Un climatologue nous a contactés pour partager avec le public les changements climatiques qui se produisent en France.  Il a constaté un réchauffement très rapide, particulièrement sur une période sensible pour la végétation. 

Vincent Cailliez, lauréat du prix André Prud’homme, décerné par la Société Météorologique de France (Météo et Climat), partage avec nous les conclusions de son travail. Pour le printemps, le changement climatique réel va bien plus vite que ne suggèrent les modèles physiques.  Les prévisions publiées par le GIEC en 2021 prévoyaient un réchauffement de 1,5°C en 55 ans de la moyenne des températures maximales, entre 1995 et 2050. Dans les faits, le climat change bien plus vite. En 35 ans, les journées du printemps sont déjà plus chaudes d’environ trois degrés (2.5-3.8°C) sur le Massif Central ainsi que sur une partie des Alpes et des Pyrénées. Cette divergence est présente sur l’ensemble de l’Europe de l’Ouest, avec un peu moins d’intensité en moyenne.

Les températures observées sont donc déjà beaucoup plus élevées que les indications du GIEC. Vincent Cailliez les compare aux prévisions de réchauffement sous scénarios d’émissions de GES moyen à fort (SSP4.5 à SSP7.0). Pour les premières dizaines d’années, les différences entre les trajectoires des deux scénarios du GIEC sont assez faibles, et la réalité les dépasse largement. C’est une information alarmante. Nous savons que le climat de l’Europe de l’Ouest change vite, mais les chiffres qui apparaissent ici sont encore plus élevés. J’espère qu’il ne s’agit que de variations saisonnières, limitées au printemps. Il est aussi possible que cela soit particulièrement marqué sur les zones de collines et de moyennes montagnes.

Ce rythme effréné suggère plus généralement que certains événements extrêmes prévus pour la fin du siècle, les inondations et les vagues de chaleur mortelles, pourraient se produire beaucoup plus tôt. 

Les écosystèmes locaux seront aussi perturbés bien plus vite, or nous en avons besoin pour le fonctionnement de la biosphère. 

Vincent Cailliez ajoute également que dans la mesure où nous ne réduisons pas les émissions de CO2 autant que le GIEC le recommande, alors la poursuite de ce réchauffement excessif sera un minimum de l’évolution à attendre au cours des prochaines décennies.

Projet de recherche et développement AP3C

Le projet AP3C s’est basé sur le réchauffement réel observé en France, et plus particulièrement sur le Massif Central. Il  a été lancé en septembre 2015 pour obtenir des informations localisées et diagnostiquer les effets locaux du changement climatique.  L’équipe a analysé les températures locales depuis 1980. Ils ont ensuite utilisé les perspectives relatives des modèles physiques globaux et les ont mises à jour avec les trajectoires réelles. En résumé, ils ont réalisé une « correction de pente », inédite en Europe au moins.

Ils concluent que si l’évolution se poursuit au rythme actuel, elle mènerait à +4°C en moyenne annuelle à la fin du siècle comme indiqué dans la trajectoire de référence TRACC qui s’applique désormais en France.

La couverture neigeuse se réduira à de nombreux endroits. Sa disparition aura un effet très fort sur les températures hivernales, l’effet d’albédo les fera beaucoup augmenter, donc le réchauffement serait le plus fort en hiver sur les zones impactées.

Les pluies diminueront en été au sud du Massif central. 

Au printemps, le bilan hydrique diminue beaucoup, jusqu’en dessous de -120 mm/50 ans des Cévennes au sud du Lot. C’est à cette saison que le changement sera le plus flagrant. De plus, les nappes phréatiques se rempliraient moins en hiver. 

Les températures diurnes du printemps sont un paramètre crucial pour le redémarrage de la végétation, et en conséquence pour la production agricole dans son ensemble. Les sécheresses précoces deviennent plus probables, et pourraient poser des graves problèmes pour les cultures. Le Sud-Ouest est particulièrement menacé, par une combinaison entre baisse des précipitations et hausse maximale de la demande évaporatoire, mais partout ailleurs la dégradation est néanmoins sensible. 

