Climat

Vers une accélération du réchauffement d’ici 2022

Des chercheurs du NCAR de Boulder montrent comment les oscillations du Pacifique rythment le réchauffement climatique sur le long terme. La dernière phase marquée par un refroidissement du Pacifique est terminée, selon les auteurs de la nouvelle étude. Le rythme du réchauffement devrait donc accélérer d’ici 2022.

Sur la période 2013-2022, Gerald Meehl, l’un des auteurs principaux des rapports du GIEC, et ses collègues du NCAR prévoient un réchauffement moyen de +0,22°C par décennie, trois fois plus que le rythme de +0,08°C observé entre 2001 et 2014. Cette prévision publiée dans la revue Nature Communications est basée sur l’anticipation d’un changement majeur à la surface du Pacifique. Fatalement, ce changement est censé intervenir tôt ou tard mais la nouveauté de la présente étude est d’expliquer pourquoi ce changement est déjà en cours. Schématiquement, dans les années 2000, l’ouest du Pacifique a énormément emmagasiné de chaleur, suffisamment pour qu’un épisode El Niño majeur provoque un revirement complet. Une phase chaude devrait suivre avec un réchauffement de long terme dans l’est du Pacifique. L’épisode La Niña qui est en passe d’émerger ne devrait rien y changer.

Le phénomène qui intéresse les scientifiques ici est l’oscillation interdécennale du Pacifique (ou IPO pour Interdecadal Pacific Oscillation), un mode majeur de variabilité naturelle des températures de surface de la mer dans le Pacifique. Elle comporte une phase positive qui favorise des températures élevées à la surface du globe, et une phase négative, qui promeut des périodes de refroidissement. C’est donc un phénomène dont les caractéristiques sont similaires à celles d’El Niño ou de l’Oscillation décennale du Pacifique (PDO), à ceci près qu’elle s’exerce sur une échelle d’une quinzaine d’années contre quelques mois pour El Niño, et qu’elle concerne une zone plus grande que la PDO.

Dans une phase négative, l’IPO a contribué de manière significative au ralentissement du réchauffement climatique dans les années 2000. Son retour vers une phase positive devrait à l’inverse conduire à une accélération du réchauffement climatique dans les années à venir. Voici ce que donne une phase positive (donc chaude), avec des conditions similaires à celles d’El Niño dans le Pacifique Est (numéro 2 ci-dessous) et des anomalies froides dans le nord-ouest et le sud-ouest du Pacifique, hors Equateur (numéros 1 et 3).

Phase positive de l'oscillation interdécennale du Pacifique (IPO). Source : NOAA.

Phase positive de l’oscillation interdécennale du Pacifique (IPO). Source : NOAA.

On apprend dans la nouvelle étude publiée dans Nature Communications l’importance des oscillations de l’IPO et du contenu en chaleur de l’océan dans l’ouest du Pacifique.  Lorsque ce dernier se réchauffe pendant au moins une dizaine d’années, les conditions sont favorables pour qu’un événement El Niño majeur déclenche une transition vers une phase positive de l’IPO. C’est précisément ce qui est en train de se produire actuellement.

Meehl et al.  expliquent dans leur article comment les conditions relevées en 2013 ont permis de simuler les températures dans la région clé Nino 3.4 du Pacifique, la zone où l’on traque l’événement El Nino. Le succès obtenu dans les prévisions pour 2015 indique selon les scientifiques de Boulder qu’une transition vers une IPO positive est bien en cours, ce qui devrait conduire à une accélération du rythme du réchauffement climatique sur la période 2013-2022, de l’ordre de +0,22°C. Cela signifie que l’on serait sur la période au-dessus des prévisions des modèles.

Les simulations rétrospectives menées par les chercheurs ont permis de reproduire avec succès les phases de l’IPO depuis 1960, ce qui donne du crédit aux prévisions actuelles. Une transition de négative à positive a été observée dans les années 70, conduisant à l’accélération du réchauffement climatique dans les années 1980  et 90. Puis la transition de positive à négative  à la fin des années 1990 a conduit à la pause climatique des années 2000. Voilà pourquoi le réchauffement climatique a semblé culminer en 1998.

Graphique du haut : contenu en chaleur dans l'ouest du Pacifique (hors équateur), rouge pour le sud, bleu pour le nord du Pacifique. Graphique du bas : contenu en chaleur de l'est du Pacifique équatorial. Source : Meehl & al. (Nature Communications, 2016).

Graphique du haut : contenu en chaleur dans l’ouest du Pacifique (hors équateur), rouge pour le sud, bleu pour le nord du Pacifique.
Graphique du bas : contenu en chaleur de l’est du Pacifique équatorial. Source : Meehl & al. (Nature Communications, 2016).

