Climat

Au moins 3°C de réchauffement malgré la COP 21 ?

Après le record de chaleur établi sur les 8 premiers mois de l’année 2015, la température à la surface de la Terre est désormais en ligne avec les modèles utilisés par le GIEC pour anticiper l’évolution du climat au cours du 21è siècle. Si la température globale se maintient à un tel niveau en fin d’année, la projection centrale des modèles RCP 6.0 correspondra exactement aux chiffres de la NASA.  En matière de CO2, c’est vers ce même modèle RCP 6.0 que la planète se dirige, si l’on en croit les dernières annonces des organisateurs de la COP21, la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques qui se tiendra en décembre à Paris.

Les derniers mois de l’année 2015 pourraient être plus chauds que la projection centrale du modèle CMIP5 utilisé par le GIEC. Cela aurait surtout un caractère symbolique puisque l’on ne peut pas vraiment comparer des mois, pris individuellement, aux données des modèles climatiques… L’intérêt de cette convergence n’est pas tant le caractère spectaculaire du réchauffement constaté depuis 2014 que la preuve de la fiabilité des modèles, souvent critiqués ces dernières années.

Parmi les quatre grands scénarios retenus par le GIEC pour tenter de prévoir l’évolution des températures à long terme, l’un d’eux, le RCP 6.0 (qui correspond à un forçage radiatif de 6 watts par m2) prévoit un réchauffement compris entre 2 et 3,7°C à la fin du 21è siècle par rapport à la période 1850-1900. Au milieu du siècle, le réchauffement devrait être de 1,4 à 2,4°C. L’ampleur du réchauffement dépendra notamment du cumul des émissions de carbone : le RCP 6.0 prévoit de 840 à 1250 milliards de tonnes de carbone entre 2012 et 2100.

Comme on l’a dit, les modèles basés sur les scénarios d’émissions RCP ont été accusés de surestimer le réchauffement climatique ces dernières années. Mais depuis 2014, modèles et observations sont à niveau similaire. Voici une comparaison entre le modèle RCP 6.0 et les observations de la NASA, auxquelles ont été ajoutées les prévisions du modèle NCEP CFSv2 pour la fin de l’année (prévision très incertaine qui n’est pas chiffrée par la NOAA elle-même mais que j’ai tenté de traduire sur global-climat.com) :

Comparaison entre la projection centrale des modèles RCP 6.0 et les observations de la NASA (+traduction NCEP par global-climat pour les 4 derniers mois de 2015) entre 1900 et 2015 (écart à la moyenne 1880-1900)

Comparaison entre la projection centrale des modèles RCP 6.0 et les observations de la NASA (+traduction NCEP par global-climat pour les 4 derniers mois de 2015) entre 1900 et 2015 (écart à la moyenne 1880-1900)

Pourquoi comparer les observations de la NASA à la projection centrale du modèle RCP 6.0 ? Après tout, les autres modèles prévoient à court terme un réchauffement similaire. Ce n’est que dans quelques dizaines d’années que les scénarios du GIEC commenceront à diverger sérieusement. On aurait pu effectivement comparer les observations aux autres modèles. Le RCP 6.0 semblant être celui qui tient la corde en ce moment, autant le choisir pour clarifier la comparaison. Notons qu’en l’absence d’efforts de réduction des émissions de gaz à effet de serre, c’était plutôt vers le scénario RCP 8.5 que le monde se dirigeait avec de 3,2 à 5,4°C de réchauffement en 2100 par rapport à l’ère préindustrielle.

Heureusement, dans le cadre de la grande conférence sur le climat qui aura lieu à la fin de l’année à Paris (la COP 21), plusieurs Etats se sont engagés à réduire leurs émissions à l’horizon 2020-2030. Sur la base de ces nouvelles promesses, les émissions seraient alors plus proches du RCP 6.0, voire du RCP 4.5 dans le meilleur des cas. Mais comment le sait-on ? On le sait parce que selon l’ONU et le gouvernement britannique, les promesses faites dans la perspective de la COP 21 n’empêcheront pas un réchauffement de 3°C. Les promesses ne seront donc pas suffisantes pour atteindre l’objectif de la COP 21, limiter le réchauffement à 2°C. Pour cela, il ne faudrait pas émettre plus de 1000 milliards de tonnes de carbone.

Donc, selon l’ONU, les promesses des Etats nous mèneraient vers 3°C en 2100. C’est la même conclusion à laquelle est parvenue le Climate Action Tracker, un organisme indépendant qui analyse les promesses des Etats et les répertorie sur son – excellent – site. D’après cet institut, le cumul des émissions de carbone atteindrait 1250 milliards de tonnes en 2100. Soit la fourchette haute du scénario RCP 6.0. Pourtant, ce dernier prévoit une élévation finale de +3,7°C avec 1250 GT de carbone et une concentration de CO2 de 1000 ppm (contre 400 aujourd’hui). Les projections d’émissions de l’ONU et du Climate Action Tracker sont-elles similaires (à savoir 1250 milliards de tonnes) ? Si c’était le cas, cela signifierait que ces deux organismes sont un petit plus optimistes que le RCP 6.0 en matière d’élévation des températures. D’autant que certaines promesses d’Etat sous soumises à conditions et que le total pourrait être plutôt de 1340 milliards de tonnes. Sans les engagements chiffrés des Etats, la tendance actuelle et les projections de croissance économique meneraient plutôt le monde à 1900 milliards de tonnes cumulées en 2100…

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