Une nouvelle étude menée par des chercheurs de l’Université du Massachusetts suggère que les températures dans le nord-est des États-Unis augmenteront beaucoup plus rapidement que la moyenne mondiale. La limite de 2°C adoptée à la faveur du récent Accord de Paris sur le changement climatique sera atteinte 20 ans plus tôt dans cette région des États-Unis.
Lors de la COP 21 à Paris, les Etats se sont engagés à limiter le réchauffement climatique à 2°C par rapport à l’ère préindustrielle. Un seuil inférieur de 1,5°C a été proposé par les petits pays insulaires particulièrement menacés par l’élévation du niveau de la mer.
Il faut rappeler qu’aujourd’hui, la température globale a déjà augmenté d’environ 1°C par rapport à l’ère préindustrielle. Si l’on en croit les modèles, le seuil de +1,5°C sera atteint aux alentours de 2030. La planète franchirait ensuite le seuil des +2°C vers 2040 avec un scénario tablant sur de fortes émissions de CO2 (RCP 8.5) ou en 2050 avec un scénario modéré d’émissions (RCP 4.5). Les 3°C seraient pour 2060 avec RCP8.5, ou pour 2100 avec RCP4.5.
On peut le voir sur le graphique ci-dessous la température globale en pointillés (bleu pour RCP 4.5 et rouge pour RCP 8.5) et la température aux USA (notés CONUS pour Contiguous United States, soit les USA sans l’Alaska et l’outre-mer) en lignes continues :

Une nouvelle étude basée sur les simulations des modèles climatiques du projet CMIP5 nous montre que localement, les seuils de 1,5°C et même de 2°C pourraient être franchis très prochainement. Concernant les États-Unis, c’est dans le nord-est que le réchauffement sera le plus rapide.
Les prévisions de précipitations régionales demeurent incertaines mais l’Est des États-Unis devrait aussi connaître des hivers plus humides, tandis que les Grandes Plaines et le Nord-Ouest connaîtront des étés plus secs.
Les perspectives climatiques pour les États-Unis ont déjà été comparées à la moyenne globale dans une étude parue en 2011. Les chercheurs annonçaient alors un réchauffement plus important aux États-Unis qu’au niveau global, les seuils proposés lors de la COP 21 étant dépassés avec une dizaine d’années d’avance. Mais il s’agissait d’une étude portant sur les États-Unis dans leur ensemble.
On apprend aujourd’hui que cela sera encore plus rapide au niveau local. Une nouvelle étude publiée dans la revue Plos One montre que le Nord-Est des Etats-Unis atteindra les 2°C dès 2023 avec le scénario RCP8.5 ou en 2026 avec RCP4.5. Le sort de cette région semble donc scellé, quel que soit le scénario d’émission de gaz à effet de serre, affirment les auteurs de l’étude, Raymond Bradley et Ambarish Karmalkar (Climate Science Center, Université du Massachusetts).
Concernant les États-Unis dans leur ensemble, le franchissement des 2°C ne se produirait que de 1 à 6 ans après avec RCP4.5 par rapport à RCP8.5. Un graphique intéressant a été publié sous Creative Commons par les auteurs de l’étude. On peut y voir le « timing du réchauffement de 2°C » pour le globe, les USA et huit grandes régions des CONUS. Parmi les huit régions des Etats-Unis passées au crible, c’est le Nord-Est qui est censé se réchauffer le plus avec +3°C au milieu du siècle, au moment où le monde franchira les +2°C. Un exemple : pour 50% des projections RCP 8.5, le nord-est atteindra les 2°C en 2023 :

Notons que pour minimiser l’impact de la variabilité naturelle, les chercheurs ont établi des moyennes sur 5 ans. Car si on veut établir qu’un seul à été franchi, il faut éliminer la variabilité interannuelle assez importante au niveau régional.
Pour un résultat plus robuste, les scientifiques ont en outre retenu la dernière année pour déterminer le moment où avait lieu le franchissement du seuil. 32 modèles du projet CMIP5 (le dernier en date utilisé par le GIEC) ont été testés avec deux scénarios d’émissions, soit 64 projections au total.

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