Climat

Température mondiale : février 2016 surpasse le précédent record

Le mois de février 2016 a été le plus chaud observé par la NASA depuis 1880. Jamais une telle anomalie mensuelle n’avait été enregistrée à la surface du globe : +1,35°C au-dessus de la moyenne 1951-1980. L’hémisphère nord frôle les +2°C.

L’incroyable série de records a commencé en octobre 2015 avec +1,06°C au-dessus de la moyenne 1951-1980. Pour la première fois depuis 1880, le seuil symbolique de +1°C était franchi. Aujourd’hui, ce niveau s’est presque banalisé : nous en sommes à 5 mois d’affilée à plus d’un degré au-dessus de la norme. Après +1,14°C en janvier 2016, le mois de février est – pour le moment – le point culminant de cette suite sans précédent avec +1,35°C. Le chiffre de la NASA est confirmé par d’autres sources (comme les satellites ou les réanalyses), qui annoncent également un bond des températures.  On peut voir sur le bilan ci-dessous que l’anomalie est exceptionnelle pour février.

Les 10 mois de février les plus chauds depuis 1880 (écart à la moyenne 1951-1980). Source : NASA GISS.

Les 10 mois de février les plus chauds depuis 1880 (écart à la moyenne 1951-1980). Source : NASA GISS.

Presque 2°C de plus dans l’hémisphère nord

Ce record est établi alors que les températures à la surface des océans sont en léger retrait par rapport à janvier. La chaleur due à El Niño continue certes de booster la surface des mers tropicales. Au niveau de l’Equateur, on a observé en février des valeurs de +1,5°C en moyenne tout autour du globe. C’est à peu près ce qui avait été relevé en 1998, l’année du plus gros phénomène El Niño jamais observé.

Au niveau global (terres+surface des mers), la température en février 2016 est largement au-dessus de février 1998 avec +1,35°C contre +0,88°C. La différence est due essentiellement à l’hémisphère nord. L’anomalie annoncée pour février 2016 est de +1,90°C dans la moitié nord de la planète, soit près de 0,80°C au-dessus du précédent record. Comme en janvier, les températures de l’Arctique sont exceptionnellement élevées. La NASA relève +6°C au-dessus de 75° de latitude nord. La Russie et l’Alaska ont vu le thermomètre grimper de +4°C. A la surface des terres de tout l’hémisphère nord, la NASA annonce un surprenant +2,36°C… Jusqu’à présent, les +2°C n’avaient jamais été approchés.

Anomalies de températures en février 2016 par rapport à la moyenne 1951-1980. Source : NASA GISS.

Anomalies de températures en février 2016 par rapport à la moyenne 1951-1980. Source : NASA GISS.

1,62°C au-dessus de l’ère préindustrielle

Si l’on prend désormais comme référence l’ère préindustrielle (définie ici comme la période 1880-1899) pour calculer l’anomalie, on obtient en février 2016 un niveau de +1,62°C. L’intérêt de ce chiffre est qu’il permet une comparaison avec l’objectif de la communauté internationale : ne pas dépasser un réchauffement de 2°C ( et si possible 1,5°C) à l’horizon 2100. Sur janvier-février, nous sommes déjà à 1,54°C au-dessus de l’ère préindustrielle. Attention cependant, une anomalie sur deux mois ne peut pas être comparée à une moyenne annuelle. Après ce phénomène El Niño, les températures vont redescendre, comme on a déjà pu l’observer maintes fois dans le passé.

On notera que l’anomalie observée en moyenne annuelle en 2015 se situe au niveau du mois le plus chaud de 1998, à savoir février. Il a donc fallu 18 ans pour qu’une moyenne annuelle soit comparable à un record mensuel. Si un tel scénario se produisait à nouveau, une anomalie de +1,62°C comme celle de février 2016 pourrait se traduire en anomalie annuelle aux alentours de 2034. Mais le réchauffement n’étant pas linéaire, une telle prévision ne vas sans doute pas se vérifier. Si une nouvelle période chaude debute dans le Pacifique dans les prochaines années, le rythme du réchauffement pourrait accélérer…

Température mensuelle par rapport à la moyenne 1880-1899. Source : NASA GISS.

