Climat

Réchauffement de l’ouest du Pacifique : le CO2 responsable à 100%

La température moyenne à la surface de la mer au cours de l’année 2014 a été la plus élevée jamais enregistrée, avant que le record ne soit à nouveau battu en 2015. L’année 2014 a dépassé les valeurs exceptionnelles de 1998, qui avaient pourtant suivi un événement El Niño extrême. Le record de 2014 est donc d’une grande importance car il a eu lieu sans l’influence d’un événement El Niño fort et suite à la pause observée depuis la fin des années 1990. Une étude basée sur des simulations climatiques montre que les niveaux observés dans l’ouest du Pacifique tropical et le nord-est du Pacifique n’auraient pas été atteints sans les gaz à effet de serre.

Cette chaleur mondiale sans précédent constatée en 2014, notamment entre juin et août, a résulté des niveaux extrêmes enregistrés dans certaines régions du globe : elle est principalement attribuable à des températures de surface de la mer (SST) anormalement élevées dans l’ouest de l’océan Pacifique tropical, le nord-est du Pacifique, le sud de l’Inde, et l’Atlantique. Dans l’ensemble, la part de l’océan mondial avec des records d’anomalies positives en 2014 n’a pas surclassé 1998, mais ce qui est le plus significatif, c’est le niveau record atteint par le réchauffement dans les régions précitées.

Anomalies de température annuelle à la surface des mers (écart à la moyenne 1961-1990). Source : HadSST3 - Met Office

Anomalies de température annuelle à la surface des mers (écart à la moyenne 1961-1990). Source : HadSST3 – Met Office

En 2014, l’ouest tropical Pacifique a été la région la plus largement touchée en surface par les records de SST, tandis que l’intensité la plus extrême a été observée dans une région du nord-est du Pacifique, le fameux « Blob » (nom donné à une masse d’eau chaude bordant la côte nord-ouest américaine). Une étude menée par des chercheurs de l’université de Pohang (Corée), et publiée dans la dernière édition du Bulletin of the American Meteorological Society, en explique les causes.

Anomalies de températures pour le 16 janvier 2014 : fort réchauffement des eaux dans le Golfe d'Alaska (Source : Climate Reanalyzer (http://cci-reanalyzer.org), Climate Change Institute, University of Maine, USA)

Anomalies de températures pour le 16 janvier 2014. (Source : Climate Reanalyzer (http://cci-reanalyzer.org), Climate Change Institute, University of Maine, USA)

Les scientifiques ont voulu étudier en détail les causes des changements de SST dans l’ouest du Pacifique tropical et le nord-est du Pacifique. A l’aide de modélisations climatiques portant sur la période 1953-2014, ils ont essayé de déterminer quelle était la part respective des variations naturelles et des gaz à effet de serre anthropiques (d’origine humaine) dans le réchauffement.

Les anomalies de SST observées dans l’ouest du Pacifique tropical en 2014 révèlent que le record a eu lieu en conjonction avec un réchauffement de long terme depuis les années 1950, à un rythme plus rapide que la moyenne mondiale, de l’ordre de +0,62°C en 62 ans (par rapport à la moyenne 1971-2000). Et cette tendance de fond ne peut pas s’expliquer par la variabilité naturelle, loin s’en faut. La modélisation effectuée qui ne prend en compte que la variabilité naturelle et exclut l’accroissement de l’effet de serre aboutit à une tendance nulle. Les modélisations effectuées pour évaluer le rôle des différents types de forçage (naturels, anthropiques) montrent que les gaz à effet de serre sont bien la principale raison expliquant le réchauffement. Sans considérer l’effet refroidissant des aérosols, la modélisation qui ne prend en compte que le CO2 explique 100% de la tendance. OUI, 100% DE LA TENDANCE. Pour résumer, sans accroissement du CO2, on a bien des variations interanuelles mais une tendance nulle sur 62 ans alors qu’avec le CO2 seulement on obtient la totalité du réchauffement observé. L’année 2014 se situe dans la droite ligne de ce réchauffement marqué depuis 1953.

Ces 15 dernières années, l’ouest du Pacifique s’est notablement réchauffé alors que la partie centrale de l’océan a connu des conditions plutôt froides (notamment en raison de conditions de type La Niña). La variabilité naturelle explique là où se situent les anomalies à l’échelle d’une dizaine d’années mais pas l’ampleur atteinte par celle-ci localement et surtout pas la tendance sur le long terme depuis 1953.

Dans le nord-est du Pacifique, la tendance de long terme au réchauffement est moins évidente avec tout de même +0,23°C. Concernant l’événement exceptionnel survenu en 2014, le niveau atteint est en revanche bien supérieur, de l’ordre de 1,42°C sur l’année et même de 1,73°C en juin-juillet-août. A l’origine, cette masse d’eau chaude baptisée « Blob » était coincée en 2012-201 entre deux poches plus froides dans le Pacifique Nord. Mais à partir de l’automne 2013, ce monstre marin a migré vers les côtes américaines. C’est dans cette zone du golfe d’Alaska que l’on a vu se former une crête de haute pression qui a encore renforcé l’anomalie chaude de la poche d’eau.

Là aussi, un lien a été établi avec l’accroissement du CO2. La probabilité pour qu’un réchauffement comme celui de l’été 2014 survienne est désormais 5 fois plus importante en raison de l’influence humaine. La conjugaison avec la variabilité interannuelle explique le niveau extrême observé. Mais si les causes naturelles jouent bien au niveau interannuel, l’intensité du phénomène semble bien due au CO2, surtout si l’on observe la tendance sur le long terme.

Ainsi on peu expliquer pourquoi la chaleur a été particulièrement dans l’ouest du Pacifique tropical et le nord-est du Pacifique : le réchauffement oriental aurait perturbé la circulation atmosphérique de haute altitude jusqu’au nord-est du Pacifique, favorisant un système de haute pression dans cette région. Mais cette configuration s’est déjà produite. Ce qui est nouveau, c’est l’intensité de la connexion entre les deux régions.

Citation : “Human contribution to the 2014 record high sea surface temperatures over the tropical and northeast Pacific Ocean” – Evan Weller, Seung-Ki Min, Donghyun Lee, Wenju Cai, Sang-Wook Yeh, and Jong-Seong Kug (Bulletin of the American Meteorological Society).

 

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