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La faille continue à s’étendre sur Larsen C

D’après les scientifiques du projet MIDAS, la faille sur la plateforme de glace Larsen C, dans la région de la Péninsule antarctique, a encore augmenté de 10 km depuis le début de l’année 2017. Cela porte sa longueur totale à environ 175 km.

Larsen C est la quatrième plus grande plateforme de l’Antarctique avec une surface de presque 50 000 km². Si l’on en parle beaucoup ces derniers temps, c’est parce qu’un iceberg de 5 000 km² (environ la taille d’un département français comme les Ardennes ou les Bouches-du-Rhône) menace de s’en détacher. Une hypothèse qui semble de plus en plus crédible au vu de la balafre qui longe la côte de la plateforme de glace.

Plateforme Larsen C. Crédit : MIDAS Project.

Plateforme Larsen C. Crédit : MIDAS Project.

Depuis 2010, la taille du rift a augmenté d’une centaine de kilomètres et s’étend désormais sur 175 km, de sorte que l’iceberg ne reste plus attaché que par 20 km de glace…

Les modélisations climatiques du projet MIDAS prévoyaient il y a quelques mois que cette fissure allait poursuivre son élargissement et peut-être provoquer l’éclatement de 9 à 12% de Larsen C.

Aux dernières nouvelles, la faille a bel et bien continué à s’étendre. L’image captée le 19 janvier par les satellites Sentinel-1 de l’ESA montre une croissance de 10 km de la fissure depuis le 1er janvier. Heureusement, cet allongement s’est fait parallèlement au bord de la plateforme de glace et non en direction de la mer. Le bout de plateforme reste donc attaché par 20 km de glace.

Lorsqu’elle larguera l’iceberg, la plate-forme de glace de Larsen C perdra environ 10% de sa surface pour laisser le front de glace à sa position la plus reculée jamais enregistrée. Cet événement changera fondamentalement le paysage de la péninsule antarctique, soulignent les scientifiques du projet MIDAS.

La nouvelle configuration risque en effet d’être moins stable qu’avant la faille. Larsen C pourrait alors connaître le même destin de Larsen B, qui s’est désintégrée en février 2002 suite à un événement de vêlage provoqué par une faille. La zone concernée occupait une surface plus grande que celle du Luxembourg, soit la moitié de celle qui nous inquiète aujourd’hui (qui elle-même n’est qu’une partie de Larsen C).

Photo de la faille sur la plateforme Larsen C en novembre 2016. (Crédit : NASA/John Sonntag)

Photo de la faille sur la plateforme Larsen C en novembre 2016. (Crédit : NASA/John Sonntag)

Les plateformes comme Larsen C sont des masses flottantes d’eau gelée qui prolongent les glaciers assis sur le continent.  Quand elles fondent, elles n’élèvent pas directement le niveau de la mer mais elles le font de manière secondaire en provoquant l’accélération de l’écoulement des glaciers. Leur rôle est donc primordial pour stabiliser la calotte glaciaire de l’Antarctique.

Dans une étude publiée dans la revue Science en septembre 2014, des chercheurs affirmaient que l’océan n’était sans doute pas le principal responsable de la disparition de la plateforme Larsen B. La désintégration a permis en 2006 à Eugene Domack, l’un des auteurs de l’étude, de prélever des sédiments pour en savoir plus sur l’historique de la zone concernée. L’analyse des sédiments lui a permis de déterminer que l’eau avait pu s’écouler librement en-dessous de la glace depuis 12 000 ans car la plateforme n’était pas en contact avec le fond marin. Il n’y aurait donc pas eu d’événement sous-marin récent.

Ayant écarté cette hypothèse, les scientifiques estiment que la cause principale de la rupture était l’élévation des températures de l’air. Celles-ci ont en effet augmenté en moyenne de plus de 2,5°C dans la péninsule Antarctique depuis 50 ans. Cette région est celle de l’hémisphère sud qui a connu le plus fort réchauffement depuis les années 60, quasiment au même rythme que l’Arctique. La péninsule antarctique avait été marquée par une série d’étés chauds qui ont culminé avec l’été anormalement chaud en 2002.

Les scientifiques pensent que les températures record de 2002 ont fait fondre la surface de la plateforme, créant des lacs d’eau fondue. Ceux-ci se sont engouffrés dans la glace à la faveur de crevasses, ce qui a fini par augmenter la pression dans la plateforme et l’a fait éclater.

Une autre étude publiée dans Nature Communications en juin 2016 a confirmé le rôle que pouvaient avoir ces lacs d’eau fondue en étudiant la plateforme Larsen C cette fois.

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