Limiter le réchauffement global à +1,5°C par rapport à la période préindustrielle ne bénéficierait pas qu’aux Etats insulaires mais aussi à l’Europe. Par rapport à +2°C, la fréquence des extrêmes climatiques serait significativement réduite en Europe, d’après une étude publiée dans la revue Environnemental Research Letters.
Le 22 avril 2016, 175 pays réunis au siège de l’ONU ont signé l’Accord de Paris pour lutter contre le réchauffement climatique. Avec pour objectif de contenir le réchauffement sous les 2°C au-dessus de la période préindustrielle, voire 1,5°C si possible.
L’objectif de +1,5°C semble déjà intenable compte tenu du niveau actuel d’émissions et du budget carbone restant à la planète. Mais tant que le seuil n’est pas atteint, il n’est pas interdit d’examiner les perspectives climatiques qu’offriraient une telle limitation.
Les études comparent souvent des scénarios entre des niveaux d’émissions de gaz à effet de serre très disparates. On ne mesure donc pas forcément l’impact qu’aurait en Europe une différence de 0,5°C dans les projections de températures.
Une étude publiée par deux chercheurs de l’université de Melbourne, Andrew King et David Karoly, nous permet de comparer deux scénarios très proches. Les scientifiques ont utilisé les modèles climatiques CMIP5 pour évaluer l’impact d’un réchauffement planétaire de 1,5°C et de 2°C sur les températures extrêmes en Europe.
D’après leurs simulations, avec +2°C, on verrait des phénomènes de type été 2003 une fois sur deux. Un risque qui serait réduit de 24% avec +1,5°C.
En moyenne annuelle, l’intérieur et l’est du continent devraient se réchauffer davantage que la hausse globale de 0,5°C (entre 1,5 et 2°C). L’ouest et les régions côtières un peu moins. Le nord de l’Europe serait plus humide, le sud plus sec. Ces observations générales sont en parfait accord avec les projections du dernier rapport du GIEC.
En revanche, pour ce qui est des températures estivales, c’est presque tout le continent qui connaîtrait un réchauffement amplifié avec 2°C au niveau global. La pointe nord-est de la France et les îles britanniques seraient épargnées. On peut voir ci-dessous en jaune et en bleu clair les régions avec une anomalie « normale » de 0,5°C. Les zones en orange, rouge et marron connaissent un réchauffement amplifié.

Avec un réchauffement global de 1,5°C, une année chaude comme celle de 2016 (un record pour l’Europe), aurait lieu une fois sur deux. Avec +2°C, cela se produirait dans 88% des cas.
Au niveau saisonnier, les auteurs de l’étude ont examiné quel sera l’impact sur la température en été. Avec +1,5°C, un été de type 2003 se produirait dans 42% des cas, contre 1% avec un climat « naturel ». Avec +2°C, la survenue de ce genre d’épisode serait portée à 59%. L’été 2003 a été le plus chaud jamais observé en Europe.

A noter que dans le climat actuel, le risque de survenue d’un « été 2003 » est déjà largement augmenté par rapport au climat dit naturel. Par « climat actuel », il faut entendre la température sur 2006-2026 dans les simulations RCP 8.5.
Les périodes pluvieuses prolongées comme mai-juillet 2007 en Grande-Bretagne sont très rares et ne devraient pas devenir plus fréquentes à 1,5 ℃ ou 2 ℃ du réchauffement climatique, d’après les chercheurs de Melbourne.
Cependant, les jours de précipitations extrêmes au Royaume-Uni et en Irlande devraient devenir à la fois plus fréquents et plus intenses dans un monde plus chaud.
Andrew King et David Karoly avaient déjà publié une étude similaire en mai 2017 dans la revue Nature Climate Change, sur le climat de l’Australie cette fois. Les résulyats étaient comparables aux projections pour l’Europe.
Leur conclusion était qu’un été record comme celui de 2012-2013 en Australie, dont la probabilité est de 3% sans réchauffement anthropique, aurait 57% de chances de se produire avec +1,5°C et et 77% avec +2°C.

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