Il est désormais officiel que l’objectif de 1,5 °C fixé par l’Accord de Paris sera dépassé. Pourtant, ce seuil reste essentiel pour la stabilité de la planète, et les climatologues recommandent de le viser à long terme. Chaque dixième de degré supplémentaire nous ferait entrer davantage dans une « météo de science-fiction ». Les experts soulignent également les risques de points de bascule climatiques irréversibles, comme l’effondrement de la circulation océanique ou la disparition des récifs coralliens, et demandent que leur prévention soit clairement poursuivie. Le scientifique Tim Lenton appelle à agir d’urgence pour éviter un enchaînement de catastrophes.

Par ailleurs, l’agriculture ne peut ignorer le climat. « L’agroalimentaire est confronté à un défi urgent : gérer les risques causés par les événements climatiques extrêmes. La menace croissante des sécheresses et des vagues de chaleur extrême met à l’épreuve les limites des approches traditionnelles de gestion des risques, et exige un nouveau niveau de résilience pour protéger les moyens de subsistance agricoles et l’approvisionnement alimentaire. » Jim Shea, GIEC, COP30.

Le changement climatique modifie déjà les rendements des cultures, la productivité du bétail, la disponibilité en eau et le fonctionnement des écosystèmes. Ces impacts affectent directement la sécurité alimentaire, les moyens de subsistance, la nutrition et la biodiversité. Renforcer la résilience est donc essentiel pour préserver le bien-être des populations, des économies et des écosystèmes (6ième rapport du GIEC).

La chaleur extrême cause de nombreux problèmes à plus d’un milliard d’agriculteurs, peut mener à la perte de toute la récolte pour certains, ou de 50% de la production agricole d’un pays. Les agriculteurs sont 35 fois plus exposés à la mort de chaleur que la moyenne de la population. Pour s’y adapter, ils peuvent employer des couverts végétaux et des variétés résistantes.

L’agriculture et l’alimentation produisent le tiers de nos émissions de carbone. La déforestation se réduit, alors que la part des émissions des intrants de l’agriculture augmente (FAOSTAT GHG Emissions from agrifood systems The 2025 Update). La FAO suggère donc d’améliorer la gestion du carbone dans les terres agricoles, la culture du riz, la résilience aux événements extrêmes, la digestion du bétail, et de restaurer les marais salins (IPCC-FAO à la COP30).

Il faut désormais compléter la réduction des émissions par des solutions de capture du carbone. Le chercheur Johan Rockström avertit qu’il serait nécessaire de retirer 10 milliards de tonnes de CO₂ par an de l’atmosphère pour limiter le réchauffement à 1,7 °C. Des technologies coûteuses, comme la capture directe, seraient requises en parallèle de réductions massives des émissions. La reforestation demeure la méthode la plus abordable, mais elle comporte des limites. Le coût global de ces stratégies est estimé à 1 000 milliards de dollars par an.

Entre les mille solutions possibles pour le climat, le GIEC analyse maintenant toute une liste de technique de capture du carbone atmosphérique, je vous en donne la liste ci-dessous. Occupons-nous en vite !

1. Afforestation, reforestation, et gestion des forêts

Plantation de forêts sur des terres non boisées (afforestation) ou reboisement d’anciennes forêts (reforestation). La gestion forestière améliorée optimise la santé des forêts existantes pour accroître le stockage de carbone. Méthode naturelle et peu coûteuse, mais limitée par la disponibilité des terres.


2. Agroforesterie

Les arbres sont combinés avec les cultures ou les pâturages sur une même parcelle agricole. La séquestration du carbone dans la biomasse et dans les sols va de pair avec une meilleure productivité. Ce savoir apporte aussi des co-bénéfices pour la biodiversité et la résilience climatique, car l’ombre protège les cultures du soleil.


3. Séquestration dans les sols agricoles et les prairies

Plusieurs pratiques agricoles (rotation, couverture végétale, non-labour) augmentent le stockage de carbone dans les sols. Elles sont applicables à grande échelle et peu coûteuses, mais sensibles aux changements de pratiques. La conservation du carbone à long terme n’est pas toujours garantie.


4. Biochar

La biomasse, herbe ou tiges des cultures agricoles, est transformée en charbon (biochar) via pyrolyse, puis incorporée aux sols. Cela améliore la fertilité des sols et fixe durablement le carbone pendant des siècles.


5. Enhanced weathering

Il s’agit de l’épandage de roches silicatées ou ultramafiques broyées sur les sols pour accélérer leur réaction avec le CO₂ atmosphérique. Ce processus naturel transforme le CO₂ en minéraux stables.


6. Restauration des tourbières et des marais salins

Ces écosystèmes stockent d’énormes quantités de carbone sur le long terme.


