Climat

La sécheresse en Californie est-elle due au réchauffement climatique ?

Selon une nouvelle étude de la NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration), la sécheresse en Californie entre 2011 et 2014 a été causée par la variabilité naturelle et pas nécessairement par le changement climatique. Cette conclusion va à l’encontre d’une autre étude publiée la semaine dernière, présentant cette période de 3 ans comme la pire enregistrée par l’Etat américain depuis 1200 ans. Une chose est sûre cependant : la sécheresse 2011-2014 a été accompagnée de température élevées, avec un hiver 2013-2014 record en Californie. Et ce réchauffement, selon la NOAA, est sans doute dû aux gaz à effet de serre émis par l’homme.

Les précipitations en Californie au cours des trois derniers hivers (Novembre-Avril 2011/2012 à 2013/2014) se sont classées au deuxième plus bas niveau depuis que les mesures officielles ont commencé en 1895, selon une étude dévoilée cette semaine par la NOAA. Seule la période de trois années consécutives de 1974/1975 grâce à 1976/1977 a été plus sèche. Il ne s’agit donc pas, selon la NOAA, d’un événement si exceptionnel que cela, alors que la semaine dernière, une étude publiée dans Geophysical Research Letters, basée sur l’analyse des cernes des arbres, présentait cette sécheresse comme la pire depuis 1200 ans.

Ce que les deux études ont en commun, en revanche, c’est le constat que les périodes de précipitations déficitaires de 3 ans se sont déjà produites à plusieurs reprises dans l’histoire. Les deux études considèrent également que la sécheresse 2011-2014 a été le résultat d’une conjonction de précipitations déficitaires et de températures très élevées, notamment lors de l’hiver 2013-2014. En septembre 2014, les réserves d’eau dans tout l’État n’atteignaient que 50% de la moyenne pour cette période de l’année, selon le ministère des Ressources en eau en Californie. La situation s’est détériorée considérablement au cours de la dernière année, la troisième année consécutive de faibles précipitations et la plus sèche des trois.

Autre certitude : la sécheresse en Californie a été favorisée par le système de hautes pressions situé au nord-ouest des Etats-Unis, qui a dérouté les tempêtes et les précipitations bien au nord de l’Etat. Un scénario typique des périodes de type La Nina comme celle que nous venons de vivre et qui pourrait s’achever avec l’occurrence du phénomène El Nino – peut-être cet hiver.

Toute la question est de savoir si ces hautes pressions ont un lien avec le changement climatique. C’est ce qu’on tenté de déterminer des chercheurs de l’université de Stanford, Noah Diffenbaugh et Daniel Swain. Dans leur étude parue en septembre 2014 dans le Bulletin of the American Meteorological Society, les scientifiques affirmaient que la persistance et l’intensité du système de haute pression étaient inégalées depuis 1947, date des premières données disponibles sur la circulation atmosphérique. Des simulations climatiques ont été menées afin de déterminer comment pouvait évoluer le climat avec et sans accroissement de la quantité de gaz à effet de serre. Le résultat est que les systèmes de haute pression comme celui de 2013-2014 ont trois fois plus de chances de se produire sous le climat actuel que sous celui d’avant la révolution industrielle.

Simon Wang, un chercheur de l’université de Utah State, a également découvert un possible lien entre le réchauffement climatique et les phénomènes comme la sécheresse en Californie, couplée à des vagues de froid dans l’est des Etats-Unis. Dans Geophysical Research Letters, l’étude de Simon Wang décrivait en mai 2014 un véritable jeu de dominos climatique favorisant l’existence de deux pôles, l’un formé par des hautes pressions dans l’ouest des Etats-Unis, l’autre formé par des basses pressions au niveau des Grands Lacs, dans l’est du pays. Les hautes pressions agissent comme un véritable mur, bloquant toutes les perturbations climatiques, alors que les basses pressions à l’est permettent à l’air arctique de s’engouffrer plus au sud.

Ces deux pôles, qualifiés de « dipôle », seraient liés à un phénomène précurseur d’El Niño (et non El Niño-même), qui se caractérise tous les 2 à 7 ans par le réchauffement de la température de la mer au centre et à l’est du Pacifique.

Simon Wang s’était d’abord intéressé au rôle que pouvaient jouer les eaux froides bordant la Chine dans l’émergence du phénomène El Niño. L’eau froide déclencherait des vents d’ouest dans le Pacifique tropical. Ces vents persisteraient alors pendant plusieurs mois, favorisant le réchauffement du Pacifique central et l’apparition d’un événement El Niño.

Cet hiver pourrait parfaitement illustrer le lien établi par Simon Wang entre les éléments précurseurs d’El Nino et le dipôle Etats-Unis. Il y a près de 60% de chances de voir émerger le phénomène dans le Pacifique.

Selon Simon Wang, le réchauffement climatique dû à la hausse des émissions de gaz à effet de serre a un rôle amplificateur. Le chercheur d’Utah State a relevé que les dipôles, qui peuvent se produire naturellement, s’étaient intensifiés depuis les années 1970, date à partir de laquelle les émissions de CO2 ont commencé à augmenter de façon vertigineuse.

D’autres études imputent les situations récurrentes de blocage météo au tracé sinueux du jet stream sinueux et suggèrent que cela pourrait se reproduire plus fréquemment à mesure que le climat de la planète se réchauffe. Comme l’affirme Jennifer Francis, spécialiste du climat à la Rutgers University, le réchauffement causé par les hommes réduit la différence de température entre l’équateur et les pôles. L’atmosphère se réchauffe plus aux pôles qu’à l’Equateur et cela pourrait amener un jet stream plus sinueux qu’il ne l’est aujourd’hui, impliquant des vagues de froid ou des sécheresses  persistantes.

Quand à l’étude publiée cette semaine par la NOAA, elle note simplement que les hautes pressions ont été rendues plus probables pendant 2011-14 en raison des températures de surface des océans à travers le monde. Mais elle  n’indique pas que cette configuration, que l’on a déjà retrouvé par le passé, est davantage susceptible de se produire avec le réchauffement climatique.

Quoi qu’il en soit, alors que la nouvelle saison des pluies 2014/2015 commence, l’état actuel de la sécheresse évaluée par le US Drought Monitor indique que la quasi-totalité de la Californie connait une sécheresse de niveau extrême à exceptionnelle.

 

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