D’après une estimation publiée par le site Carbon Brief, quatre ans d’émissions de CO2 au rythme actuel suffiraient à utiliser le budget carbone conduisant à un réchauffement à 1,5 °C.
Le 22 avril 2016, les 175 pays réunis au siège de l’ONU ont signé l’Accord de Paris pour lutter contre le réchauffement climatique. Un objectif a été fixé : contenir le réchauffement sous les 2°C au-dessus de la période préindustrielle, voire 1,5°C si possible. Mais plus le temps passe, plus le budget CO2 s’amenuise, sachant que la température globale s’est déjà élevée d’un degré environ.
Carbon Brief montre que l’objectif des 1,5°C est quasiment intenable, à moins de tabler sur d’éventuelles émissions négatives dans le futur. Pour s’en rendre compte, il faut voir la rapidité avec laquelle les budgets pour 1,5°C, 2°C et 3°C seront utilisés si les émissions continuent au rythme actuel. Quatre années supplémentaire d’émissions de CO2 mèneraient la planète à 1,5°C.

Pour le dire, Carbon Brief a mis à jour les budgets carbone du Groupe intergouvernemental sur le changement climatique (GIEC) en incluant les émissions mondiales de CO2 en 2016.
En 2011, pour avoir de bonnes chances (66%) de limiter le réchauffement à 2°C, il ne fallait pas émettre plus de 1000 milliards de tonnes de CO2. Entre 2011 et 2016, 238 milliards de tonnes ont été émises : le budget n’est donc plus que de 762 milliards de tonnes. Avec le niveau d’émissions observé en 2016, cela nous laisse donc 19 années avant de consommer le budget 2°C. Cela sera donc chose faite en 2035.

Selon le Global Carbon Project, les émissions de CO2 provenant de la combustion des combustibles fossiles et de la production de ciment en 2016 ont totalisé 36,4 milliards de tonnes. Si l’on considère aussi les émissions provenant du changement d’affectation des terres, le total des émissions de CO2 est porté à 39,9 milliards de tonnes pour 2016. C’est légèrement inférieur aux 41,1 milliards de tonnes par rapport à 2015.
Le rythme actuel est donc d’environ 40 milliards de tonnes par an. Une telle cadence pendant 19 années supplémentaires mèneraient bien à un total de 760 milliards de tonnes (40 X 19).
Pour ne pas dépasser 1,5°C, le budget est encore plus serré. En 2011, il ne fallait pas émettre plus de 400 milliards de tonnes. Avec les 238 milliards consommées entre 2011 et 2016, il ne reste plus que 162 milliards de tonnes aujourd’hui. Il ne faudra que quatre ans pour consommer ce budget. Les 1,5°C seront donc scellés en 2020.
Pour limiter le réchauffement à 3°C, le budget restant est de 2100 milliards de tonnes. Au rythme actuel, il faudrait donc 54 ans pour le consommer.

Depuis trois ans, la croissance des émissions marque le pas. Il est encore tôt pour dire s’il s’agit d’un vrai pic d’émissions avant une décroissance. Rappelons quand même que la concentration de CO2 a continué à augmenter à un rythme encore plus soutenu dernièrement. Mais il n’y a pas de contradiction : il s’agit d’un phénomène conjoncturel. El Niño peut ponctuellement booster le rythme de croissance du CO2 dans l’atmosphère.



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