Température mensuelle par rapport à la moyenne 1880-1899. Source : NASA GISS.

Toujours très chaud début mars

La Nasa annoncera les chiffres du mois de mars à la mi-avril. La réanalyse NCEP-NCAR permet cependant de savoir à quel niveau se situe le mois en cours. D’après les dernières données disponibles sur la période du 1er au 10 mars 2016, l’anomalie est de +1,02°C au-dessus de la moyenne 1981-2010 (donc une période plus récente que la NASA). Cela représente une augmentation par rapport à février (+0,9°C) et janvier (+0,7°C). Après avoir débuté avec des anomalies journalières de +1,2°C les 3 premiers jours de mars, les températures sont retombées pour afficher +0,70°C le 10 mars.

Anomalies de température pour la journée du 10 février 2016. Source : NCEP-NCAR/ESRL.

Anomalies de température pour la journée du 10 mars 2016. Source : NCEP-NCAR/ESRL.

Si l’on ajuste le +1,02°C de NCEP-NCAR à la période de référence de la NASA, on obtient 1,5°C au-dessus de 1951-1980 et +1,75°C au-dessus de l’ère préindustrielle. Les chiffres de la NASA sont généralement assez fidèles à ceux de la réanalyse NCEP-NCAR mais la corrélation est variable selon les mois. En février 2016, la différence entre les deux archives était de 0,05°C.

 

 

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6 réponses »

  1. Bonjour Johan Lorck,

    je suis un peu perdu par certaines données: dans votre article vous donnez février 2016 à +1,35°C par rapport à 1951-1980, et janvier à 1,14°C. Donc une différence de 0,21°C.

    Mais d’un autre côté, par rapport à l’ère pré-industrielle, février serait à +1,62°C et janvier à +1,46°C (d’après un de vos précédents articles: https://global-climat.com/2016/02/14/nasa-nouveau-record-de-chaleur-en-janvier-2016/) soit un écart de 0,16°C. Il semble y avoir quelque part une erreur de 0,05°C, mais je n’arrive pas à voir où pour l’instant.

  2. Il me paraît discutable de regarder arbitrairement une date particuliere. La carte donneé du bas indique les anomalies de températures pour la journée du 10 mars 2016. Ci-dessous, une carte pour le mois en cours (Month-to-Date)

    D’après la réanalyse NCEP-CFSR /CFSv2 le chiffre actuel pour l’anomalie globale Month-to-Date (la période du 1er au 23 mars 2016) est retombé à 0,714 °C au-dessus de la moyenne 1981-2010. Le chiffre actuel pour l’anomalie globale Year-to-Date (la période du 1er janvier au 23 mars 2016) est retombé à 0,653 °C au-dessus de la moyenne 1981-2010.

    La hausse des températures dans l’hémisphère nord au début du mois de mars est cependant frappante, même si les anomalies sont apparemment désormais en léger retrait.

    • Vos chiffres sont corrects mais vous m’excuserez d’avoir enlevé vos graphiques, ils prennent trop de place sur la page et en plus Weartherbell est une société privée qui impose un copyright.
      Quelques réponses :
      – Vos chiffres sont ceux de NCEP CFSv2 mis en ligne par Weatherbell (que je ne peux vérifier, je n’ai pas les fichiers originaux), ce ne sont pas tout à fait les mêmes que ceux publiés sur mon site, NCEP-NCAR (que j’actualiserai demain, je n’ai pas encore téléchargé les derniers fichiers…).
      – NCEP CFSv2 montre tout de même en 2016 les plus fortes anomalies jamais relevées
      – Si j’ai mis en bas d’article la temp du 10 mars c’est parce que c’était la dernière disponible au moment où j’ai écris. Je ne dispose pas des anomalies month to date version carte. Les chiffres month to date, je les calcule moi-même grâce aux chiffres quotidiens.
      – Et effectivement, les anomalies sont en retrait sur cette deuxième partie de mars. Il n’est pas exclu que cela remonte, à moins que l’on ait déjà atteint le pic de ce Niño.

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