Immenses inondations et sécheresses possibles à +2°C


Ces dernières années ont apporté une succession de catastrophes dans de nombreux pays, des vagues de chaleur extrêmes, des graves inondations, des tempêtes et des glissements de terrain. Ces événements dépassent parfois les prévisions formulées dans le rapport du GIEC.  Les chiffres qui y dont cités proviennent des calculs de plusieurs modèles climatiques. Et lors de la préparation du rapport, les scientifiques ont choisi de citer la médiane (valeur proche de la moyenne) des résultats de tous ces programmes.  

Une approche nouvelle publiée (Bevaqua et, Nature 2025)  considère les résultats de chacun des modèles. Par ailleurs, elle se concentre sur les conséquences les plus graves pour l’Humanité. Elle analyse le risque de sécheresses dans le régions agricoles les plus importantes pour l’alimentation mondiale, et celui d’inondation dans les régions les plus peuplées.  On pourrait y ajouter les vagues de chaleur mortelles. 

Inondations

Les scientifiques se sont concentrés sur les pluies longues, qui durent jusqu’à cinq jours, et à la plus grande quantité d’eau qu’elles pourraient déverser par année (Rx5d). De tels perturbations longues provoquent des crues des rivières et l’inondation de grands territoires.  A + 2°C, les différents modèles prédisent une augmentation allant de 4% à 15%. Quasiment toute la planète semble concernée par ces pluies supérieures au passé. Tous les pays pourraient voir des précipitations plus fortes. Les conséquences seraient très graves, parce que l’effet sur les inondations est exponentiel, chaque augmentation des précipitations les aggrave beaucoup. Je crois que Paris ou Londres pourraient être touchées. Le changement le plus impressionnant se concentre sur le sud du Sahara, le Mali, le Niger, peut-être le Sud de la Libye, ainsi que sur le Sud de la péninsule arabique, le Yemen et l’Oman (figure 2).   Ces effets y sont  déjà bien visibles, le Yemen a connu des inondations répétées, le fleuve Niger est sorti de son lit plusieurs fois au cours des dernières années. 

Selon les prévisions du GIEC, les catastrophes qui se produisaient tous les cent ans pourraient survenir tous les dix ans. Nous pourrions voir des méga-inondations. Les extrêmes pour +4°C dépasseraient les événements connus de l’Humanité. Ils menacent les infrastructures et les chaînes d’approvisionnement.

J’ai l’impression que les pluies les plus fortes pourraient même augmenter plus. La valeur des précipitations maximales annuelles ne nous renseigne pas vraiment sur la possibilité d’un événement rare qui se produirait tous les cinquante ans, et provoquerait une inondation grave d’une ville ou d’un pays. L’ouragan Harvey a apporté plus de mille millimètres de précipitations aux Etats-Unis, une augmentation jusqu’à 40%, les pluies tombées sur le Pakistan en 2022 ont été jusqu’à 50% supérieures au maxima précédents, l’inondation en Europe en 2021 ou le cyclone Daniel  en 2022 ont aussi  dépassé les valeurs indiquées dans l’article. Un des plus grands experts mondiaux, Kevin Trenberth, a mentionné qu’il constatait une augmentation autour de 30% par degré de réchauffement. Je crois qu’il faut inclure de tels événements pour bien prévoir les risques pour les populations et pour les infrastructures. L’inondation la plus forte constitue la plus grave menace. Il serait aussi intéressant de savoir quels événements réels sont correctement trouvés par ces modèles, et lesquels les dépassent encore. 

Les auteurs écrivent dans l’article que les modèles devraient être améliorés. Ils ont utilisé la génération CMIP6 du 6ième rapport du GIEC, et reconnaissent que la récente septième génération de modèles pourrait donner des résultats plus précis, plus élevés. De plus, au cours de ces dernières années, le climat a changé la météo de plusieurs façons dont une partie seulement est répercutée cette septième série des modèles.

Ce travail parallèle n’intègre pas non plus l’étude de 2025 de Michael Mann qui a constaté une forte augmentation d’événements extrêmes dans les régions tempérées, notamment en Europe, causée par des changements de courants atmosphériques.  En tenant compte des événements rares et des observations d’autres scientifiques, les inondations à +2°C pourraient donc dépasser les prévisions de cette étude.

Sécheresses 2 > 4

Les chercheurs ont aussi calculé l’augmentation des sécheresses, qui nous donne des renseignements essentiels sur la production des aliments dans le monde.

Dans leur calcul,  plusieurs modèles prédisent une fréquence des sécheresses plus élevée à +2°C que ce qui avait été annoncé à +4°C. Les prévisions du rapport du GIEC pour cette température indiquaient que plus de la moitié des terres, et la majorité des terres agricoles, pourraient alors être touchées par des sécheresses, et que la production alimentaire pourrait diminuer d’un tiers, et même plus les mauvaises années. Selon la nouvelle étude, plusieurs régions subiraient des sécheresses la plupart du temps (fréquence > 70%), notamment le Nord de l’Afrique, le Sud de l’Europe, le centre de l’Amérique du Nord et le Nord de l’Amérique du Sud (figure 3).   Là aussi, ces changements sont déjà visibles maintenant. Ils auraient des graves conséquences pour l’alimentation de l’Humanité. Celles-ci pourraient éventuellement être compensées par une alimentation végétale ou l’irrigation.  Dans dix ou quinze ans nous pourrions atteindre ce niveau de réchauffement et vivre des événements plus graves que ceux annoncés pour 2100 dans le pire scénario publié par le GIEC.

Le risque d’incendies de forêt semble aussi plus important, ce qui correspond mieux aux immenses feux qui ont dévasté ces dernières années l’Australie, le Canada ou la Sibérie.  

Les sécheresses et les feux sont bien sûr provoquées par l’aggravation des vagues de chaleur, mais les chiffres de celles-ci ne sont pas publiées ici . J’aimerais voir ces températures, car elles pourraient rapidement menacer directement les populations.

Ce printemps, les prévisions annoncent un nouveau phénomène El Nino, donc une ou deux années chaudes. Plusieurs scientifiques pensent que l’année 2027 atteindra des nouveaux records de chaleur avec des conséquences record pour l’Humanité. Selon Jennifer Francis, nous pourrions même voir des records successifs en 2026 et en 2027. Au dernières nouvelles, il pourrait même s’agir d’un super-El Nino, très chaud, selon Yale Climate Connection , Severe Weather Europe, et quelques autres analystes. C’est très inquiétant alors que plusieurs écosystèmes, tels que l’Amazonie atteignent déjà leurs limites, et que les populations sont exposées à des températures de plus en plus élevées. En 2016, un tel phénomène de super El Nino a provoqué des sécheresses en Indonésie, en Australie, en Amazonie, en Ethiopie et dans le Sud de l’Afrique. La production agricole est plus faible dans ces années chaudes. et si nous dépassons des records de température, elle pourrait baisser en 2027 déjà .

  1. Bevacqua, E., Fischer, E., Sillmann, J., & Zscheischler, J. (2026). Moderate global warming does not rule out extreme global climate outcomes. Nature. https://www.nature.com/articles/s41586-026-10237-9

Un autre article sur cette publication dans Carbon Brief: https://www.carbonbrief.org/limiting-global-warming-to-2c-would-not-rule-out-extreme-impacts/


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