Consommons local – diminuons l’usage du pétrole et les émissions de carbone

Le climat a accéléré sa course. Nous nous rapprochons des points de bascule susceptibles de provoquer des changements brutaux. Les travaux récents montrent que certains de ces seuils pourraient être atteints entre 1,5 °C et 3 °C de réchauffement, entraînant des transformations abruptes et irréversibles des écosystèmes, des forêts, des océans, et, avec eux, des sociétés humaines.

Le monde serait alors très différent. À 2 °C ou 3 °C , les impacts ne s’additionnent pas, ils se multiplient. L’agriculture devient difficile dans de nombreuses régions, soumise à des sécheresses, des vagues de chaleur ou des perturbations hydrologiques qui franchissent elles aussi des seuils critiques. Les systèmes alimentaires, déjà fragiles, pourraient connaître des ruptures en chaîne. La mortalité humaine augmenterait énormément à cause des catastrophes croissantes mais aussi par une dégradation structurelle des conditions de vie, notamment de l’agriculture. Les plus grands climatologues craignent donc des victimes par milliards d’ici vingt-cinq ans (voir blogs précédents). Les conséquences seraient très graves partout dans le monde, des catastrophes frapperaient les villes et les routes, personne ne serait vraiment en sécurité. Les mesures d’adaptation proposées en Europe incluent de renforcer les murs et les fondations de vos maisons, des barrages, et le déplacement dans des zones plus sûres. Elles seraient très couteuses, bien plus qu’une augmentation de prix du pétrole.

Et là plusieurs solutions se mettent soudainement en place. Ici, le Danemark invite ses citoyens à laisser leur voiture au garage. Là, l’Agence Internationale de l’Energie recommande de limiter l’usage du gaz et des transports les plus émetteurs, routiers ou aériens. Elle suggère aussi le télétravail. Ailleurs encore, aux Philippines ou dans plusieurs pays d’Asie, la semaine de quatre jours ou des congés sont imposés pour réduire l’usage du pétrole. Ces mesures qui répondent à la pénurie du pétrole pourraient sauver les milliards de personnes, les nations que nous condamnons par notre course effrénée. Dans un illogisme fascinant et irresponsable des gouvernements actuels, ils mettent en place pour des questions de prix des mesures qui pourraient sauver la vie de plusieurs pays.

La réduction du trafic entraîne immédiatement une baisse des émissions de carbone. Et contrairement à d’autres transformations plus lourdes, elle ne requiert ni innovation technologique majeure ni investissement colossal : elle repose sur des décisions relativement simples, déjà expérimentées, et possibles aujourd’hui.

Reste une tension essentielle : celle de l’énergie. Le pétrole, dont on cherche à sortir, demeure encore un pilier de l’agriculture. Sans lui, pas de fertilisants à grande échelle, pas d’agriculture industrielle, pas de logistique alimentaire mondialisée. Une pénurie grave de pétrole diminuerait la production alimentaire cette année. Toute la difficulté est là : organiser une décroissance sélective. J’ai l’impression qu’il faudrait assurer l’approvisionnement en pétrole des agriculteurs, et non pas le prix à la pompe.

Nous pouvons réduire nos trajets automobiles et aériens pour sauvegarder le pétrole et le climat. Nous pouvons réduire les transports liés à notre consommation. Choisir les produits locaux, par exemple, ce n’est pas seulement soutenir une économie de proximité : c’est réduire des chaînes logistiques longues, vulnérables et fortement émettrices. Un produit alimentaire transformé peut aujourd’hui traverser plusieurs continents avant d’arriver dans une assiette – des crevettes pêchées en mer du Nord, décortiquées en Asie, puis revendues en Europe. Dans certains cas, des fruits sont même envoyés à l’étranger pour être transformés (épluchés, découpés, emballés), puis réimportés .

Même le quotidien le plus banal – un yaourt aux fruits, un plat préparé – devient ainsi le résultat d’une logistique éclatée, où chaque ingrédient a son propre itinéraire, parfois sinueux, souvent invisible.

À l’inverse, une alimentation fondée sur des produits locaux et de saison réduirait la consommation de pétrole. Il en va de même pour les objets : acheter moins, choisir des biens durables, préférer l’occasion – autant de pratiques qui réduisent les transports dans sans diminuer nécessairement. L’économie locale en profiterait aussi.

Nous pouvons donc nous aller au marché local et découvrir les fruits et les légumes qui y apparaissent après une semaine ensoleillée. Il faudrait commencer par là : un marché, un matin encore frais. Les légumes portent encore les traces de leur sol, et les fromages ont le goût de l’herbe des prairies. Il faudrait acheter les magnifiques tomates exposées, et aussi les petites, moches, cabossées , empilées dans la caisse du bas. Une telle alimentation améliore le lien social et le bien-être, nous voyons et sentons la nourriture avant de l’acheter, et les plats locaux de saisons ont permis à nos ancêtres de survivre depuis des millénaires. Dans les marchés, nous redécouvrons les légumes et les herbes négligés aujourd’hui, dont nous avons oublié les bienfaits.


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1 commentaire
  1. Bonjour Dorota,

    Malheureusement les choses ne sont pas si claires et si segmentées !

    La preuve : vendredi, au marché, il y avait des melons charentais … qui venaient du Sénégal. Et non, je n’ai pas confondu avec Auchan ou Intermarché.

    Les clémentines viennent souvent d’Israël, le raisin d’Afrique du Sud, les avocats en ce moment d’Espagne, etc …

    Le seul moyen serait de renchérir le cout du transport mais personne ne veut de cela !

    Donc allons y gaiement !

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