Climat

Les changements climatiques en 2014

Que faut-il retenir de 2014 en matière de changement climatique ? Voici une liste – plus ou moins subjective – de 10 histoires qui ont fait l’actualité (par ordre croissant d’importance) :

10 – Poursuite des émissions de CO2

Le seuil symbolique de 400 ppm avait déjà été atteint à Mauna Loa en 2013. Cela fait au moins 800 000 ans que le dioxyde de carbone atmosphérique n’a pas été à un tel niveau.  Les projections annoncent 2,5% d’augmentation des émissions de CO2 en 2014 et la trajectoire actuelle conduirait la planète à une hausse de la température moyenne de 3,2°C à 5,4°C à l’horizon 2100, selon le Global Carbon Project.

Teneur de l'atmosphère en CO2 ces 800 000 dernières années et projection pour 2100 (source : NOAA)

Teneur de l’atmosphère en CO2 ces 800 000 dernières années et projection pour 2100 (source : NOAA)

9 – Canicule en Australie

2014 a commencé par une canicule en Australie.  Les vagues de chaleur sont plus fréquentes, plus intenses et durent plus longtemps , selon un rapport du Climate Council. Les records de chaleur sont désormais trois fois plus fréquents en Australie que les records de froid et le nombre de jours de fortes chaleurs a plus que doublé par rapport à la moyenne. L’Australie a en effet connu 8 de ses été les plus chauds ces 15 dernières années.

L’année 2013 fut déjà la plus chaude de ces 100 dernières années en Australie. Les sécheresses et les vagues de chaleur survenues en 2013 auraient été impossibles sans l’influence du réchauffement climatique dû aux gaz à effet de serre, selon plusieurs études publiées en 2014 par la Société Météorologique Américaine.

australie canicule

8 – La glace de mer Arctique toujours à un bas niveau

Le record de la plus faible extension a été établi en 2012. Il n’a pas battu cette année mais le National Snow and Ice Data Center américain (NSIDC) a annoncé que le 6è plus bas niveau avait été atteint le 15 septembre avec 5,07 millions de km². Ces dernières décennies, l’Arctique est la région du globe où le réchauffement climatique s’est fait le plus sentir, élevant les températures à un rythme deux à trois fois plus rapide que sur le reste de la planète. En conséquence, la glace de mer de l’océan arctique s’est réduite de 30% par rapport au début des relevés satellites en 1979.

Source : NSIDC

Source : NSIDC

7 – Les canyons du Groenland

On pensait jusqu’à présent que le Groenland était capable de résister au réchauffement de l’océan en raison de son front rocheux qui faisait office de barrière. Il devait empêcher l’eau de trop s’engouffrer à l’intérieur des terres. Mais des analyses de chercheurs de la Nasa et de l’université Irvine, en Californie, ont permis de dresser une nouvelle topographie de l’île. La barrière naturelle que représente le front rocheux n’est pas assez élevée et présente de nombreuses failles permettant à l’eau de se frayer un chemin à travers les terres. Certains canyons qui bordent les côtes sont très profonds, avec un lit rocheux situé sous le niveau de la mer. La profondeur des fjords pourrait permettre à l’eau chaude de s’infiltrer, faisant fondre davantage les glaciers.

Source : Nasa

Source : Nasa

6 – Record de chaleur en Europe

L’année 2014 pourrait bien être la plus chaude en Europe depuis 1500, selon une étude qui met directement en cause le réchauffement climatique. La température moyenne devrait être de 10,5 °C pour l’année 2014 sur le continent européen, soit 0,3°C au-dessus du précédent record établi en 2007. Les 10 années les plus chaudes ont toutes été enregistrées après 2000, à l’exception de 1989, qui arrive à la sixième place.

Selon des analyses indépendantes du Royal Netherlands Meteorological Institute (KNMI), de l’Université d’Oxford, de l’Université de Melbourne et de l’Université nationale d’Australie, la probabilité d’atteindre une température moyenne annuelle en Europe aussi élevée que celle observée en 2014 a été largement augmentée.  Au début du siècle, avant que les émissions de gaz à effet de serre aient commencé à impacter significativement le climat, les chances de voir une année aussi chaude que celle de 2014 étaient de moins de 1 sur 10 000. Selon le KNMI, le réchauffement climatique a rendu cette probabilité 80 plus élevée.

