Risques d’accélération du climat

L’élection de Donald Trump n’influera peut-être pas beaucoup sur le réchauffement climatique.  C’est bien sûr une tragédie pour les bénéficiaires de l’aide humanitaire américaine. Je vois aussi qu’il supprimerait les tickets alimentaires, et la sécurité sociale Medicare mise en place par Obama, ce qui posera un immense problème aux Américains pauvres. Hier, il renvoyait les membres du ministère de la justice qui avaient poursuivi les assaillants du Capitole, ce qui le définit vraiment comme un dictateur qui s’entoure uniquement de ses sbires.

« Drill, baby drill » par contre, brille surtout par son absurdité. Le climat change très vite et les énergies renouvelables s’imposent trop lentement au niveau mondial. Pendant ce temps, le gaz carbonique s’accumule dans l’atmosphère, et les températures montent.

Les déclarations incohérentes de Trump à ce sujet seront bientôt balayées par quelques tempêtes. Le problème du climat deviendra alors évident pour tous. 

En 2023, James Hansen calculait que la vitesse de changement actuelle nous menait à 2°C de température mondiale vers 2040 (voir figure ci-dessous).

De plus, de nombreux climatologues, comme Vincent Caillez cité dans le blog précédent, s’inquiètent du déclenchement de boucles de rétroaction.

En 2023 et 2024, la glace de mer Antarctique s’est réduite, ce qui a provoqué une diminution d’albédo et une absorption accrue de lumière du soleil. Ce changement pourrait fluctuer d’année en année, mais certains craignent qu’il ne s’installe durablement (Purich et Doddridge).

En 2023, la végétation mondiale a capté moins d’un quart du carbone qu’elle absorbait habituellement. Les sécheresses et les maladies ont réduit sa croissance, et les feux ont relâché une grande quantité de CO2 dans l’atmosphère. Le cycle de carbone naturel est altéré. Je crains que cela ne continue.

Un autre changement s’est produit en 2023. La couverture de nuages bas a diminué dans l’hémisphère Sud. Ils réfléchissaient habituellement les rayons du soleil, et leur absence a augmenté la température de la Terre. Si cette réduction est due au réchauffement, elle pourrait se poursuivre.

La diminution du nombre de nuages bas, de la glace de mer Antarctique et le dépérissement de la végétation pourraient tous les trois accélérer le réchauffement (Nature). Si les boucles de retroaction se mettent en place, alors le climat changera plus vite même que James Hansen ne l’annonçait. Nous devons nous intéresser d’urgence aux conséquences d’un réchauffement de 2°C et même de 3°C pour les années 2040, et prévoir au moins des procédures d’évacuation.

Conséquences extrêmes

Les effets d’un réchauffement de 2°C seraient extrêmement graves.  Ils sont partiellement décrits dans le rapport du GIEC intitulé 1.5°C, qui compare ces deux températures (site). Le nombre de personnes exposées à des vagues de chaleur mortelles, ainsi que d’espèces et d’écosystèmes en danger, doublerait. Les inondations seraient plus fréquentes et plus graves.

Une étude s’est intéressée aux records de chaleur que nous pourrions vivre bientôt (Fischer, Sippel, Knutti). Les modèles climatiques ont calculé les événements météorologiques extrêmes dans un climat plus chaud. Ils ne prévoient pas d’augmentation régulière, mais plutôt des événements exceptionnels, inconnus au cours du dernier millier d’années, qui surviendront parfois, soudainement, et frapperont de plus en plus souvent.

Nous sommes entrés dans l’ère des nouveaux records climatiques. Maintenant, il y a environ une chance sur cinq qu’un record de chaleur dépasse le précédent de quelques degrés. J’invente des chiffres pour illustrer ces propos: un pays qui a subi une vague de chaleur exceptionnelle à 40°C atteindra 44°C quelques années plus tard, et pourrait voir quelques jours à 48°C une décennie plus tard.

Certains épisodes calculés par ces modèles climatiques paraissent encore plus spectaculaires, avec onze degrés de plus que la normale, et huit degrés de plus que la pire canicule précédente, dans la région de Chicago. Le Nord-Est de l’Amérique et le Nord de l’Europe semblent particulièrement exposés. Ensuite, des chaleurs croissantes frapperaient la Terre (Fischer, Sippel, Knutti, figure ). Nous voyons déjà quelques événements exceptionnels chaque année.

Des pluies diluviennes se produiraient aussi, plus fortes que les records actuels. Des événements semblables apparaissent aussi dans d’autres études, entre autres au-dessus de l’Europe Centrale. Les victimes pourraient être nombreuses. Dans les villes européennes, les projections actuelles suggèrent 2,3 millions de décès dus à la chaleur, que la prévention pourrait éviter (Nature 2025).

Si les boucles de rétroaction positive accélèrent le réchauffement, si nous nous approchons de +3°C, le risque de ces événements augmente, et nous pourrions en voir des plus graves.

Les conséquences humaines et économiques seront colossales. Le transport mondial de biens serait de plus en plus souvent interrompu, la production locale serait plus résiliante.

Plusieurs axes de solutions pourraient être adoptés: 

  • Limiter d’urgence l’aviation, solution possible à mettre en place en quelques jours.
  • Arrêter les usines polluantes et peu utiles. Dans cette perspective, la réduction actuelle d’investissements en Chine est plutôt une bonne nouvelle qui pourrait déboucher sur une diminution des émissions de carbone mondiales.
  • Limitation de la consommation de viande, accompagnée du développement d’une végétation luxuriante partout où c’est possible.  La réduction de la taille des troupeaux  devrait probablement se faire graduellement, sur quelques années, les arbres captent le aussi le carbone après quelques années. Le bambou et les hautes herbes sont efficaces plus vite, et ces plantes pourraient être utilisées en cas d’urgence. Les aliments végétaliens devraient être disponibles au plus vite à très bas prix.
  • Il faudrait aussi limiter les constructions en béton.

Le climat apportera bientôt des événements extrêmes. Notre civilisation change déjà, mais elle devra faire face au monde physique nouveau que nous avons provoqué. Nous devons en être conscients et préparer autant que possible nos autorités et la population.

Addendum: Ce blog résume une étude de Fischer, Sippel et Knutti et mais contient surtout mon opinion personnelle, un scénario négatif d’accélération du réchauffement climatique.


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2 réponses à « 2 ou 3 degrés en 2040 avec les boucles de rétroactions positives »

  1. Avatar de Géd

    « Limiter d’urgence l’aviation, solution possible à mettre en place en quelques jours. »

    Ne rêvez pas.

    Prochain objectif du trafic aérien : 5 milliards de voyageurs, un nouveau record en vue !

    J’ai toujours « prédit » un réchauffement de +3°C à l’horizon 2100, je pense aujourd’hui qu’il s’agit d’une hypothèse basse.

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  2. Avatar de observant418335d4d3
    observant418335d4d3

    bonjour Dorota,

    penser que les tempêtes balaieront les derricks de Trump est assez osé.

    il suffit de voir comment sont interprétés les feux de Los Angeles.

    chaque jour, les chiffres nous montrent que les modèles sont dépassés.

    les émissions de GES croissent, les océans peinent à absorber les excédent de chaleur, l’Albedo se réduit avec les banquises.

    des scientifiques demandent une gouvernance mondiale pour envisager sérieusement la geo ingenierie qui se profile de plus en plus comme la seule solution pour enrayer ce cercle infernal.

    eh ben, c’est pas gagné l’histoire !

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