Les plans mondiaux de réduction des émissions de carbone impliquent que la température dépassera 1.5°C, puis redescendra après vingt ou trente ans.
Cependant, une nouvelle étude montre que des décennies au-dessus de ce seuil entraîneraient des « conséquences irréversibles » pour la planète.
Un dépassement pourrait déclencher des impacts qui dureraient des centaines, voire des milliers d’années. Il frôlerait aussi des « points de basculement » qui provoqueraient des changements importants et irréparables dans le système climatique de la Terre. Ils pourraient amener une élévation supplémentaire du niveau de la mer, un arrêt de la circulation océanique, le froid en Europe et une sécheresse torride en Afrique (visible ci-dessous et dans Extended Data Figure 8).

La montée du niveau de la mer avoisine aujourd’hui trente centimètres. Elle provoque déjà des inondations fréquentes dans les villes côtières et l’effondrement des falaises. Elle continuera et pourrait s’accentuer. Selon cette étude, le niveau de la mer pourrait s’élever de 40 centimètres supplémentaires si le seuil de 1,5°C est dépassé pendant un siècle. C’est une différence existentielle pour les nations insulaires vulnérables et les villes situées sur les côtes.
« Pour la plupart des indicateurs climatiques, il y a des conséquences irréversibles en raison du dépassement temporaire, par exemple, de la limite de 1,5°C », a déclaré à l’AFP le chercheur Schleussner de l’Institut international d’analyse des systèmes appliqués basé en Autriche.
« Même si vous ramenez les températures à la baisse, le monde que nous observons n’est pas le même que si vous n’aviez pas dépassé la limite ». Les changements pourraient inclure le dégel du pergélisol et l’assèchement des tourbières, des zones riches en carbone qui libéreraient d’énormes volumes de gaz à effet de serre. Cela réchaufferait encore plus le climat terrestre.
L’étude, publiée dans la revue Nature, met en garde contre un « excès de confiance » dans un tel scénario alors que les dangers ne sont pas pleinement évalués. Les auteurs disent étudier les dimensions de notre excès de confiance, mais il pourrait se révéler incommensurable.
Cela « met fin à l’idée selon laquelle un dépassement produit un résultat climatique similaire » à un avenir où davantage d’efforts ont été faits plus tôt pour freiner le réchauffement climatique, a déclaré Carl-Friedrich Schleussner, qui a dirigé l’étude co-écrite par 30 scientifiques.
L’étude a commencé il y a quatre ans, et la situation climatique s’aggrave régulièrement. Leurs prévisions ne sont plus d’actualité et à mon avis rétrospectif, pêchent par un excès d’optimisme. Certaines conséquences du dépassement pourraient se produire plus tôt. Notamment, la circulation océanique thermohaline pourrait s’arrêter d’ici une vingtaine d’années, selon de récentes études. Ce changement provoquerait des gros changements météorologiques, plus importants que ceux que nous observons actuellement. Il amènerait un refroidissement de l’Europe et un réchauffement supplémentaire de l’Afrique, Il me semble que la température pourrait alors y monter à plusieurs degrés au-dessus des 50°C récemment atteints.
Agir maintenant
Les émissions de gaz à effet de serre qui retiennent la chaleur doivent être réduites de près de moitié d’ici 2030 si l’on veut atteindre 1,5°C, l’objectif le plus ambitieux inscrit dans l’accord de Paris sur le climat de 2015. Pour l’instant, elles continuent d’augmenter.
Pour limiter le réchauffement à 1,5°C, les émissions doivent être nulles d’ici 2050, ce qui signifie équilibrer la quantité de dioxyde de carbone produite par rapport à la quantité que l’Humanité peut éliminer de l’atmosphère grâce à la technologie.
Ce processus, connu sous le nom d’élimination du carbone, devrait être massivement intensifié pour faire baisser les températures mondiales en cas de dépassement, ce qui est loin d’être garanti. Les auteurs estiment que nous avons besoin de retirer plusieurs centaines de gigatonnes de carbone de l’atmosphère. Mais cette solution n’est pas forcément réalisable, et seules des réductions d’émissions rapides semblent une solution efficace.
« Nous ne pouvons pas être sûrs que la baisse des températures après un dépassement soit réalisable dans les délais prévus aujourd’hui », ont écrit les auteurs.
Schleussner a déclaré que leurs conclusions renforçaient « l’urgence pour les gouvernements d’agir pour réduire les émissions maintenant et non plus tard, afin de maintenir le pic de réchauffement aussi bas que possible ».
Si la température monte trop haut, des écosystèmes sensibles pourraient succomber et l’adaptation deviendrait difficile. Il faudrait faire redescendre les températures en dessous d’un degré de réchauffement pour éviter le dépassement de seuils cruciaux pour l’équilibre de la planète.
(basé sur la publication dans Nature et l’interview d’afp)

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