La végétation démarrera plus vite, surtout en altitude, où elle avancera jusqu’à un mois en 50 ans, en continuité de ce qui est déjà en train de se produire.

Le nombre de jours exceptionnellement chauds augmentera rapidement dans le sud.

Les conditions propices à la culture de la vigne, entre autres des cépages du type rosé de Provence, se déplaceront vers le nord, par contre le sud pourrait être trop chaud pour cette culture, dès 2050.

C’est ce climat qui règnera en France si la vitesse actuelle du réchauffement reste stable, et dans ce cas nous pourrions certes vivre des douces soirées d’avril mais nous serons déjà exposés à des vagues de chaleur, à des sécheresses et à des inondations. 

Points de basculement et seuils

Malheureusement, Vincent Cailliez alerte aussi sur le dépassement des points de basculement (irréversibles) et des seuils (théoriquement réversibles).  Selon lui,  il est très probable que le réchauffement ait déjà dépassé un palier et donc accéléré au début du 21ième siècle.

Il montre notamment le graphique de James Hansen, qui décrit une accélération observée dès 2010 et prévoit, à ce rythme, une température de +2°C en 2040 en moyenne mondiale.  Par ailleurs, les températures de la surface des océans semblent désormais augmenter de 0,25°C par décennie, ce qui implique que le réchauffement serait proche du maximum suggéré par James Hansen et représenté par l’entonnoir jaune sur le graphique.   

Durant les journées du printemps, et depuis une quarantaine d’années, la France se réchauffe 3 à 4 fois plus vite que prévu par le GIEC dans l’intérieur des terres à moyenne altitude, et 2 à 3 fois plus vite ailleurs. Vincent Cailliez suggère que ces divergences s’accroîtront encore à l’avenir, parce que les modèles ne peuvent intégrer des enchainements de points de basculement que selon lui nous franchissons dès maintenant.  Il cite la banquise antarctique dont la taille se réduit beaucoup, ce qui suggère le passage d’un point de basculement mondial.  Cette immense étendue de glace reflète les rayons du soleil. Sa fonte facilitera l’absorption de chaleur par l’océan. 

La  concentration de méthane atmosphérique augmente aussi de plus en plus vite. Ce puissant gaz à effet de serre est émis par les activités industrielles, par le bétail, les rizières, le permafrost des montagnes et des régions polaires, ainsi que par les marges des océans. 

Le 6 janvier, un éditorial de Nature, important journal scientifique, discutait aussi l’accélération du climat et un point de basculement possible, la disparition des nuages.  C’est une inquiétude importante pour les chercheurs du domaine. La déstabilisation de ces éléments, de la banquise antarctique, des émissions de méthane, et de la couverture nuageuse, accélérerait le changement qui déréglerait d’autres éléments du système Terre, et ainsi de suite en une boucle infernale. 

Le fait qu’un climatologue nous contacte pour partager ces informations nous renseigne aussi sur la gravité de la situation climatique. L’agriculture sera perturbée beaucoup plus que prévu, la population sera en danger,  l’évolution future est incertaine et très inquiétante. Nous devons nous atteler en priorité à la sauvegarde de nos conditions de vie sur Terre. 

Conférence de Vincent Cailliez: https://www.youtube.com/watch?v=5nT37brm_BY

Extrait de la conférence: https://www.youtube.com/watch?v=_2GeNsOJC7Q&t=102s

Projet AP3C: https://www.sidam-massifcentral.fr/developpement/ap3c/

Feuillet de prévisions AP3C: https://www.sidam-massifcentral.fr/wp-content/uploads/2022/01/AP3C-16p-A5-CLIMAT-V2-1.pdf


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Une réponse à « Le cri d’alarme d’un climatologue français  »

  1. Avatar de marcblasband
    marcblasband

    Chère Dorota, Merci de cet émail. Tu renforces mes craintes et mes inquiétudes. Je ne parviens pas à convaincre. On me dit que faire peur est contre-productif. * *Alors, si tu le permets, je reprends une de tes prédictions, nous jouirons de chouettes soirées d’avril et j’oublie tout le reste.

    Sur la musique de: Tout va très bien madame la marquise.

    Merci encore et amitiés.

    Marc

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