Dans les semaines qui ont précédé le passage de l’ouragan Harvey sur le Golfe du Mexique en août 2017, des eaux exceptionnellement chaudes ont conduit à des inondations majeures au Texas. Une nouvelle étude du National Center for Atmospheric Research (NCAR) confirme les prédictions selon lesquelles les ouragans vont probablement grossir, s’intensifier et durer plus longtemps avec le réchauffement climatique.
Lors de l’été 2017, des conditions plus chaudes que la normale ont suralimenté Harvey avec de vastes réserves d’humidité. Quand l’ouragan a touché la région de Houston, les pluies qui en ont résulté ont battu des records et provoqué des inondations dévastatrices. Une étude publiée en mai dans la revue Earth’s Future, sous la direction de Kevin Trenberth (NCAR), décrypte le scénario du phénomène climatique.

Il faut d’abord rappeler qu’avant l’été 2017, le contenu en chaleur de l’océan était à un niveau inédit, à la fois au niveau global et dans le Golfe du Mexique. C’est ce qui a dopé les ouragans Harvey, Irma et Maria. Harvey est l’un des plus puissants ouragans ayant frappé les Etats-Unis au 21e siècle et il s’est surtout distingué par les pluies diluviennes qui se sont abattues sur le Texas et les Etats voisins. Les dommages causés par l’ouragan Harvey le mettent à la deuxième position des catastrophes naturelles les plus coûteuses de l’histoire des États-Unis, derrière l’ouragan Katrina de 2005.
Les données analysées par les scientifiques montrent que c’est bien la chaleur exceptionnelle de l’océan qui a permis à Harvey d’atteindre de telles proportions. D’autres paramètres influent la survenue des ouragans, notamment le cisaillement des vents, mais le changement climatique induit par l’homme a donné le combustible pour soutenir et intensifier Harvey et aussi augmenter les pluies qui ont inondé les terres, affirment les auteurs de l’étude. Des chiffres précis semblent étayer leurs dires.
Kevin Trenberth et ses collègues ont pu déterminer (c’est une première) que la quantité d’énergie tirée de l’océan par Harvey avait égalé la quantité d’énergie relâchée sous forme de pluie. Quand la vapeur d’eau se condense, elle libère la chaleur latente issue de l’océan dans l’atmosphère.
Malgré une saison des ouragans bien remplie en 2017, l’ouragan Harvey fut plus ou moins isolé sur des eaux relativement intactes du Golfe du Mexique, ce qui a donné une occasion unique d’étudier le phénomène en détail. Les scientifiques ont notamment eu le loisir d’observer comment l’ouragan s’est nourri de la chaleur emmagasinée par l’océan.
L’équipe a comparé les températures dans les 160 mètres supérieurs du Golfe du Mexique avant et après la tempête en utilisant les données recueillies par Argo, un réseau de flotteurs autonomes qui mesurent la température lorsqu’ils montent et descendent dans l’eau. Pour mesurer les précipitations sur terre, les scientifiques ont profité d’une nouvelle mission satellite internationale de la NASA, baptisée Global Precipitation Measurement.

Au fur et à mesure que les ouragans se déplacent au-dessus de l’océan, leurs vents forts balayent la surface de la mer, ce qui facilite l’évaporation de l’eau. Le processus d’évaporation nécessite également de la chaleur, et plus les températures sont élevées dans l’océan supérieur et à la surface de l’océan, plus grande est l’énergie disponible.
Alors que la tempête progresse au-dessus de l’océan, évaporant l’eau au fur et à mesure, elle laisse un sillage froid sur son passage. Mais dans le cas de l’ouragan Harvey, les scientifiques ont découvert que le sillage froid n’était pas très froid. Il y avait tellement de chaleur dans la couche supérieure de l’océan que lorsque la température de surface a été refroidie par l’ouragan, la chaleur est revenue par le dessous. De quoi réchauffer à nouveau les eaux de surface et continuer à alimenter la tempête.
La température de l’océan près de la surface avant le passage de la tempête était supérieure à 30°C et après le passage, la température était toujours d’environ 28,5°C. Donc encore au-dessus des 26°C généralement nécessaires pour qu’un ouragan continue à se développer. Même après qu’Harvey ait touché la terre, ses bras se sont étendus au-dessus de l’océan, continuant à tirer de la force et de l’eau du Golfe encore chaud.
Ce qui est particulièrement intéressant dans cette étude, c’est que les scientifiques ont pu mesurer la perte totale de la chaleur dans l’océan, principalement due à l’évaporation, à mesure que la tempête se déplaçait dans le golfe. Et qu’ils ont également mesuré la chaleur latente relâchée lorsque la vapeur d’eau se transformait en eau liquide et tombait sous forme de pluie. Ils ont ensuite comparé ces deux mesures et bingo : elles correspondent.
La conclusion de l’étude, c’est que les océans plus chauds augmentent le risque d’ouragans plus persistants et plus intenses. Leur nombre pourrait diminuer mais il y aurait une plus grande proportion d’ouragans de catégorie 4 à 5 à l’avenir.







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