pas de reproduire fidèlement l’évolution des précipitations, selon l’article publié dans Nature Geoscience.

D’autres études se sont déjà ces dernières années penchées sur le lien entre réchauffement climatique et événements météorologiques extrêmes. En 2004, une équipe de chercheurs britanniques avait estimé que les niveaux de CO2 et de méthane avait multiplié par deux le risque de canicule comme celle qui a touché l’Europe en été 2003, faisant plusieurs dizaines de milliers morts.

Une étude de Christidis et al. de 2013 avait estimé que les chances pour qu’une canicule comme de 2010 à Moscou se produise sans l’influence humaine sur le climat était quasiment proche de 0. La température au mois de juillet avait approché les 40 degrés au centre la capitale russe, battant des records depuis le début des archives il y a 130 ans.

Pour en revenir à l’Australie, il faut noter que le pays a déjà connu un réchauffement de 1 degré depuis le début du siècle dernier, soit un peu  plus que le réchauffement moyen du reste de la planète.

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