Cette semaine j’ai eu peur. Le Monde a publié la nouvelle que les puits de carbone terrestres se sont effondrés en 2023. Au cours des mois passés, des calculs précis ont été effectués sur les mesures satellitaires de l’année passée. Il s’avère que les forêts et les sols ont absorbé environ deux (1,5 – 2.6) milliards de tonnes de CO2, alors que l’année précédente ils avaient capté plus de 9 milliards. La sécheresse en Amazonie, et les feux au Canada et en Sibérie ont provoqué une émission de carbone de ces écosystèmes (FranceInfo).
Imaginez une sécheresse dans l’écosystème terrestre le plus riche du monde: les rivières à sec, les arbres ont cessé de croître depuis longtemps, certains dépérissent , les dauphins meurent dans le fond vaseux des lacs à plus de 40°C (BBC ), les feux dévastent la forêt primaire et tous ses habitants.
Au Canada, les incendies effacent tout sur leur passage. Ils sont souvent déclenchés par des éclairs, dont les gros orages sont de plus en plus chargés. Malheureusement, ils surviennent souvent après une canicule sèche . En Sibérie, ils provoquent aussi la fonte du sol de la forêt, du permafrost qui émet plus de gaz à effet de serre. Les arbres repousseront peut-être pendant les prochaines dizaines d’années (Canada).

Ces forêts sont essentielles à l’équilibre de la biosphère. Elles supportent mal le niveau du réchauffement actuel et le chercheur Philippe Ciais n’imagine pas d’amélioration, « plutôt un affaissement continu d’absorption du C02 » « qui accélèrera le réchauffement » (FranceInfo ). Je me demande si des pluies artificielles pourraient les sauver. Je crois qu’il faut lutter pour garder ces écosystèmes, avec leur richesse biologique et leur effet sur le climat. Nous perdons simplement notre monde peu à peu avec chaque espèce éteinte, avec chaque hectare de nature disparu.
Quelques jours auparavant, une étude établissait que le réchauffement exceptionnel et inquiétant observé au cours de l’année 2023 n’était pas un événement ponctuel dû à une éruption volcanique (blog). Dès lors, il pourrait continuer bien au-dessus des prévisions ces prochaines années. Un changement s’est produit au printemps 2023, avant la période d’activité des forêts, et il est donc probablement la cause de la défaillance de celles-ci. Sa cause pourrait résider dans le changement de carburants des navires de l’Atlantique-Nord, sur lequel l’Humanité pourrait revenir en arrière, ou dans la fonte de la glace marine Antarctique, que nous ne contrôlons pas du tout.
James Hansen a proposé plusieurs fois, sur la base de différents calculs, que le réchauffement s’est accéléré au cours de la dernière quinzaine d’années (blog avec liens). Il s’appuie notamment sur les mesures de température planétaire et sur la quantité d’énergie croissante absorbée par la Planète. J’ai confiance en ses calculs mais je ne suis pas du tout d’accord avec solutions qu’il propose. L’Organisation Météorologique Mondiale a confirmé en février que les températures montent plus vite. L’hypothèse de l’éruption volcanique nous avait permis de croire que ce serait temporaire, mais elle est maintenant écartée, Il reste donc une accélération du réchauffement, et un faiblissement des puits de carbone terrestres qui pourrait l’aggraver ces prochaines années. Je crois que l’hypothèse d’une accélération pourrait maintenant être considérée comme un fait établi et confirmé.
James Hansen estime que la température pourrait atteindre 2°C en 2040. Nous verrions alors des conséquences apocalyptiques de ces températures se produire autour de nous dans une quinzaine d’années.
James n’intègre pas toutes les mesures supplémentaires possibles dans ses raisonnements. Nous pouvons faire plus pour réduire les risques futurs. Notamment, la réduction du nombre de vols d’avions a un effet bénéfique sur l’effet de serre et aussi un effet désiré à court terme, elle évite la formation de nuages chauffants (blog). La réduction du nombre de bovins dans le monde aurait aussi un effet positif sur les forêts et l’effet de serre, et réduirait les émissions de méthane dont la concentration dans l’atmosphère diminuerait vite, car il a une une courte durée de vie (blog). Nous pourrions appliquer ces deux mesures de façon temporaire, pendant une dizaine d’années, elles pourraient être facilement annulées si le problème disparaissait. Il y a plusieurs d’autres solutions qui amélioreraient le climat. Le grand climatologue Johan Rockström demande une gouvernance mondiale qui gérerait ce problème exceptionnel.
Le climat provoque déjà des milliers de catastrophes, la Chine n’a jamais vu autant d’inondations, en Suisse les dégâts aux voies ferrées se multiplient chaque année. Les glissements de terrain interrompent des milliers de routes , emportent des centaines de personnes et les sécheresses annihilent les récoltes. Cet effet sera décuplé à mesure que les températures planétaires monteront. L’économie mondiale sous sa forme actuelle n’y résistera pas. Il faut donc dès maintenant faire des plans d’une économie d’urgence, d’un fonctionnement du monde en état de catastrophe, qui permettrait à l’Humanité de survivre au mieux à ces changements.

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