L’augmentation du contenu en chaleur dans l’ouest du Pacifique pendant une période de 10 à 15 ans, associé à El Niño produisent les ondes équatoriales nécessaires à l’inversion de la thermocline pour conduire à une transition de l’IPO. Plus exactement, El Niño favorise une transition d’une phase négative à positive de l’IPO tandis que La Niña induit une transition entre une période négative et positive.

Par exemple, les données montrent qu’El Niño 1972-73 a entamé la décharge de la chaleur accumulée dans l’ouest du Pacifique, séquence qui a été boostée ultérieurement par El Niño 1976-77. C’est ainsi qu’a démarré la phase positive de l’IPO dans la seconde moitié des années 1970.

L’IPO positive a continué jusqu’à la fin des années 1990, le Niño 1982-83, malgré son ampleur, n’a pas permis de produire une inversion. C’est que l’ouest du Pacifique n’avait pas eu assez de temps pour se réchauffer. En 1997, c’est d’abord le contenu en chaleur dans le sud-ouest du Pacifique qui a commencé à décliner, puis ce fut au tour du nord-ouest en 1998, le tout coïncidant avec le très gros El Niño 1997-98. En plus de ces faibles contenus en chaleur dans les zones sud-ouest et nord-ouest du Pacifique, le phénomène La Niña marqué qui a suivi en 1998-2000 a entraîné une transition vers une phase négative de l’IPO.

Puis le contenu en chaleur de l’ouest du Pacifique tropical a grimpé à nouveau, alors que le réchauffement climatique marquait le pas – sans toutefois s’arrêter. Les niveaux atteints en 2013 dans le nord-ouest du Pacifique étaient comparables à ceux que l’on trouvait en 1976, donc avant la dernière grosse transition vers une IPO positive.

Comme au milieu des années 70, toutes les conditions semblent aujourd’hui réunies pour une évolution positive de l’IPO. Tout d’abord, depuis le début des années 2000, il y a eu un réchauffement de l’ouest du pacifique tropical. Ensuite, la prévision basée sur les conditions relevées en 2013 a confirmé l’émergence d’un gros phénomène El Niño, qui est la deuxième condition pour provoquer un changement de phase. El Niño 2015-16 est comparable à celui de 1997-98, et donc l’un des plus importants jamais observés depuis l’ère instrumentale.

La prévision pour 2015-2019 montre une phase positive de l’IPO avec des températures au-dessus des normales dans l’est du Pacifique, s’étendant vers le nord-est. Une situation donc à l’opposée de celle observée dans les années 1998-2012. Sur la période 2013-2022, les scientifiques prévoient un réchauffement moyen de +0,22°C par décennie, trois fois plus que le rythme de +0,08°C observé entre 2001-2014.

Source : Meehl, G. A. et al. Initialized decadal prediction for transition to positive phase of the Interdecadal Pacific Oscillation. Nat. Commun. 7:11718 doi: 10.1038/ncomms11718 (2016).

 

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12 réponses »

  1. Le paradoxe des moyennes n’est-il pas dans la moyenne? Un réchauffement climatique global peut « cacher » un refroidissement global. Sur votre planisphère on voit clairement un déficit thermique sur l’Atlantique nord-ouest. Traduction possible: un climat plus frais voire plus froid en Europe de l’Ouest, en particulier sur l’essentiel de notre territoire métropolitain.
    Plus clairement: le scénario que vous décrivez est-il compatible avec la récente étude « Hansen & all. » qui prévoit un refroidissement global à l’horizon 2100 -lié notamment à la quasi-disparition du Gulf Stream), et néanmoins une hausse importante (6m voire davantage) du niveau des mers? Mais peut-être n’ai-je rien compris!
    Pour l’instant en tout cas, le climat ne se refroidit pas sur les Alpes. Une étude indique qu’à Sion, capitale du Valais suisse, la température moyenne croît de 0,5°C par décennie depuis une trentaine d’années. Plus 5°C sur un siècle!

    • L’étude de Meehl concerne les oscillations du Pacifique, des variations naturelles. Tous les 15 ans environ, le Pacifique se réchauffe ou se refroidit dans l’est du bassin. Cela joue sur la température mondiale.
      Il se peut que cela ait un lien avec l’Atlantique mais cela n’est pas clairement démontré. L’inverse peut être vrai aussi. Cela ne change pas grand chose au réchauffement climatique à l’échelle de 100 ans.
      L’intérêt de cette étude de Meehl est de dire ce qui va se passer dans les 10 ans à venir et de mieux comprendre le fonctionnement du Pacifique.
      L’étude de Hansen se penche sur l’impact du réchauffement climatique à plus long terme et pas sur ces variations naturelles.Elle est un peut iconoclaste car elle prévoit à la fois une élévation du niveau de la mer plus importante que dans les modèles actuels et un réchauffement moins important. Pour l’instant, cela ne correspond pas aux conclusions du GIEC.
      Et effectivement, le climat ne se refroidit pas dans les Alpes et cela devrait continuer à l’avenir. +5°C pourraient être atteints dans cette région du globe si aucun effort n’est fait pour limiter les émissions de CO2.

