Le réchauffement climatique a dépassé le seuil de +1,5°C pendant douze mois consécutifs. Cela marque un moment d’une gravité particulière dans l’histoire climatique contemporaine. Les plus grands climatologues européens pensent que ce dépassement pourrait être durable. 

Même si, formellement, l’objectif de l’Accord de Paris se mesure sur une moyenne de température de vingt ans, le fait qu’une année entière ait franchi cette limite suggère que le changement du climat pourrait déjà avoir atteint, voire dépassé, le seuil fixé comme garde-fou.

La relation entre CO₂ et température est solidement établie les mesures récentes comme par les reconstructions paléoclimatiques. 

Cependant, au-delà de cette corrélation, un phénomène plus inquiétant se dessine : le réchauffement semble lui-même s’accélérer. Le rythme est passé à environ +0,31°C par décennie aujourd’hui. Il pourrait bientôt provoquer des conséquences sévères. Les basculements de la Biosphère en cascade deviennent plus probables. 

Nous devons donc sauver la Planète rapidement. Plus la température augmente vite, moins il reste de temps pour stabiliser le climat.

Une partie de l’accélération récente s’explique par la diminution des aérosols atmosphériques. Les chaudières à charbon et mazout émettent du gaz carbonique qui réchauffe la Terre pendant une centaine d’années, mais aussi des aérosols qui la refroidissent pendant quelques mois. Actuellement nous subissons l’effet du CO2 des années passées mais les aérosols diminuent, donc il faut plus chaud au cours de cette décennie. 

D’autres changements inquiétants apparaissent et s’installent. Les nuages changent, la réflectivité (la couleur) de notre Planète change à cause de la fonte des glaces, et les plantes souffrent maintenant du changement climatique, surtout des sécheresses, donc les écosystèmes absorbent maintenant moins de gaz carbonique.

Plusieurs composantes du système Terre, telles que les glaces ou les forêts,  pourraient être plus proches de la déstabilisation qu’on ne le pensait auparavant. 

Cette prestigieuse étude indique que certains éléments critiques, tels que la calotte glaciaire groenlandaise, la calotte antarctique occidentale, l’Amazonie ou le pergélisol boréal, pourraient franchir des seuils critiques à des niveaux de réchauffement relativement modestes.

Les processus en jeu sont considérés comme les précurseurs d’une potentielle “hothouse trajectory”, trajectoire vers une terre-étuve,  à une température de 4-5°C plus élevée que la Terre du 19ième siècle.  Les conséquences seraient dramatiques. Certains ont estimé qu’une telle Planète, plus chaude, soumise à des intempéries monstrueuses, pourrait nourrir seulement un demi-milliard ou un milliard de personnes. 

Même si actuellement nous nous dirigeons dans cette direction, ce changement sera lent et nous pouvons réagir. 

A un certain moment, le réchauffement pourrait s’auto-entretenir, les feux de forêts réchaufferaient la Planète ce qui provoquerait plus de brasiers, etc.

Plusieurs mécanismes physiques illustrent ce risque. La fonte de la neige et des glaces réduit l’albédo de la surface terrestre, ce qui augmente l’absorption de chaleur solaire. 

Le dégel du pergélisol libère du méthane et du dioxyde de carbone, renforçant l’effet de serre. 

Le dépérissement forestier diminue la capacité des écosystèmes à absorber le carbone atmosphérique, tout en libérant le carbone stocké.

 La perte de carbone des sols contribue également à amplifier le réchauffement. 

Certains processus, comme l’effet d’élévation des calottes glaciaires, possèdent un potentiel d’emballement particulièrement marqué. Le sommet de hautes montagnes de glaces est généralement exposé à des température très froides, Mais lorsque la surface des calottes s’abaisse sous l’effet de la fonte, elle se trouve exposée à des températures plus élevées, ce qui accélère encore la fonte dans un cercle vicieux.

Ces éminents scientifiques citent  des reconstructions des climats anciens qui suggèrent que la sensibilité du système Terre au doublement du CO₂ pourrait être nettement plus élevée.

La sensibilité du système Terre à long terme pourrait atteindre environ 8,2°C par doublement

 Dans ce cas, l’effet de serre actuel mènerait déjà la Terre à 4.8°C de réchauffement.  A priori cela ne se produira pas demain, plutôt à une échelle de centaines ou des milliers d’années mais cette nouvelle étude n’avance plus aucune date. J’ai l’impression qu’au vu des changements récents de la Planète, ils ne sont plus sûrs du temps qui nous reste. 

L’ensemble de ces éléments converge vers un constat préoccupant. Si le rythme actuel de réchauffement se maintient, les niveaux de température associés à des impacts graves et à des cascades de basculement pourraient être atteints plus tôt que prévu

Nous ne connaissons pas les seuils exacts de nombreux points de bascule. Néanmoins, le dépassement de 1,5°C, augmente la probabilité que ces basculements se produisent. Dans ce contexte, l’incertitude ne saurait être interprétée comme un facteur rassurant. Elle constitue au contraire une raison supplémentaire d’agir rapidement. Plus le système se rapproche des seuils critiques, plus la marge de manœuvre pour arrêter une trajectoire de Terre étuve se réduit.

D’autres sources suggèrent que nous les avons déjà dépassé, par exemple les glaces de l’Antarctique -Ouest pourraient continuer à fondre à la température actuelle de la Terre et des océans. 

A mon avis, cela ne signifie pas que nous avons perdu la bataille pour la vie de l’Humanité sur Terre. D’une part, si nous nous engageons dans un trajectoire qui mène à une Terre étuve de 4-5°C plus chaude, nous pouvons en sortir. Même si des forêts brûlent et émettent du gaz carbonique spontanément, nous pouvons augmenter le nombre et l’échelle des solutions pour le capter.

Je pense que c’est l’avenir. Nous devons immédiatement développer des solutions pour réduire les émissions, capter le carbone et maîtriser l’effet de serre. Nous devrons bientôt les utiliser.

Publication: https://www.cell.com/one-earth/fulltext/S2590-3322%2825%2900391-4


En savoir plus sur global-climat

Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.

Une réponse à « Allons-nous vers une Terre-étuve? »

  1. Avatar de roetjas
    roetjas

    Bonjour, vous mentionnez ceci:  »que l’effet de serre actuel mènerait déjà la Terre à +4.8°C de réchauffement et à priori que cela ne se produira pas demain, plutôt à une échelle de centaines ou des milliers d’années mais cette nouvelle étude n’avance plus aucune date. J’ai l’impression qu’au vu des changements récents de la Planète, ils ne sont plus sûrs du temps qui nous reste. » J’ai beaucoup de difficulté à bien comprendre. Selon MétéoSuisse, dans le scénario le plus émetteur (appelé SSP5-8.5), +2 °C pourrait être atteint vers 2040. James Hansen (un scientifique climatologue bien connu qui a alerté dès les années 1980 sur le réchauffement) et ses collègues ont publié une analyse selon laquelle, dans leur modèle, le réchauffement pourrait atteindre environ +2 °C autour de 2045 si aucune action forte n’est entreprise. Alors pourquoi +4.8°C de réchauffement ne serait atteint qu’en terme de centaines ou des milliers d’années vu la vitesse rapide à laquelle le réchauffement climatique se produit ?

    J’aime

Laisser un commentaire