Climat

Un El Niño extrême favorisé par les « restes » de 2014

Une nouvelle étude donne un aperçu de la façon dont El Niño 2015-2016, un des plus forts des annales, s’est formé dans l’océan Pacifique. Les coups de vents d’est dans l’océan Pacifique tropical ont stoppé un potentiel El Niño en 2014, laissant une bande d’eau chaude dans le Pacifique central. La présence de cette eau chaude empilée a servi de réservoir au monstrueux El Niño qui s’est finalement formé en 2015, selon les auteurs de l’étude.

En 2014, un épisode El Niño était en cours à la faveur de coups de vent d’ouest, un élément essentiel à l’émergence à du phénomène. Certains experts pensaient qu’un événement extrême était en préparation. Mais de forts vents d’est ont finalement stoppé son développement. D’après une étude publiée dans Geophysical Research Letters, l’effet de ces vents d’est n’a pas été seulement d’arrêter El Niño. Ces vents d’est ont aussi coincé la chaleur qui n’a pas pu se disséminer vers les régions polaires comme elle le fait habituellement lorsqu’El Niño arrive à maturité. C’est cet échec qui a favorisé l’année suivante un événement extrême, fournissant le « carburant » au Niño 2015-2016.

On peut voir ci-dessous l’état de l’océan quand El Niño a émergé en mars 2015 ;

Anomalies de températures dans le Pacifique le 5 mars 2015 (Source : NOAA)

Anomalies de températures dans le Pacifique le 5 mars 2015 (Source : NOAA)

El Niño et La Niña sont les phases chaudes et froides d’une oscillation climatique récurrente dans l’océan Pacifique tropical appelée El Niño-Oscillation australe, ou ENSO. Les phases chaudes et froides se déplacent sur une ligne est-ouest tous les deux à sept ans, et chaque phase déclenche des perturbations de la température, des vents et des précipitations à travers le monde. Pendant les épisodes El Niño, les températures de l’eau à la surface de la mer sont plus élevées que la normale. Les vents de surface à basse altitude soufflent normalement d’est en ouest le long de l’équateur mais avec El Niño les vents soufflent dans l’autre sens, de l’ouest vers l’est. Il faut plusieurs séries de rafales prononcées pour qu’El Niño se mette en place.

Au printemps de 2014, de forts vents d’ouest à la surface du Pacifique ont alerté les scientifiques : ils ont vu ces coups de vent comme un signe d’un grand événement El Niño à venir pour l’hiver 2014, rappelle Aaron Levine , scientifique à l’origine de l’étude.

Mais à mesure que l’été avançait, El Niño ne s’est pas formé comme on pouvait s’y attendre : les températures de surface de la mer dans le Pacifique oriental ne se sont jamais réchauffées assez pour que l’on puisse parler d’El Niño. La décharge de la chaleur n’a pas eu lieu et n’a donc pas laissé place à un événement La Niña.

Mais ensuite, au printemps 2015, de très fortes rafales de vent d’ouest se sont produites et sont devenues plus fréquentes tout au long de l’été. Ces coups de vent ont favorisé le déplacement d’une masse d’eau chaude de surface vers l’est avec la propagation de ce que l’on appelle une onde de Kelvin. Il s’agit d’une sorte de vague sous-marine qui afflue vers les côtes américaines, empêchant les remontées d’eau froide dans cette région du Pacifique. El Niño 2015-2016 est devenu l’un des trois plus forts El Niños des annales, avec ceux de 1982-1983 et 1997-1998.

Levine et d’autres scientifiques se sont demandés si l’El Niño qui s’est enrayé en 2014 et l’épisode El Niño de 2015 étaient en quelque sorte liés.

Dans la nouvelle étude, Levine et son co-auteur Michael McPhaden ont examiné les changements dans les températures de surface de la mer, les vents, et les volumes d’eau chaude de l’océan Pacifique en 2014-2016 . Ils ont également utilisé un modèle mathématique pour analyser la façon dont ces facteurs étaient liés.

Lorqu’El Niño se développe et mûrit dans sa phase de pointe, l’eau chaude se décharge peu à peu des régions équatoriales vers les régions polaires, explique Levine. En 2014, les vents d’est ont empêché l’eau chaude de se disséminer vers les pôles. L’eau chaude a donc été coincée et était disponible comme un réservoir de chaleur qui a pu être exploité l’année suivante. Une fois que les vents d’ouest ont repris, de manière inhabituellement forte au printemps et en été 2015, El Niño s’est développé.

En inspectant les archives climatiques, Levine et McPhaden ont trouvé un événement similaire qui a eu lieu en 1990. Cette année-là, les vents d’est contrecarré un El Niño en formation et le réservoir d’eau chaude a également alimenté les conditions El Niño de 1991 et 1992. Le phénomène a cependant été moins extrême qu’en 2015-2016, en raisons de coups de vent d’ouest moins forts et d’un réservoir de chaleur moins important dans l’océan.

Sources :

Aaron F. Z. Levine, Michael J. McPhaden. « How the July 2014 Easterly Wind Burst Gave the 2015-6 El Niño a Head Start » (Geophysical Research Letters).

American Geophysical Union

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Catégories :Climat

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3 réponses »

  1. Bonjour,
    Je voudrais revenir sur la hausse de la concentration de CO2 enregistré en avril 2016 (plus de 4 ppm).
    Ce serait dû selon vous à El Nino et à un effet naturel, non anthropique. Connait-on la manière dont cela se produit?
    Pour moi, il n’y a pas beaucoup de possibilités! Soit certains puits de carbone fonctionnent moins bien dans un environnement plus chaud, soit il y a dégagement de CO2 dans des lieux où il est stocké (océans ou continents) ou bien les deux à la fois? J’ai peut-être oublié quelque chose?
    N’est-ce que qu’une histoire de température? Et alors cela signifierait-il que dans un environnement plus chaud, la concentration de CO2 augmenterait plus vite?
    Cordialement

    • Les 100 ppm ajoutés depuis le début de l’ère industrielle sont bien dus aux émissions humaines et cela continue. Sur l’évolution depuis 2015, l’agence internationale de l’énergie publie des chiffres des émissions de CO2 liées à l’énergie. Elles ont stagné en 2015… Mais on a vu que la concentration de CO2 avait augmenté dans l’atmosphère. Comme en 1998 et même un peu plus, comme vous l’avez noté. El Nino semble donc être le principal responsable en raison du basculement des précipitations qui favorise les feux de forêt, notamment en Indonésie.

    • Je tente une explication: on sait que plus l’eau est chaude, moins elle peut contenir de CO2 (de mémoire, une eau à 0°C peut contenir 5000 ppm de CO2, une eau à 20°C peut en contenir 2000). Or, les océans sont le principal puit de carbone. Le réchauffement intense du Pacifique équatorial est donc peut être la cause d’un stockage moins efficace! À vérifier.

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