      • Bonjour Johan
        Je crois que le taux de réchauffement va dépasser les prévisions de cette étude, car elle ne semble tenir compte que d’une seule composante du système climatique.
        La glace sur l’Arctique disparaît à un rythme accéléré et nous savons que cela accélère le réchauffement comme les quelques 60 boucles amplificatrices/accélératrice du réchauffement climatique que nous observons.
        Il ne faut pas non-plus oublier le méthane qui s’échappe de l’Arctique via le dégel du pergélisol, et les hydrates de méthane du fond de l’océan Arctique, comme dans la mer de Laptev, un des endroits d’où l’on craint que ne s’échappe d’immenses quantités de méthane, un très puissant gaz à effet de serre à l’effet instantané ; il serait (au moins) 200 fois plus puissant que le CO2 au cours de ses 2 à 3 premières années qu’il entre dans l’atmosphère. Son potentiel de réchauffement tombe à 150 fois celui du CO2 sur 10 ans et il diminue jusqu’à 34 fois celui du CO2 sur 100 ans…
        Le #fracking émet beaucoup de méthane car le gaz naturel, c’est du méthane à 98%.
        Je ne sais pas de combien le réchauffement aura augmenté dans 10 ans, mais ce sera sans nul doute passablement plus que ce que cette étude prévoit.
        C’est simple, c’est toujours plus que ce qu’on prévoit…

        Bonne journée Johan et merci pour ton travail

        Jack

  2. L’évolution de l’activité solaire fait varié la vitesse des vents en altitude, vortex polaire affaiblit, le jet stream davantage ondulant, contribuant ainsi a modifié la circulation des vents en basse couche de la troposphère, les courants océanique font évoluer leur débit suivant leur salinité, la différence de température de l’eau, mais pas seulement, les vents ont une importance capital car ils entrainent également l’eau de mer à poursuivre sa circulation, cela peut expliquer les cycles que nous connaissons sur les circulations océanique du globe de part l’évolution de l’activité solaire.
    Augmentation des rayons cosmique permettant l’augmentation de la couche nuageuse à la surface du globe, augmentation de la température de la stratosphère par la diminution de la rapidité du processus qu’est la photolyse, modification de la pression atmosphèrique dans la stratosphère comme dans la troposphère par évolution des températures de ses différentes couche de l’atmosphère sachant que l’air froid est plus dense que l’air chaud (de l’air mis en pression va se réchauffer, de l’air en dépression va attirer à son sommet de l’air froid celui-ci descendant en basse couche de l’atmosphère),
    Voila les ingrédients que nous connaissons sur les risques d’une diminution sérieuse de l’activité solaire ce qui est par ailleurs envisagé.
    Un coctail qui pourrais bien faire oublier le réchauffement climatique actuel, qui en est à son paroxysme, d’ici 4 ans.
    L’activité volcanique à l’échelle du globe que nous avons connu ses 15 dernières année ne peut pas à elle seul expliquer la pause du réchauffement, pour la simple et bonne raison que nous avons déja connu par le passé une activité volcanique similaire qui n’a fait qu’évoluer trés peu la température du faite que l’activité ne soit pas assez intense.
    En regardant les températures global journalière de NCEP comme exemple sur le site weatherbell, vous pourrez constater une nette diminution de la température de 2005 à 2012 en s’intensifiant avant une stabilisation en 2013 puis une remonter subite à partir de 2015, se refroidissement arrive 2 ans aprés un minimum solaire qui à durer plus longtemps que l’anormale, se décalage peut trés bien s’expliquer par l’effet d’inertie de la surface terrestre, la reprise soudaine à la hausse des températures de 2015 – 2016 peut trés bien être due par une formidable coincidence entre l’arriver d’un épisode el nino d’une intensité exceptionnel connu en moyenne tout les 20 ans et d’un sursaut de l’activité solaire en 2014 malgrés un cycle 24 particulièrement faible, ses deux évènements ont pu faire grimper soudainement la température donnant une illusion à la continuité d’un réchauffement, par ailleurs en visualisant les températures global en phase neutral de l’ENSO nous nous apercevons qu’en 2005 les températures global journalière sont à l’identique par rapport à se début juillet 2016 aprés cette brusque descente de ses derniers mois.
    Et c’est ainsi via la communauté scientifique valorisant le réchauffement climatique anthropique que ses points d’interrogation dérange…

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