Les chances de limiter le réchauffement à 2°C sont faibles, d’après une nouvelle étude statistique. Pour éviter une hausse de plusieurs degrés, une réduction drastique de l’intensité carbone serait la solution la plus efficace.
De nouvelles projections basées sur une analyse statistique ont été publiées le 31 juillet dans Nature Climate Change. On y apprend que les chances de limiter le réchauffement à 2°C ne sont que de 5%. Pour un réchauffement inférieur ou égal à 1,5 degrés, la probabilité tombe même à 1%.
Lors de l’Accord de Paris, un objectif ambitieux de 1,5°C a été retenu en raison des impacts graves qui résulteraient d’un dépassement de ce seuil. Les dommages causés par les vagues de chaleur extrêmes, la sécheresse, ou encore l’élévation du niveau de la mer seront beaucoup plus sévères si l’on autorise une augmentation de température de 2°C.
D’après les auteurs de l’étude statistique, la hausse la plus probable se situe dans une fourchette de 2 à 4,9°C d’ici 2100 avec une valeur médiane de +3,2°C.

Pour parvenir à cette conclusion, l’étude se penche sur les conditions socio-économiques qui conditionnent l’élévation des températures.
Des scénarios socio-économiques, il y en a déjà eu dans le rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur le changement climatique (GIEC). Ce dernier délivre en effet des perspectives climatiques basées sur quatre scénarios d’émissions de carbone. Chaque scénario est basé sur un contexte socio-économique différent. Ces scénarios baptisés RCP ont été sélectionnés pour représenter la littérature scientifique et couvrir une gamme de forçages radiatifs à l’horizon 2100. Le scénario RCP2.6 a été conçu pour représenter des niveaux faibles d’émissions de gaz à effet de serre. RCP4.5 et RCP6 sont les scénarios modérés et RCP8.5 représente la plus forte hausse du forçage radiatif.
Mais ces scénarios RCP ne sont pas des prévisions. Ils représentent quatre mondes possibles pour lesquels le réchauffement sera plus ou mois important. Reste à déterminer quel scénario est le plus crédible.
La nouvelle étude se concentre sur trois quantités qui sous-tendent les scénarios pour les émissions futures : la population mondiale totale, le produit intérieur brut par personne et la quantité de carbone émise pour chaque dollar d’activité économique (l’intensité carbone). Les auteurs de l’article ont effectué des tests rétroactifs pour valider leur modèle statistique. Les données relatives à la période 1950-1980 leur ont permis de prédire la période 1980-2010 avec succès.
D’après les projections des Nations Unies, la planète atteindra vraisemblablement 11 milliards de personnes d’ici 2100. Les RCP du dernier rapport du GIEC ont pu tirer parti des informations sur la population jusqu’en 2012. L’ONU a récemment publié de nouvelles projections démographiques à l’horizon 2100, reflétant les données jusqu’en 2015. La distribution prédictive de l’ONU pour la population mondiale en 2100 table sur une moyenne de 11,2 milliards avec pour l’intervalle de 90% de 9,7 à 12,9 milliards d’individus.
D’après les projections de l’étude, le PIB par habitant devrait augmenter à environ 1,8% par an, alors que l’intensité du carbone devrait diminuer d’environ 1,9% par an. Ces tendances risquent de s’annuler mutuellement.
La population de l’ONU devrait augmenter d’environ 4 milliards à 2100, passant de 7,2 milliards à 11,2 milliards. Une grande partie de cette augmentation devrait être en Afrique subsaharienne, dont la population devrait passer de 1 milliard à 3,9 milliards. Bien que le PIB devrait augmenter d’environ 21%, les émissions de CO2 provenant de l’Afrique subsaharienne ne représenteront qu’environ 6% du total mondial à la fin du siècle. On peut en déduire que l’augmentation de la population ne constituera pas un facteur important pour les augmentations futures d’émissions.
Comme il est peut probable que les politiques futures visent à une réduction du PIB par habitant, il faut donc plutôt regarder du côté de l’intensité carbone, la quantité d’émissions de carbone produite pour chaque dollar d’activité économique. Cette valeur a diminué au cours des dernières décennies à mesure que les pays augmentent l’efficacité et adoptent des normes pour réduire les émissions de carbone. La rapidité avec laquelle cette valeur baisse au cours des prochaines décennies sera cruciale pour déterminer le réchauffement futur.
L’étude prévoit un large éventail de valeurs possibles d’intensité carbone au cours des décennies à venir, selon les progrès technologiques et les engagements des pays à mettre en œuvre des changements.

En terme de réchauffement, la projection médiane se situe entre celles des deux RCP moyens, RCP4.5 et RCP6. La gamme plausible des émissions futures est large, allant de 2 300 à 5 700 Gt de CO2 d’ici 2100. Les résultats suggèrent que les émissions cumulatives ont de très grandes chances d’êtres plus importantes que prévu par le scénario RCP2.6 à faibles émissions, basé sur la preuve actuelle. Elles devraient être inférieures aux 6 840 Gt projetés par le scénario RCP8.5 des émissions élevées mais pourraient 83% de ce niveau si l’on se base sur la tendance actuelle.

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