Canicule de 2003 en Europe (source : Reto Stockli et Robert Simmon, basé sur des données MODIS Land Science Team)

Canicule de 2003 en Europe (source : Reto Stockli et Robert Simmon, basé sur des données MODIS Land Science Team)

5 – La fonte de l’Arctique perturbe le climat

Le réchauffement climatique pourrait paradoxalement favoriser les vagues de froid en Amérique du Nord, en Europe et en Asie, selon une étude publiée en septembre 2014 dans Nature Communications. Des chercheurs ont en effet découvert comment le déclin de la glace de mer bordant les côtes de la Russie favorisait l’élévation des températures et affaiblissait les vents de haute altitude. Lorsqu’il y a moins de glace de mer, davantage d’énergie est disponible pour réchauffer l’atmosphère. L’élévation de la chaleur perturbe ensuite le jet stream. Ce dernier est alors plus susceptible d’onduler, permettant à l’air froid de descendre sur l’Amérique du Nord et l’Europe.

arctique fonte nasa

4 – Record d’extension de la glace de mer en Antarctique

La glace de mer autour de l’Antarctique a atteint le 22 septembre 2014 un niveau d’extension record avec 20.11 millions de km². Le précédent record datait de 2013 et cela fait maintenant plusieurs années que la glace de mer tend à progresser dans l’hémisphère sud.

L’une des causes possibles est celle du vortex polaire qui s’est intensifié depuis une trentaine d’années. La destruction de la couche d’ozone est soupçonnée être liée au phénomène. En refroidissant la stratosphère, la perte d’ozone favorise les forts vents d’ouest et donc la constitution de glace de mer.

Source : NSIDC

Source : NSIDC

3 – Deux études confirment l’impact des vents du Pacifique sur le climat mondial

Une étude parue en février 2014 dans Nature Climate Change a montré que les alizés exceptionnellement forts le long de l’équateur permettaient d’enfouir davantage de chaleur dans l’océan Pacifique. Les alizés se sont considérablement renforcés dans le Pacifique depuis une vingtaine d’années, ralentissant l’élévation des températures. Mais le phénomène va tôt ou tard s’inverser. En permettant à l’océan d’emmagasiner plus de chaleur, ces puissants vents d’est ont pu donner l’impression d’une pause dans le réchauffement climatique. Selon Matthew England, directeur de l’étude menée par l’université de New South Wales, les vents auraient eu un effet refroidissant de 0,1 à 0,2°C, un niveau permettant d’atténuer de 50% l’impact des gaz à effet de serre.

Une autre étude publiée en décembre 2014 dans Nature Geoscience  a montré que la variation de ces alizés avait aussi joué un rôle clé dans l’évolution du climat au début du 20è siècle.

Source : NASA

Source : NASA

2 – Fonte irréversible des glaciers de l’Antarctique de l’ouest

La quantité de glace drainée par six des plus grands glaciers de l’Antarctique de l’ouest, notamment le Thwaites et le Pine Island, a progressé de 77% entre 1973 et 2013.  Des chercheurs de l’université Irvine de Californie et de la NASA estiment que la désintégration de ces glaciers est désormais irréversible, rien ne pouvant plus les empêcher de fondre dans la mer. L’Antarctique de l’ouest est particulièrement sensible au réchauffement climatique en raison du bas niveau de son socle rocheux, situé sous le niveau de la mer.

Dans un contexte de réchauffement de l’océan, l’eau chaude située sous les plateformes fait reculer cette zone d’attache en la faisant fondre progressivement. Quand les plateformes perdent de la masse, elle ne permettent plus de contenir l’avancée des glaciers vers la mer. D’où une accélération de leur écoulement et un amincissement.

Selon une autre étude publiée en décembre dans Science, l’eau qui s’infiltre entre les glaciers et le socle rocheux est de plus en plus chaude, ce qui tend à accélérer la fonte et le glissement des glaciers de l’Antarctique de l’ouest. Les températures de la mer d’Amundsen mer et de la mer de Bellingshausen ont fortement augmenté depuis les années 60, selon les données océanographiques.

Plateforme de glace exposée au réchauffement de l'océan telle qu'on en trouve en Antarctique de l'Ouest (Source : Kelvinsong)

Plateforme de glace exposée au réchauffement de l’océan telle qu’on en trouve en Antarctique de l’Ouest (Source : Kelvinsong)

1 – Record de chaleur en 2014 au niveau mondial ?

Les 11 premiers mois de 2014 ont été les plus chauds depuis le début des relevés en 1880, selon la NOAA. Le mois de septembre 2014 a été spectaculaire. Jamais un tel écart à la moyenne n’avait été relevé à cette époque de l’année, d’après la NASA.

2014 pourrait être l’année la plus chaude des archives météo, en fonction des températures de décembre, qui n’ont pas encore été dévoilées. Elle figurera en tous cas parmi les plus chaudes. Pour que le record ne soit pas battu, il faudrait que le mois de décembre se situe au moins au 10è rang depuis le début des relevés. A suivre…

Anomalies de températures sur la période janvier-novembre 2014 (source : NOAA)

Anomalies de températures sur la période janvier-novembre 2014 (source : NOAA)

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