7. Biomasse des marais et sous-marine

La croissance de plantes aquatiques, mangroves, algues et herbiers marins, peut être favorisée pour capter le CO₂. La photosynthèse marine entraîne une capture rapide, et le stockage se réalise naturellement, dans les sédiments des fonds marins.


8. Fertilisation des océans

Ajout d’éléments nutritifs (comme le fer) pour stimuler la prolifération du phytoplancton, qui absorbe le CO₂. La technique est basée sur le cycle biologique océanique naturel, mais très controversée, car elle pourrait perturber les écosystèmes océaniques.


9. BECCS (Bioenergy with Carbon Capture and Storage)

Production d’énergie à partir de biomasse, avec capture et stockage souterrain du CO₂ émis.
Elle permet de produire de l’énergie en partant de ressources simples, telles que l’herbe, tout en retirant du CO₂ de l’atmosphère.


10. Capture Directe (DAC)

Le CO₂ peut être extrait directement de l’air, par filtration par des machines et des usines spécifiques, comme Climeworks. Le gaz peut être stocké ou réutilisé. Cette technologie très prometteuse, mais énergivore et encore très coûteuse. Elle requiert un déploiement massif pour avoir un impact global.


11. Extraction directe du CO2 (direct removal from water bodies) 

Le gaz peut aussi être traité par filtration des océans ou des lacs, ce qui réduirait l’acidification et augmenterait leur capacité d’absorption. Cette méthode émergente complémenterait la capture atmosphérique.

12. Alkalinisation de l’eau

L’ajout de minéraux alcalins, par exemple de soude, dans les océans neutralise l’acidité. Il ralentit l’acidification et augmente la capacité des océans à absorber du CO₂.  L’impact écologique de cette technique est encore mal compris, et des évaluations à grande échelle sont nécessaires.

13. Enhanced oil, gas or coalbed methane recovery

Il est aussi possible d’injecter le CO₂ dans des réservoirs pour extraire plus de pétrole, gaz ou méthane. Cela permet de stocker le gaz en profondeur tout en extrayant des ressources fossiles. Cette solution est transitoire et controversée car elle prolonge l’exploitation d’énergies fossiles.


14. Carbonation

Il s’agit d’une réaction du CO₂ avec des minéraux ou matériaux (comme le béton) pour le piéger sous forme solide. Elle mène à un stockage durable sous forme de carbonates, souvent intégrés aux industries du ciment. L’ utilisation est limitée mais intéressante dans les secteurs de la construction.


15. Captation du CO₂ dans les stations d’épuration d’eaux usées CDR/CCUS

Le gaz carbonique peut incorporé à des molécules chimiques stable et utile (comme le béton) pour le piéger sous forme solide. il est donc stocké durablement sous forme de carbonates, souvent intégré aux industries du ciment. Cette solution est limitée mais intéressante pour le secteur de la construction.


16. Autres produits durables de biomasse

Le bois et les autres biomasses permettent aussi d’emmagasiner du carbone dans des produits à longue durée de vie (meubles, matériaux).


17. Production d’objets contenant du CO2

Le CO₂ peut être utilisé comme matière première pour fabriquer plastiques, carburants, produits chimiques. Cela permet de le recycler plutôt que de l’émettre. La durée de stockage dépend du cycle de vie des produits créés.


18. Utilisation d’objets contenant du CO2

Le gaz peut aussi être réutilisé sous forme de produits alimentaires, gaz industriels, ou procédés chimiques utilisant du CO₂. Il ne s’agit pas d’une séquestration permanente, mais réduit les émissions nettes à court terme, et peut participer à l’économie circulaire.


Les experts comme Christiana Figueres estiment que la décarbonation mondiale est désormais irréversible, mais le dépassement du seuil des 1,5 °C impose une transformation urgente de nos stratégies climatiques. Leur déploiement des techniques de capture de carbone aidera à éviter des bouleversements irréversibles. Ces solutions sont souvent très simples. Je préfère les arbres et l’enrichissement des sols, qui apportent des nombreux co-bénéfices. La végétation peut absorber le gaz carbonique partout sur la Planète, dès demain, à faible coût.

Une réponse à « La capture du carbone à l’ordre du jour de la COP30 »

  1. Avatar de roetjas
    roetjas

    Même si Christiana Figueres estiment que la décarbonation mondiale est désormais irréversible, la décarbonation mondiale est si marginale actuellement, qu’elle ne sera jamais suffisante pour empêcher un emballement climatique dans la seconde partie du siècle. Depuis la révolution industrielle, l’économie a toujours eu la priorité sur l’écologie. Je peux paraitre négatif dans mon commentaire et pourtant je suis biologiste de formation et passionné par la beauté de la nature. Je ne fais que constater les faits en regardant la courbe de l’évolution croissante de la concentration du CO2 mondiale pour s’en convaincre au premier coup d’oeil. https://gml.noaa.gov/ccgg/trends/

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