Climat

L’Inde entre El Niño et le réchauffement climatique

La canicule qui a débuté le 21 mai en Inde a été marquée par les températures les plus élevées des 20 dernières années. Le bilan est de plus de 2300 morts. Les prévisions pour la mousson qui doit débuter en juin annoncent par ailleurs des précipitations déficitaires. Des conditions peut-être favorisées par le réchauffement climatique et l’émergence du phénomène El Niño dans le Pacifique.

New Delhi a connu 7 jours consécutifs au-dessus de 44°C. La ville est habituée aux fortes chaleurs et il n’est pas rare de voir des températures de 45°C en été. Mais ponctuellement seulement et pas une semaine entière. Un tel événement ne devrait se produire qu’une fois tous les 30 ans, d’après un statisticien de l’université de Lancaster.

Selon une étude publiée en avril 2015 dans la revue Nature Climate Change, 75% des jours de grande chaleur et 18% des épisodes de fortes précipitations observés dans le monde sont imputables au réchauffement climatique. Il y a 5 fois plus de chances pour que des jours de forte chaleur se produisent par rapport à la période pré-industrielle.

Au-délà de cette vague de chaleur, l’Inde pourrait également connaître une saison de mousson déficitaire. La météo indienne a en effet abaissé ses prévisions de précipitations pour cet été. Une mauvaise nouvelle pour les paysans indiens déjà affectés par une mousson décevante en 2014. La mousson est responsable de 85% des précipitations annuelles indiennes, ce qui en fait un élément vital pour l’agriculture du pays. Elle démarre dans le sud de l’Inde avant de se répandre sur l’ensemble du sous-continent à la mi-juillet. Le département de météorologie prévoit que les précipitations n’atteindront que 88% de la moyenne entre juin et septembre (la saison de la mousson). La norme est définie par la moyenne des précipitations sur les 50 dernières années. Des pluies entre 96% et 104% sont considérées comme normales. Entre 90% et 96%, on parle de conditions inférieures à la moyenne, et sous 90% on peut considérer qu’il y a un déficit. Un niveau de 88% pourrait ainsi se traduire par une sécheresse.

D’après une étude publiée en mai 2014 dans la revue Nature Climate Change, la mousson asiatique connait de plus en plus d’évènements climatiques extrêmes depuis les années 80. Les périodes sèches sont plus fréquentes alors que les épisodes de fortes pluies ont gagné en intensité. Selon Deepti Singh, coauteur de l’étude, les événements extrêmes qui surviennent durant les mois de la mousson, en été, peuvent être aussi importants que la quantité totale de précipitations. Les périodes sans pluies et celles marquées par des précipitations abondantes jouent un rôle déterminant pour les fermiers indiens. Un  manque de pluie peut gravement affecter les rendements agricoles.

Des conditions El Niño règnent actuellement dans le Pacifique et ont 80% de chances de se maintenir jusqu’à la fin de l’année, selon le Centre de Prédiction du Climat (CPC) de la NOAA. Cette situation est susceptible de favoriser les déficits en précipitations en Inde entre juin et août. Le dernier bulletin du CPC indique que les températures de surface de la mer dans la région 3.4 du Pacifique ont désormais atteint une anomalie de +1,3°C (le seuil indiquant l’émergence d’El Niño dans la région 3.4 est de 0,5°C). Le phénomène peut désormais être qualifié de « faible à modéré » et devrait atteindre un pic d’ici l’hiver. Certains modèles prévoient un El Niño aussi extrême qu’en 1998 (le plus gros jamais observé) mais les prévisions sont encore très incertaines.

Impacts d'El Niño en 1997 : l'Inde colorée en jaune indique une perturbation de la mousson (Source : CPC - NOAA)

Impacts d’El Niño en 1997 : l’Inde colorée en jaune indique une perturbation de la mousson (Source : CPC – NOAA)

El Niño a tendance à élever la température moyenne à la surface du globe, favorisant les records annuels de chaleur. D’autant qu’il s’ajoute au réchauffement dû aux gaz à effet de serre. Mais c’est au niveau local qu’El Niño est susceptible d’avoir le plus d’impacts. Pour l’été, les déficits en précipitations sont le plus susceptibles de toucher l’Inde, l’Indonésie et une partie de l’Australie, comme on peut le voir sur la carte de la NOAA ci-dessous :

Impacts d'El Niño entre juin et août (Source : NOAA)

Impacts d’El Niño entre juin et août (Source : NOAA)

 

 

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