Climat

Le record de l’année 2015 deviendrait la norme en 2025

Une nouvelle étude montre que les températures record observées en 2015 deviendront la norme dès 2025. Mais selon les régions et les saisons, le réchauffement peut encore être contenu  si des efforts sont faits pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Dans une décennie, des températures aussi élevées qu’en 2015 deviendront la norme. Par « norme », les auteurs de l’étude publiée dans le Bulletin of American Meteorological Society entendent que les 20 années après 2025 seront au moins aussi chaudes que 2015 dans 50% des cas.

L’année 2025 est une moyenne. Sophie C. Lewis (Australian National University)  et ses collègues avancent avec une quasi-certitude que la nouvelle norme émergera au niveau global avant 2040 : c’est ce que prévoient 90% des simulations des modèles utilisés. Cela signifie que la température globale de 2015 deviendra habituelle quel que soit le scénario futur d’émissions de gaz à effet de serre. Les modèles testés sont ceux du CMIP5, les plus récents. Les chercheurs ont en outre retenu les 11 modèles les plus performants en les testant contre les températures réellement observées dans le passé.

L’étude évalue l’impact des scénarios RCP qui prévoient plus ou moins d’émissions de CO2, comme on peut le voir ci-dessous. Le RCP 8.5 prévoit plus 1000 ppm de CO2 en 2100 contre 400 aujourd’hui ; le RCP 4.5 prévoit un peu plus de 600 ppm ; le RCP 2.6 une incursion à 450 ppm au milieu du siècle puis une légère réduction vers 2100.

Concentration de CO2 en fonction des scénarios RCP. Source : Wikipedia.

Concentration de CO2 en fonction des scénarios RCP. Source : Wikipedia.

Pour les moyennes globales de température, il semble donc difficile d’éviter que la norme de 2015 ne s’impose d’ici 10 ans. La bonne nouvelle en revanche est qu’il est encore possible de limiter l’impact saisonnier et régional.

Tous les scénarios montrent que la nouvelle norme concernera plus de 70% des terres émergées avant la fin du siècle. C’est le cas aussi pour le scénario RCP 2.6, le moins émetteur. Cependant, le RCP 2.6 prévoit que la nouvelle norme n’interviendra probablement pas dans la première moitié de ce siècle : seules 1% des terres seraient concernées, ce qui permettrait de gagner du temps pour s’adapter au changement.

D’après le scénario le plus émetteur, le RCP 8.5 (celui vers lequel on s’oriente au rythme actuel), l’émergence de la nouvelle norme serait bien plus précoce avec 12% des surfaces terrestres concernées en 2045. En 2100, 98% des terres verraient la norme excéder le plus haut niveau actuel si le scénario RCP 8.5 devient réalité.

Pour la période de décembre-janvier-février, qui correspond à l’été dans l’hémisphère sud et à l’hiver au nord, la nouvelle norme devrait arriver plus tôt en Australie que dans l’hémisphère nord. En Australie, les températures record observées en 2013 (la température fut de 1,53°C au-dessus de la moyenne 1911-1940) seraient excédées régulièrement dès 2035 dans tous les scénarios. En revanche, pour l’Asie et l’Europe, la nouvelle norme émergerait plus tardivement en hiver, voire pas du tout, selon le scénario RCP 2.6.

Globalement donc, la nouvelle norme devrait arriver relativement rapidement. Sur le plan régional, il est encore possible, en réduisant les émissions, de retarder l’échéance, voir de l’éviter.

Ce sont bien les températures estivales qui risquent d’excéder rapidement la norme. Une autre étude publiée en juin 2016 dans Climatic Change, montrait que chaque été entre 2061 et 2080 aura 80% de chances d’être plus chaud globalement que le plus chaud des archives actuelles. L’étude concernait les températures à la surface des terres du globe était basée sur le scénario RCP 8.5. Si l’on se réfère au dernier rapport du GIEC, on peut estimer que le RCP 8.5 prévoit un réchauffement global d’environ 3°C pour la période 2060-2080 (par rapport à 1850-1900).

Probabilité de voir un été de 2061-2080 plus chaud que le plus chaud de la période 1920-2014. Source : Flavio Lehner, Clara Deser, Benjamin M. Sanderson.

Probabilité de voir un été de 2061-2080 plus chaud que le plus chaud de la période 1920-2014. Source : Flavio Lehner, Clara Deser, Benjamin M. Sanderson.

En cas de réduction des émissions de gaz à effet de serre, cette probabilité pourrait cependant tomber à 41%,  selon l’étude. Les auteurs avaient utilisé dans cette hypothèse le scénario RCP 4.5, qui amènerait à environ +2/2,5°C en 2060-2080.

Entre 2061 et 2080, les étés dans de vastes régions de l’Amérique du Nord et du Sud, l’Europe centrale, l’Asie et l’Afrique auront 90% de chances d’être plus chauds que tous les étés passés si les émissions se poursuivent sans relâche. Cela signifie que pratiquement chaque été serait aussi chaud que le plus chaud  du climat actuel.

Dans d’autres régions, la probabilité de voir des étés plus chauds que tous ceux du passé resterait inférieure à 50%. Dans ces endroits – y compris l’Alaska, le centre des Etats-Unis, la Scandinavie, la Sibérie et l’Australie continentale – les températures estivales varient naturellement de manière importante, ce qui rend plus difficile à détecter l’impact du changement climatique, précisaient les auteurs de l’article paru dans Climatic Change.

Les canicules verront aussi leur probabilité augmenter, d’après une étude publiée en 2014 dans le Journal of Geophysical Research: Atmospheres. Selon le pire des scénarios envisagés pour les émissions de CO2, les canicules comme celle de 2003 en Europe et de 1980 aux Etats-Unis deviendront habituelles à partir de 2070. A la fin du siècle, l’épisode russe de 2010 (la vague de chaleur la plus sévère recensée dans le monde depuis 1980) sera également considéré comme normal. Si les gaz à effet de serre augmentent fortement, un été sur deux connaîtra une vague de chaleur extrême entre 2068 et 2100.

Anomalies de températures en juillet 2010 (source : NASA)

Anomalies de températures en juillet 2010 (source : NASA)

Dans un futur plus proche (2020-2052) , avec des scénarios d’émissions plus raisonnables qui prévoient de 1 à 2°C d’augmentation de la température moyenne,  les canicules extrêmes se produiraient de une à trois fois tous les 33 ans dans la plupart des régions du globe.

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