La commission d’experts de l’OMS demande désormais que le climat soit reconnu comme une urgence sanitaire de portée internationale (https://fb.watch/Hb3V7ooduW/). Ils déclarent que « la survie même de l’Humanité et l’habitabilité de la Planète dependent de notre gestion du climat », que « nous dépassons les limites planétaires » et que « le climat est une menace pour notre sécurité et pour notre sûreté ». La formulation d’urgence planétaire pouvait sembler excessive il y a encore quelques années. Elle paraît aujourd’hui presque en retard sur la réalité. Car le réchauffement n’est plus seulement un horizon abstrait ni un débat sur les décennies futures : il s’inscrit déjà dans les corps, les récoltes, les infrastructures, et les saisons.
Nous avons atteint 1,5°C de réchauffement global. Et les climatologues redoutent désormais qu’un épisode El Niño marqué entre la fin de 2026 et l’année 2027 ne fasse franchir au système climatique une nouvelle série de records. Non pas parce qu’El Niño « crée » le réchauffement, mais parce qu’il agit comme un révélateur brutal de la chaleur déjà accumulée par les océans.
Les vagues de chaleur dépassant 50°C ne sont plus des anomalies isolées. Elles sont entrées dans le champ du possible. Les sécheresses prolongées, les incendies géants et les inondations soudaines ne constituent plus des catastrophes séparées mais les manifestations d’un même système devenu instable.
Et derrière cette instabilité apparaît une autre inquiétude, plus profonde encore : celle des basculements irréversibles. Plusieurs chercheurs alertent sur le risque d’un affaiblissement majeur de l’Amazonie. Or cette forêt n’est pas seulement un paysage menacé ; elle est l’un des grands régulateurs biologiques du climat mondial. Sa destruction progressive libérerait d’immenses quantités de carbone et réduirait simultanément la capacité de la planète à en absorber. Certains travaux évoquent un saut de température permanent d’un demi-degré. Cela nous mènerait très vite à + 2°C, où nous entrerions dans un climat profondément différent de celui dans lequel les sociétés humaines se sont développées, et de celui d’aujourd’hui.
Le dérèglement climatique produit aussi ses propres mécanismes d’aggravation. Plus les forêts brûlent, moins elles absorbent de carbone. Plus les glaces fondent, moins la Terre réfléchit le rayonnement solaire. En tenant compte de ces fragilités de la Planète, cela implique donc qu’en 2050, le réchauffement pourrait approcher 3°C. Je brosse ici un portrait noir des prochaines décennies basé sur le rapport Planetary Solvency et sur les études décrites récemment. Une telle trajectoire transformerait profondément les conditions de vie humaines, les paysages et les équilibres politiques.

En Europe, les vagues de chaleur pourraient régulièrement atteindre 45 à 50°C selon les régions. Les épisodes extrêmes — immenses inondations, glissements de terrain, mégafeux, orages violents accompagnés parfois de tornades — deviendraient des réalités récurrentes. Il y aurait des nombreux jours de météo dangereuse, où il faudrait rester abrité, et où les déplacements seraient un danger.
Les événements qui ont marqué les dernières années: les inondations de Valence ou de Liège, le glissement de terrain d’Erfstadt, où une partie entière d’un village fut emportée pourraient alors préfigurer une nouvelle normalité. Les infrastructures seraient soumises à des contraintes croissantes : voies ferrées inutilisables, bâtiments détruits par les tempêtes ou les crues. Les villes porteraient les balafres de ces chocs successifs, comme des territoires frappés par une guerre permanente.

Dans les régions déjà chaudes du globe, les conséquences seraient encore plus sévères. Les canicules pourraient dépasser largement les 50°C, rendant certaines zones extrêmement difficiles à habiter ou à cultiver. La désertification progresserait, et certains pays ne pourraient plus cultiver leurs aliments. Une mortalité massive y est possible, et dans le meilleur des cas, les pays tempérés ou froids devraient produire du sorgho et les nourrir alors qu’ils se terreraient dans des abris contre la chaleur.
L’Europe elle-même verrait ses récoltes fragilisées par les sécheresses, les incendies et l’irrégularité des saisons. Certaines cultures deviendraient moins viables ; d’autres devraient être remplacées.
À cette instabilité s’ajouterait le risque de basculements climatiques majeurs. Plusieurs chercheurs redoutent notamment l’arrêt de la circulation océanique atlantique, qui contribue aujourd’hui à tempérer le climat européen. En 2050, l’Europe serait chaude, soumise aux événements extrêmes, mais au cours de la deuxième moitié du siècle, la circulation océanique s’arrêterait graduellement, provoquant un fort refroidissement, des tempêtes nouvelles, et dérèglement des précipitations et perturbations des écosystèmes marins. Dans le même temps, d’autres régions du monde continueraient de se réchauffer rapidement.
La montée du niveau des mers transformerait également les littoraux. Certaines côtes deviendraient de plus en plus difficiles à protéger face aux submersions, aux tempêtes et à l’érosion. Des millions de personnes pourraient être contraintes de se déplacer au cours du siècle. Elles fuiraient l’Afrique, les côtes, les villes au bord des fleuves, les vallées de montagnes et le Nord de l’Europe.
De nombreux pays seraient dévastés, les nôtres exposés aux événements extrêmes, et le climat changerait alors beaucoup plus qu’aujourd’hui. Ce serait un monde bouleversé, instable et dangereux. Pourtant, ce futur n’est pas écrit d’avance. De nombreux projets, par exemple dear2050, présentent des visions futuristes positives. Le climat n’obéit pas à une fatalité mais aux choix collectifs que les sociétés humaines feront dans les prochaines années. Nous pouvons et nous devons agir pour les sauvegarder. Nous pouvons réduire rapidement les émissions, protéger les écosystèmes, transformer les systèmes énergétiques et appliquer d’autres solutions pour protéger le climat, et l’OMS pourrait indiquer la bonne direction.
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l’OMS va dans la bonne direction, il faudra aller plus loin en dotant le droit international d’une valeur cardinale pour notre siècle comme le furent en leur temps celles de liberté et de dignité. Voir à ce sujet le livre de Baptiste Morizot et Laurent Neyret » Liberté, Dignité, Habitabilité ». L’Habitabilité est la condition de possibilité de la dignité et de la Liberté à la condition que l’Habitabilité soit bien celle de tous les vivants en tant que producteurs de vie.