Sauver 2050

Sauvons le climat !

Cette fin juin 2026, la France, l’Angleterre, l’Allemagne, la Tchéquie, la Pologne vivent leur deuxième canicule de l’année. La température a dépassé de nombreux records. La canicule a fait plus d’un millier de victimes en France. Des centaines de milliers d’animaux d’élevage ont péri dans les exploitations agricoles (lien Brut) et sont enterrés sur place, les vaches souffrent de la chaleur, les animaux domestiques meurent aussi, des oiseaux s’écrasent au sol. Les incendies se multiplient. Les sirènes des pompiers et des ambulances traversent la torpeur des après-midi étouffants. La sécheresse menace, certaines récoltes sont déjà brûlées par le soleil (Serge Zaka agroclimatologue).

Sur les plateaux de télévision, les climatologues rappellent que cette canicule n’est probablement pas un événement exceptionnel appelé à rester unique. Des vagues de chaleur encore plus intenses, pouvant dépasser 50°C à Paris, sont jugées possibles dans un climat plus chaud. Certains chercheurs les attendent vers 2050, d’autres dans dix ans, d’autres soulignent qu’il est impossible d’exclure des événements extrêmes plus précoces. Cet été même pourrait nous apporter une canicule plus forte (Cassou).

Les modèles climatiques du GIEC décrivent déjà une augmentation de la fréquence, de la durée et de l’intensité des vagues de chaleur. Les travaux d’Erich Fischer, que j’ai décrit dans les blogs précédents, montrent que les épisodes les plus extrêmes pourraient devenir beaucoup plus intenses. Ceux de Sonia Seneviratne annoncent des canicules longues, fréquentes et couvrant de vastes régions d’Europe. Enfin, certains événements récents, comme les 49,6°C enregistrés à Lytton au Canada en 2021, ont dépassé les prévisions et nous ont permis de comprendre que tous les changements n’avaient pas été modélisés. Philippe Ciais et Christophe Cassou disent que nous avons sous-estimé le réchauffement. Il en découle que des événements plus graves pourraient se produire bientôt.

Les conséquences pour l’agriculture, les ressources en eau et les écosystèmes européens seraient importantes. Dans d’autres régions du monde, notamment les zones tropicales ou déjà très chaudes, les impacts pourraient être encore plus sévères. L’excellent groupe de chercheurs  Planetary Solvency estime les risques à environ un milliard de vies humaines à un réchauffement entre 2°C et 3°C en 2050. De plus, les catastrophes qui nous frapperaient alors  seraient le prélude d’une aggravation qui menacera la survie de l’Humanité sur Terre. Si nous laissons le climat s’emballer, une mortalité massive de plusieurs milliards est aussi possible au 21ème siècle. Très vite, des événements telles que la canicule actuelle paralyseront nos sociétés, et il sera difficile d’organiser une aide globale efficace. J’ai donc très envie d’éviter ces millions de problèmes et une incessante agonie du monde au cours des prochaines décennies. Accepter cette évolution serait d’ailleurs un crime contre l’Humanité.

Image du rapport Planetary Solvency qui montre que nous allons vers une décimation de la Société Humaine (S), et de l’économie (E) en2050, et une dégradation plus forte de la Nature (N) et du climat (C).

De nombreux chercheurs estiment également que les conséquences économiques du changement climatique restent sous-évaluées. Les dommages liés à la destruction des bâtiments, des infrastructures, des chaînes d’approvisionnement ou des écosystèmes sont encore peu intégrés dans de nombreux modèles économiques. De plus, l’économie n’est pas indépendante du climat. Elle repose sur des populations en bonne santé, capables de travailler, de produire, de consommer et d’investir. Elle dépend aussi de territoires habitables, de récoltes suffisantes, de réseaux de transport fonctionnels et d’infrastructures résilientes. À mesure que les catastrophes climatiques se multiplient, une part croissante des ressources pourrait être consacrée à réparer les dégâts plutôt qu’à créer de nouvelles richesses (Recalibrating Climate Risk ,Planetary Solvency). Je pense également que la prise de conscience du risque conduira naturellement les populations à se concentrer sur l’essentiel.

Sauvons le climat !

J’ai l’impression que le grand public français a appris ce mois de juin que le climat apportera des chaleurs autour de 50°C. Si nous laissons le réchauffement se poursuivre, les difficultés que nous entrevoyons aujourd’hui pourraient n’être qu’un prélude. Les décennies qui viennent pourraient voir se succéder des événements de plus en plus difficiles à gérer.

Je sais que nous pouvons faire beaucoup plus pour sauver le climat. Une première étape est peut-être de réaliser qu’il s’agit d’une question de vie ou de mort. Il ne s’agit pas seulement de protéger des paysages ou quelques espèces emblématiques. Il s’agit de préserver les conditions qui permettent aux sociétés humaines de fonctionner durablement.

