Fonte de glaciers himalayens

Introduction vidéo:

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Introduction graphique:

Perte rapide depuis 2000

Les glaciers de l’Himalaya, surnommés le troisième pôle, fondent vite. Je trouve aujourd’hui un article détaillé du climatologue Hausfather, qui a calculé qu’ils s’amincissent chaque année, depuis quelques décennies. Il montre aussi que l’’effondrement du Népal s’est produit sur une montagne qui se réchauffe rapidement depuis des décennies (Hausfather, the Climate Brink). Autour du Langtang, les températures estivales ont augmenté d’environ 0,29 °C par décennie depuis 1940. Les quatre étés précédant la catastrophe figuraient tous parmi les cinq plus chauds d’une série de 86 ans. Dans les parties glaciaires du bassin situées au-dessus de 4 000 mètres, une autre étude estime le réchauffement depuis 1960 à environ 0,31 °C par décennie.

Le réchauffement des hauteurs Himalayennes est plus fort que celui annoncé par le scénario climatique le plus pessimiste (RCP8.5). Comme l’Europe, cette chaîne de montagnes change très vite. Et les conséquences sur les glaciers sont visibles.

European Space Agency ESA

La reconstruction de Hausfather à partir des données du World Glacier Monitoring Service montre que les glaciers de la région orientale de l’Himalaya ont enregistré une perte cumulée de 26 mètres d’équivalent en eau depuis 1957. Les glaciers ont donc perdu 30 mètres d’épaisseur de glace en moyenne. Cette perte est deux fois plus rapide au 21ième siècle (Hausfather, Maurer, Hugonnet, Ragetti, etc). La fonte touche des altitudes supérieures à 5500 m.

Dégel du permafrost

La disparition des glaciers n’est qu’un aspect de l’actuelle transformation des montagnes. La glace présente dans les fissures de la roche joue parfois le rôle d’un ciment. Quand elle dégèle, l’eau y circule davantage, les roches ne sont plus fixés et la résistance du massif diminue. Dans le même temps, lorsqu’un glacier s’amincit, il retire aux versants le soutien mécanique qu’il exerçait auparavant. Les géomorphologues parlent de réponse paraglaciaire : ce qui se réorganise n’est pas seulement la glace, mais tout le relief qui avait trouvé pendant des siècles un équilibre autour d’elle.

Le changement climatique agit comme une modification progressive des contraintes internes de la montagne. La montagne, elle, peut répondre d’un coup.

Quel avenir pour le Népal?

Je me suis demandée si les effets du réchauffement pourraient être plus graves à l’avenir. Il semble que c’est le cas. Le Népal peut être frappé par des événements plus nombreux ou plus graves. D’une part, les prévisions du GIEC indiquent que par rapport à 1.5°C, les dommages des inondations causées par la fonte des glaciers pourraient être 2 fois plus graves à 2°C de réchauffement, et jusqu’à 3.9 fois plus graves à +3°C.

D’autre part, nous savons que de nombreux glaciers de montagne sont effondrés de façon dramatique après des changements graduels. Un glacier coule lentement vers le bas, se fracture, repose ou glisse sur un substrat, transporte de l’eau, appuie contre des versants, peut être gelé à son lit dans une partie et proche du point de fusion dans une autre.

La première phase est souvent lente : bilan de masse négatif, amincissement, recul du front, remontée de la ligne d’équilibre. Pendant des décennies, la transformation peut paraître presque régulière. Puis la géométrie change. Une langue s’amincit jusqu’à ne plus soutenir ce qui se trouve au-dessus d’elle. Un lac atteint le front du glacier qui vêle ensuite rapidement. Une partie jusque-là gelée au rocher se réchauffe. Des crevasses s’élargissent, l’eau s’infiltre. La vitesse augmente.

Les deux glaciers d’Aru, au Tibet, qui se sont presque simultanément détachés en 2016, en donnent un exemple spectaculaire. Les travaux d’Andreas Kääb et de ses collègues ont montré qu’avant leur effondrement ils avaient connu une accélération anormale. La rupture a suivi un changement du régime de mouvement du glacier, lié à l’eau présente à sa base et à la chaleur.

Lorsque les glaciers reculent, les dépressions autrefois occupées par la glace peuvent se remplir d’eau de fonte, et former des lacs. Le réchauffement et la déglaciation déstabilisent la roche et la glace qui les domine.

Dharali, 2025

Evénements similaires

Ainsi, les catastrophes himalayennes sont souvent des événements en cascade, dans un environnement entier déstabilisé. Une paroi s’effondre sur un glacier ; l’avalanche entre dans un lac ; l’onde franchit une moraine. La vidange brutale d’un lac glaciaire, ou GLOF (Glacial Lake Outburst Flood), peut alors entraîner des sédiments, des blocs rocheux, des arbres et des infrastructures, et se transformer en aval en une coulée de débris beaucoup plus importante que l’événement initial.

