Climat

L’étendue de la glace de mer en décembre

La phase d’extension de la glace de mer arctique débute en septembre pour s’achever vers le mois de mars. Pendant ce semestre, l’étendue passe en moyenne de 6 millions à environ 15 millions de km², mais ces chiffres ont été revus à la baisse ces dernières années. En décembre 2015, donc à la mi-temps de cette période de croissance, le dernier bilan du NSIDC montre que la glace de mer a atteint sa 4è plus faible extension depuis le début des mesures par satellite en 1978.

Extension de la glace de mer en décembre 2015. Source : NSIDC.

Extension de la glace de mer en décembre 2015. Source : NSIDC.

Avec une extension de 12,27 millions de km², le mois de décembre 2015 se situe parmi les plus bas niveaux des annales. Ces dernières décennies, l’Arctique est la région du globe où le réchauffement climatique s’est fait le plus sentir avec un rythme deux à trois fois plus rapide que sur le reste de la planète. L’une des conséquences est la réduction quasi-continue du niveau d’extension de la glace de mer. En décembre 2015, elle a été plus faible de 780 000 km² par rapport à la moyenne 1981-2010. Le record établi en décembre 2010 n’est cependant pas atteint : le NSIDC avait alors observé une réduction de plus d’un million de km² relativement à la période de référence.

Extension de la glace de mer en Arctique : les 10 plus faibles extensions en décembre depuis 1978. Source : NSIDC.

Extension de la glace de mer en Arctique : les 10 plus faibles extensions en décembre depuis 1978. Source : NSIDC.

Rappelons qu’en 2015, le pic d’extension est arrivé plus tôt que les années passées. Le maximum a été observé fin février alors qu’il a lieu généralement au mois de mars. Le pic de 2015 n’a pas été seulement précoce, il a été aussi le plus bas jamais observé depuis le début des mesures, avec seulement 14,5 millions de km², soit 1,1 millions de km² sous la moyenne.

La saison de fonte a ainsi débuté relativement tôt mais les anomalies ont été par la suite moins notables (bien que largement inférieures à la moyenne). En 2015, la saison de fonte s’est achevée le 11 septembre avec la 4è plus faible extension des annales. Depuis la reprise de la croissance en automne, la glace de mer a cependant rejoint les plus bas niveaux relevés en 2012. La première semaine de 2016 est même marquée par la plus faible extension pour un début janvier. On peut voir ci-dessous que 2016 (ligne bleue) se situe maintenant bien sous le niveau déjà exceptionnel de 2012 (pointillés verts) et même au-delà de 2 écarts-types de la moyenne (bande grise autour de la moyenne). Dans une distribution normale, 95% des valeurs devraient se situer à moins de 2 écarts-types.

Extension de la glace de mer arctique. Source : NSIDC.

Extension de la glace de mer arctique. Source : NSIDC.

L’Antarctique a connu ces dernières années une évolution opposée à celle de l’Arctique. Des niveaux exceptionnels d’extension de la glace de mer ont été observés en décembre 2013 et 2014 mais en 2015, l’Antarctique a renoué avec des valeurs plus proches de la moyenne. Le mois de décembre dernier a ainsi été conforme à la moyenne 1981-2010. Mais comme on peut le voir sur le graphique ci-dessous, il n’est pas possible de dire qu’une tendance à la réduction de la glace de mer débute en Antarctique.

Extension de la glace de mer autour de l'Antarctique : les 10 derniers mois de décembre. Source : NSIDC.

Extension de la glace de mer autour de l’Antarctique : les 10 derniers mois de décembre. Source : NSIDC.

Cette évolution opposée de l’Antarctique et de l’Arctique peut surprendre dans un contexte de réchauffement de la planète mais il pourrait bien s’agir d’une des manifestations des changements climatiques en cours. Le NSIDC  avait avancé en 2014 plusieurs explications pour comprendre le phénomène.

La force des vents est l’une des causes possibles : ils sont influencés par l’oscillation de l’Antarctique. Dans la phase positive de l’oscillation de l’Antarctique, les vents d’ouest s’intensifient, ce qui favorise l’empilement et l’épaississement de la glace. Les endroits où la glace a été balayée laissent alors à découvert l’océan dans des zones où il peut à nouveau geler en surface, selon Jinlun Zhang, chercheur à l’université de Washington. La phase positive de l’oscillation a été plus fréquente ces dernières décennies. La destruction de la couche d’ozone est soupçonnée d’être liée au phénomène. En refroidissant la stratosphère, la perte d’ozone favorise les forts vents d’ouest et donc la constitution de glace de mer.

Une autre cause évoquée est la fonte des glaciers. L’eau de fonte libérée par les plateformes de glace ((les extensions des glaciers qui reposent sur l’eau) est en effet plus douce que l’eau de mer et moins susceptible de plonger. Richard Bintanja, du Royal Netherlands Meteorological Institute (KNMI), explique dans Nature Geoscience que le réchauffement des eaux profondes de l’océan austral, autour de l’Antarctique, augmente la fonte par le dessous des plateformes de glace et favorise le maintien d’une couche d’eau froide et peu salée en surface, plus susceptible de geler.

Publicités

Catégories :Climat, Pôles

Tagué:, , ,

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s