Le jour où nous le savons, l’équation change. Les sociétés humaines  sont capables de transformations extraordinaires lorsqu’elles comprennent qu’un danger menace leur existence. En quelques années, des économies entières ont été réorganisées pour faire face à des guerres. Le changement climatique exige une prise de conscience et une mobilisation exceptionnelle, qui  devient aujourd’hui possible.

Nous pouvons encore réduire fortement les risques en transformant notre manière de produire et de consommer. Le développement massif des énergies renouvelables, constitue le socle de cette transition. L’ONU demande une réduction drastique des émissions au cours de cette décennie. Mais l’amélioration du climat sera lente. Même si nous installons des panneaux solaires et des éoliennes à un rythme soutenu, le dioxyde de carbone déjà présent dans l’atmosphère continuera d’exercer son effet pendant plusieurs décennies. La transition énergétique reste donc indispensable, mais ses bénéfices climatiques se déploient progressivement. Nous pouvons bien sûr l’accélérer de plusieurs façons, par la décroissance ou un passage à une économie circulaire bas -carbone.

Capture de carbone par les plantes

La végétation est le second pilier qui permet à notre biosphère de fonctionner de façon stable. La capture de carbone par les plantes  réduit l’effet de serre un peu plus vite. Elle le diminue immédiatement pour les prochaines décennies, et pourrait nous éviter un réchauffement de trois degrés et des milliards de victimes vers 2050. Cela me semble essentiel. Je pense donc qu’il faut la développer pour compléter le passage aux énergies renouvelables, et agir vite.

Si les agriculteurs étaient rémunérés pour stocker durablement du carbone dans les sols, planter des arbres, ou accroître la matière organique de leur terre, ils trouveraient des solutions. Il faut aussi immédiatement décupler la recherche agronomique dans ce domaine. La reforestation, la restauration des écosystèmes et certaines biotechnologies végétales offrent également des perspectives prometteuses, à condition d’être déployées avec des critères scientifiques rigoureux. La biotechnologie pourrait capter le carbone pour produire des bio-plastiques, des bio-tissus ou des bio-briques. De nouveaux mécanismes de certification et de rémunération de la capture du carbone  (Clean-up certificates for CDR) pourraient faciliter cette voie. L’Europe considère aussi de créer une banque centrale de carbone (Potsdam Climate Institute,  Ottmar Edenhofer). La capture de carbone pourrait faire vivre des famille paysannes pauvres dans de nombreux pays.

L’avenir n’est pas écrit. Les lois de la physique fixent les conséquences de nos choix, mais elles ne choisissent pas à notre place. Chaque dixième de degré évité représente moins de souffrances, moins de famines, moins de déplacements forcés, moins d’incendies, moins d’espèces disparues. Chaque tonne de CO qui n’est pas émise ou qui est retirée de l’atmosphère augmente nos chances de transmettre aux générations futures un monde encore habitable. Nous pouvons encore décider une grande partie de l’avenir de la Planète.


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3 commentaires
  1. Chère Dorotéa,

    Oui, absolument, il faut sauver le climat. L’alternative est effectivement notre anéantissement.

    Le seul moyen à mon sens est de cesser d’émettre. Pour ce faire ,il faut arrêter toutes les croissances économiques. Multiplier les prix de l’essence par deux ou par trois. Refuser tout contact commercial avec un pays qui n’applique pas des mesures dans ce sens.

    Utopique. Infaisable. Nous disparaitrons donc bientôt. Tant pis pour mes enfants , petits-enfants et arrière.

    Je considère que les politiciens et les industriels ont sciemment préféré faire des profits en détruisant le climat. En considérant les 1000 morts enregistrés dont tu parles et les 3000 surnuméraires prévus, ils sont des criminels. J’envisage de poursuivre deux locaux en justice.

    Amitiés,

    Marc

  2. Votre article reflète le bon sens à adopter. C’est une certitude. Si tous les décideurs publics et politiciens dans l’ensemble des pays du monde entier avait une conscience écologique, nous n’en serions pas rendu où nous sommes actuellement. Malheureusement, tous les progrès accomplis au niveau de la transition vers un monde décarboné ne sont pas suffisants tant que le pétrole, charbon et gaz naturel seront nécessaire à l’économie mondiale.

  3. les plantes assurément, n’y aura t’il pas une limite qui pourrait réduire cette indispensable capture du co2 : conflit d’usage avec la production agricole, même en réduisant drastiquement les surfaces dédiées à l’élevage.
    Malheureusement, ces extrêmes chaleurs que nous avons eues en juin vont se répétées cet été, une chance à saisir pour une bascule de conscience vitale chez le plus grand nombre, seul le risque vital peut faire espérer le sursaut qui imposera la radicalité politique d’une « économie de guerre » de survie.

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