Chamoli, dans l’Himalaya indien, en 2021, en a donné une démonstration particulièrement violente : après la formation d’un lac pendant plusieurs années, un gigantesque effondrement roche-glace a mené à une crue torrentielle et a tué plus de deux cents personnes. (photo NASA 2019, vidéo). D’autres événements ont suivi, En 2023, la vidange du lac glaciaire South Lhonak, au Sikkim, s’est propagée dans la vallée de la Teesta. En 2024, la vallée népalaise de Thame a connu un autre épisode de vidange glaciaire en cascade. En 2025, le village de Dharali a été frappé par une inondation comparable à l’événement récent (vidéo), qui pourrait être due à la rupture d’un lac glaciaire. Sur les réseaux sociaux, d’autres vidéos montrent des grands glissements de terrain dans les montagnes chinoises (p.ex ici), peu commentés par ce pays.

Une étude plus large a identifié une augmentation apparente des grands glissements de terrain associés aux glaciers en Haute-Asie entre 1998 et 2018. Nous disposons donc d’indices montrant une transformation de l’environnement à risque.

Population exposée

De plus, comme le souligne Hausfather, la rapidité avec laquelle la glace et les terrains gelés se transforment augmente le danger, et l’Himalaya se réchauffe vite.

La géographie de l’Himalaya amplifie les conséquences de ces transformations. Environ 5,2 millions de personnes vivent sur des pentes comprises entre 10° et 50°. Les autres populations sont souvent concentrées au fond de vallées étroites et sur des terrasses fluviales. Il en va de même pour les routes, pour les ponts, et de plus en plus, pour les centrales hydroélectriques. Cette organisation est peu résistante aux chocs climatiques. La destruction d’une seule route traversant une vallée étroite peut isoler des communautés. L’endommagement d’une succession de centrales hydroélectriques peut perturber l’approvisionnement en électricité. La coupure d’un axe routier transfrontalier peut interrompre le commerce.

À relativement court terme, l’augmentation de la fonte et l’instabilité des versants peuvent amplifier les crues et d’autres catastrophes. À plus long terme, la diminution des glaciers signifie une réduction du réservoir d’eau gelée et une moindre capacité à soutenir les débits pendant les saisons sèches. Les communautés peuvent ainsi être confrontées à une augmentation du risque d’inondation et à une aggravation de la pénurie d’eau.

Chaque fraction supplémentaire de réchauffement entraîne une perte supplémentaire de glaciers .

Et nous savons que des millions de personnes, ainsi qu’un réseau croissant de routes, d’habitations et de centrales hydroélectriques, occupent les vallées situées en contrebas.

Ces sociétés et des infrastructures développées dans un environnement montagnard relativement stable au XXe siècle doivent se préparer à vivre dans un paysage du XXIe siècle en pleine transformation physique.

Hausfather conclut que chaque dixième de degré de réchauffement supplémentaire éloigne davantage ces systèmes des conditions dans lesquelles les villages, sentiers et centrales hydroélectriques de l’Himalaya ont été construits.

Chaque augmentation supplémentaire de température modifie progressivement les probabilités : moins de glace, des lignes d’enneigement plus élevées, un pergélisol plus chaud, des régimes hydrologiques transformés, des terrains plus instables dans certaines zones, des lacs en expansion, et davantage de populations et d’infrastructures exposées à des catastrophes en cascade. Les catastrophes qui se produisent déjà nous donnent un aperçu de ce que cette transition peut signifier.

Inclut l’utilisation de NotebookLM et ScholarGPT.

Références:

Maurer, J. M., Schaefer, J. M., Rupper, S., & Corley, A. (2019). Acceleration of ice loss across the Himalayas over the past 40 years. Science Advances, 5(6), eaav7266. https://doi.org/10.1126/sciadv.aav7266

Hugonnet, R., McNabb, R., Berthier, E., et al. (2021). Accelerated global glacier mass loss in the early twenty-first century. Nature, 592, 726–731. https://doi.org/10.1038/s41586-021-03436-z

Lee, E., Carrivick, J. L., Quincey, D. J., Cook, S. J., et al. (2021). Accelerated mass loss of Himalayan glaciers since the Little Ice Age. Scientific Reports. Article

Ragettli, S., et al. (2016). Unraveling the hydrology of a Himalayan catchment through integration of high-resolution in situ data and remote sensing with an advanced simulation model. The Cryosphere, 10, 2075–2096. https://doi.org/10.5194/tc-10-2075-2016

Shugar, D. H., Jacquemart, M., Shean, D., et al. (2021). A massive rock and ice avalanche caused the 2021 disaster at Chamoli, Indian Himalaya. Science, 373, 300–306. https://doi.org/10.1126/science.abh4455

Gruber, S., & Haeberli, W. (2007). Permafrost in steep bedrock slopes and its temperature-related destabilization following climate change. Journal of Geophysical Research: Earth Surface, 112. https://doi.org/10.1029/2006JF000547

Rounce, D. R., Hock, R., Maussion, F., et al. (2023). Global glacier change in the 21st century: Every increase in temperature matters. Science, 379, 78–83. https://doi.org/10.1126/science.abo1324

Kääb, A., Leinss, S., Gilbert, A., et al. (2018). Massive collapse of two glaciers in western Tibet in 2016 after surge-like instability. Nature Geoscience, 11, 114–120. https://doi.org/10.1038/s41561-017-0039-7


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