J’ai lu le rapport sur la chaleur extrême dans l’agriculture des organisations internationales FAO et WMO. Il rappelle que les onze années passées furent les plus chaudes jamais enregistrées, et que la faute en incombe au réchauffement anthropique. Selon l’Organisation météorologique mondiale, nous dépasserons probablement 1,5°C avant 2030. Les vagues de chaleur dans l’hémisphère Nord s’aggravent, s’étendent en superficie et frappent six fois plus souvent. J’ai surtout été frappée par les prévisions de canicules futures. Nous devons nous attendre à des extrêmes beaucoup plus intenses.
Selon eux, par rapport aux vagues de chaleur que nous connaissons autour de +1,5°C, leur intensité doublera à +2°C et sera quadruplée à +3°C. Donc si j’applique cette règle générale à la Suisse, où les vagues de chaleur ont déjà augmenté de 3,4 à 3.7°C (Météosuisse); À +2°C, dans dix ans peut-être, elles pourraient donc atteindre 7°C, à +3°C, elles deviendraient de 14°C plus torrides qu’au 20ème siècle, nous entraînant vers des températures supérieures à 50°C. Cette estimation générale diffère des calculs régionaux détaillés de sixième génération qui suggèrent une augmentation plus modeste de 4,4°C, mais sont un peu dépassés par la réalité météorologique.
En France, les canicules se sont aussi accrues de 3 à 4°C en moyenne, et elles pourraient donc gagner une dizaine de degrés Celsius.
En Afrique, 1.5°C ou 2°C supplémentaire observé ces dernières années a élevé les températures vers 48°C. Elles se renforceraient de 2°C à un réchauffement de 2 degrés, et de 4°C supplémentaires, jusqu’à 54°C à +3°C. Et je crois que les records pourraient être encore plus brûlants.
Chaque degré supplémentaire de température de surface des océans augmente aussi la fréquence des vagues de chaleur marines. J’ai l’impression que les prévisions cités ici, celles des modèles du GIEC, sont en dessous des changements réels, en tout cas dans la mer Méditerranée.
L’autopsie des événements récents révèle qu’en 2024, 91 %, soit la presque totalité de l’océan mondial a connu au moins une vague de chaleur marine ; elles ont duré cent jours en moyenne, plus de trois mois. 84% des récifs coralliens, la grande majorité des coraux de la Planète, étaient dans l’état grave de blanchiment, qui peut leur être fatal. Au sud du Chili, une vague de chaleur marine a provoqué la perte de cent mille tonnes de saumons d’élevage. L’eau, dans certaines zones côtières abritées, a gagné jusqu’à 7°C en une heure. Une heure a suffi pour tuer un écosystème. Les élevages de poisson côtiers sont très menacés par ces eaux variables.
Le plus frappant est peut-être que ces catastrophes ne se présentent jamais seules. La chaleur provoque des sécheresses éclair et celles-ci favorisent des incendies, puis un déluge se déverse parfois sur la terre brûlée.
La sécheresse éclair — flash drought — surgit en quelques jours, accélérée par les températures extrêmes, les vents chauds, l’air sec, le rayonnement solaire.
Souvent aussi, les canicules s’éternisent. Une chaleur sans nuit. Une fatigue sans récupération qui use les victimes.
Les organismes les plus vulnérables sont souvent très jeunes: les embryons, les corps en reproduction, les périodes de formation des animaux et des plantes. Le rendement des céréales se réduit au-dessus de 30°C. Les conséquences sur le bétail sont massives. Les femelles soumises au stress thermique ont des portées plus petites et plus rares ; les petits naissent plus faibles, vivent moins longtemps, produisent moins. Cela me semble inquiétant, et il faudrait le vérifier chez l’Humain. Je sais que la canicule provoque des fausses couches mais il faudrait vérifier si elle conduit aussi à des problèmes de développement.

Ces périodes sont très pénibles pour les populations exposées. Les travailleurs agricoles sont soumis à des cadences impossibles sous 45°C, les femmes accomplissent parfois les tâches les plus exposées à la chaleur. Le rapport rappelle d’ailleurs que les travailleuses agricoles sont particulièrement vulnérables aux maladies liées à la chaleur : déshydratation, épuisement, syncope, coups de chaleur, maladies rénales.
Lors de certains épisodes, des milliers de bovins meurent ; dans les élevages de poulet, les décès se comptent en millions. À +4°C, certaines régions tempérées exposeraient les bovins à plus de 180 jours de stress thermique par an.
Au-dessus de 35°C, de nombreux arbres fruitiers cessent de produire normalement : pommiers, cerisiers, pêchers, noisetiers, caféiers ,ou cacaoyers. De nouvelles maladies ravagent les plantations. Les récoltes baissent. Pour compenser ces pertes, l’humanité a converti, entre 1992 et 2020, 88 millions d’hectares supplémentaires en terres agricoles, générant plus de 21 milliards de tonnes équivalent CO₂. Cette solution aggrave donc encore le problème qu’elle tente de réparer.
Les stratégies d’adaptation incluent des variétés qui fleurissent plus tôt le matin, des calendriers de semis déplacés; l’irrigation, qui peut produire un refroidissement local, et des cultivars plus résistants (Extreme heat in agriculture, FAO-WMO).
Les événements prévus pourraient se concrétiser très vite. Cette année, au mois de mars, les températures dépassaient de 5 degrés la moyenne habituelle aux Etats-Unis, et près de la moitié de la récolte de blé d’Oklahoma et du Kansas semble compromise. Un tel écart serait impossible sans réchauffement climatique. Les Etats-Unis produiront donc 15% de blé en moins par rapport à l’année passée. C’est un mauvais signe pour ‘avenir, car la variabilité du climat augmente rapidement (The Guardian).
Et cette année apporte un phénomène fort El Nino historique. Les eaux du Pacifique extrêmement chaudes provoqueront probablement des températures planétaires record en 2027 et peut-être même en 2026 (selon Jennifer Francis, puis les récents calculs détaillés de James Hansen ici).
Ce,la entraîne habituellement des sécheresses en Afrique australe et en Amazonie. Le rapport de l’ONU décrit aussi la vague de chaleur qui a frappé l’Inde en 2015. Elle a entraîné plusieurs une baisse de rendement du riz, a touché particulièrement les travailleurs agricoles, a provoqué des milliers de morts, un risque accru de déshydration et de maladies rénales. Des femmes épuisées, accablées par la chaleur, donnent leur portion de nourriture à la famille pour compenser la pénurie. De nombreux bébés succombent aux canicules et cette année, les températures pourraient monter plus haut que jamais auparavant. Les travailleurs journaliers doivent continuer pour manger, et il semble que leurs décès ne sont pas comptabilisés (vidéo). L’Inde subit actuellement des vagues de chaleur inhabituelles et l’inquiétude, ainsi que la prise de conscience du danger transparaît dans les médias indiens.
El Nino s’abat aussi souvent sur l’Est de l’Afrique, provoque des sécheresses et des famines dont la moitié des victimes sont des petits enfants. Des milliers ou plutôt de centaines de milliers de bébés sont donc menacés par les canicules de cette année et de la prochaine. C’est d’autant plus terrible que le phénomène s’aggravera encore dans quelques années.

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