Les tempêtes de sable se multiplient dans le monde. Les particules les plus petites sont parfois emportées à des milliers de kilomètres. En 2020, nous nous sommes même réveillés en Europe dans un monde opaque, terne, l’air chargé de poussière jaune. Nous ne voyions plus le soleil. Des nuages de sable du Sahara se sont aventurés au dessus de la Suisse et de la France. Ce phénomène s’est reproduit cette année-là en Amérique du Sud et du Nord.
En général, ces tempêtes frappent particulièrement les pays arides au Magreb et au Moyen-Orient. Elles se forment dans le Negev, sur la péninsule arabe, dans le Sahara et dans les déserts d’Amérique du Nord et d’Asie. Le vent soulève de petits grains de sable du sol. Les plus grands restent dans la zone de formation de l’orage, et les petits sont emportés à des centaines ou des milliers de kilomètres. Les poussières s’envolent surtout en Irak entre le Tigre et Euphrate et le long de la frontière syro-irakienne. Pendant les mois chauds de l’été, les vents forts du nord-est transportent de grandes quantités de particules à travers la région. Cependant, ces intempéries sont de plus en plus fréquentes, elles s’étendent sur de plus longues périodes, à une zone plus grande.
En 2022, l’Irak a subi une douzaine de tempêtes de sable (haboobs) qui ont obscurci le ciel, immobilisé le pays et provoqué de problèmes respiratoires chez la population. Leur fréquence s’est énormément accrue ces dernières années. Ce pays vit maintenant des fortes sécheresses aggravées par le changement climatique. Les moyennes de températures s’élèvent et les pluies se réduisent.
Les tempêtes menacent même les trésors archéologiques de ce pays. Les vents se chargent plus en particules, le sable frappe et érode les ruines. Après le haboob, une couche de sable recouvre tout, y compris les vestiges des civilisations anciennes de la région, parmi les premières de l’histoire de l’Humanité. Le sable enterre ces monuments plus vite que les archéologues ne les excavent (lien).
Ces tempêtes provoquent entre autres des problèmes de circulation et de santé publique. Des particules de sable, parfois plus petites que dix microns, s’accumulent dans le nez, la bouche et les voies respiratoires des personnes exposées au vent. Elles provoquent des éternuements, la toux, des problèmes respiratoires ou même la mort. L’état des asthmatiques s’aggrave, l’accumulation de sable peut provoquer une sorte de pneumonie ou la silicose et mener à des cancers du poumon. Ainsi donc les intempéries actuelles pourraient causer des décès d’ici plusieurs années.
Les aéroports et les écoles ferment. Les problèmes respiratoires touchent un grand nombre de personnes. En mai 2022, cinq mille personnes ont été hospitalisées suite à une tempête (AFP), deux mille après une autre (AFP), et mille la semaine suivante (AFP).
Conséquence du changement climatique
Selon le Premier ministre Shia al-Sudani, L’Irak souffre de chaleur extrême en été, de sécheresses fréquentes, de désertification et de problèmes dus aux poussières de sable qui sont exacerbés sur une planète en réchauffement.
Plus de sept millions d’Irakiens sont déjà affectés par le changement climatique; les sécheresses ont provoqué le déplacement de centaines de milliers de personnes.
C’est un problème d’envergure. La région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord perd environ 13 milliards de dollars par an en raison de l’augmentation des haboobs. Ceux-ci causent des dommages aux cultures, à la santé humaine et animale, aux bâtiments et aux infrastructures, et forcent des fermetures pendant plusieurs semaines.
L’Irak plantera donc 5 millions d’arbres pour limiter ces problèmes, protéger son climat et son sol (AFP).
Ces intempéries pourraient -elles être dues à d’autres causes? Les problèmes sont intriqués, les paysans abandonnent leurs terres à cause des sécheresses croissantes, le sol est ensuite nu et exposé aux vents. Les rivières sont canalisées et n’humidifient pas des zones aussi étendues qu’avant, et le sable sec s’envole plus facilement.
Le changement climatique est probablement un moteur, mais il existe aussi des facteurs anthropiques tels que l’abandon des terres agricoles, la gestion de l’eau en amont, la migration vers les zones urbaines et le dépeuplement causé par les conflits et la guerre. Des études ont montré que les zones asséchées des lacs Urmia et Therthar, sont les principales sources de tempêtes de poussière émergentes au Moyen-Orient.

Une tempête exceptionnelle survenue en 2015 a voilé le ciel de sept pays du Moyen -Orient. Ses causes ont été étudiés en détail. L’absence de végétation avait été pointée du doigt, mais cet événement avait surtout été précédé par une période très chaude qui a desséché les sols nus. L’été avait été caniculaire, avec de nombreuses journées de grande chaleur, sans humidité. Le vent d’Est en Ouest a ensuite emporté le sable vers sept pays très peuplés. Il a donc été établi que cet événement avait été causé par le réchauffement climatique, par les températures élevées et la sécheresse qu’il a provoquées (Princeton).
Les observations de ces dernières années indiquent qu’en moyenne planétaire, le vent emporte plus de particules de sable. Celles -ci filtrent le rayons du soleil, et diminuent légèrement le réchauffement mondial. Cependant, les modèles climatiques prévoient plutôt une diminution du transport du sable dans l’air à l’avenir.
Des tempêtes de sable se produisent aussi ailleurs dans le monde. Leur recrudescence a provoqué six décès au Brésil en 2021. Les victimes ont été touchés par des arbres ou des toits arrachés par la tempête. L’intensité de ces événements y était inhabituelle. Ils ont été provoqués par une très longue période chaude et sèche, sans pluies, probablement due au changement climatique qui amène des records de températures successifs dans ce pays (AFP).
La même année, la Chine a été frappée par un immense haboob. Un mur opaque de cent mètres de haut s’est abattu sur Beijing et a aveuglé la ville. Les vols ont été annulés et les écoles fermées. Cet événement est imputé à la sécheresse, suivie d’un cyclone qui a emporté les poussières sur la capitale chinoise (Science China Press). Les plantations massives d’arbres dans les zones les plus arides ont diminué le nombre d’événements similaires dans d’autres régions de Chine au cours de ces dernières années.
Aux Etats-Unis les tempêtes de poussière sont la troisième catastrophe en terme d’accidents graves. Ils ont tué des centaines de personnes dans des accidents de voiture au cours de la dernière décennie, car ils provoquent une baisse de visibilité brutale, peu prévisible. La couche de sable réduit aussi l’adhérence des roues à la route. Ils touchent généralement des régions sèches où il y peu de végétation, car celle-ci maintient le sol en place. La quantité de poussière charriée par les vents a doublé en vingt ans, à cause de l’expansion de l’agriculture et du réchauffement climatique. En mai, le vent de sable a provoqué d’immenses carambolages et plusieurs décès dans la région de Chicago.
Heureusement, les solutions sont connues depuis la période du Dust Bowl des années trente. Il s’agit surtout de laisser des plantes sur le sol, qu’elles fixent de leurs racines et couvrent de leurs feuilles. Les solutions incluent le reboisement d’une partie des sols, l’arrêt du labour, la diversification des cultures, l’introduction d’animaux sur les terres, ainsi que la plantation de couverts végétaux qui par ailleurs fertilisent naturellement le sol. Ces solutions sont simples et naturelles, elles préserveraient simultanément la fertilité des sols, le climat local et mondial. Il reste à espérer qu’elles soient rapidement adoptées.

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