Climat

Quelle contribution anthropique à la vague de chaleur de juin 2019 en France ?

Chaque vague de chaleur qui se produit en Europe, et notamment en France, est rendue plus probable et plus intense par les changements climatiques induits par l’homme, d’après une étude publiée par la World Weather Attribution (WWA), une organisation internationale visant à analyser et à communiquer l’influence possible du changement climatique sur les phénomènes météorologiques extrêmes.

Une vague de chaleur a touché de nombreuses régions d’Europe au cours de la dernière semaine de juin 2019. L’événement a battu plusieurs records historiques localement et à l’échelle de plusieurs pays, notamment en France, en Suisse, en Autriche, en Allemagne, en République tchèque, en Italie et en Espagne.

Le record absolu en France (44,1°C à Conqueyrac) a été surpassé le 28 juin avec les 45,9°C établis à Gallargues-le-Montueux, près de Nîmes. La température moyenne sur trois jours consécutifs en en juin 2019 a été la plus élevée des archives pour la France métropolitaine pour un mois de juin, avec 27,5°C.

Dans la foulée de cette canicule, une étude dévoilée par la World Weather Attribution évalue la canicule de juin 2019 en la comparant aux précédentes périodes de trois jours où la température moyenne quotidienne a été la plus élevée en juin. L’article se penche sur deux échelles spatiales : la France entière et une ville, Toulouse.

Les scientifiques ont retenu comme indice la température moyenne quotidienne et non la température maximale. La température moyenne quotidienne est un meilleur indicateur d’impact sur la santé que la température maximale ou minimale, d’après les auteurs. En outre, les vagues de chaleur de plusieurs jours ont des effets sur la santé proportionnellement plus importants en Europe, et une durée de trois jours correspond assez bien à cette réalité.

Les observations montrent une très forte augmentation de la température relevée lors des vagues de chaleur en France. Actuellement, les auteurs de l’étude estiment qu’un événement comme celui de 2019 se produit avec une période de retour de 30 ans, mais des vagues de chaleur tout aussi fréquentes auraient probablement été d’environ 4 ºC plus froides il y a un siècle.

On peut voir ci-dessous pour chaque année, les périodes de 3 jours les plus chaudes au mois de juin, selon la définition retenue par l’étude (avec lissage sur 10 ans en vert).

Juin 2019 TG3:

Température moyenne sur 3 jours la plus chaude pour la France (Météo France). Source : WWA.

Les auteurs se sont demandé dans quelle mesure la probabilité et la gravité d’un événement de ce type avaient changé en raison du changement climatique anthropique.

D’après l’étude, les observations et presque tous les modèles montrent une forte augmentation de la probabilité de vagues de chaleur similaire à celle observée en juin 2019.

Les modèles climatiques ont des biais systématiques dans la représentation des vagues de chaleur à ces échelles et montrent des tendances moins fortes, des variations plus importantes d’une année à l’autre et moins de vagues de chaleur extrêmes que dans les observations. Ils simulent une augmentation de probabilité d’un facteur 2 à 20.

Pour la moyenne sur la France, les scientifiques constatent d’après les modèles que la probabilité d’avoir trois jours aussi chaud qu’en 2019 a été multipliée par au moins cinq depuis 1900.

Les auteurs de l’étude se sont également penchés sur les observations. Ils ont mis en parallèle le réchauffement estival en Europe et l’évolution de l’indice annuel des 3 jours les plus chauds en juin en France. Il s’avère d’après les observations que l’élévation des 3 jours les plus chauds au mois de juin en France est nettement plus importante que la  hausse de la température estivale en Europe. Pour chaque degré supplémentaire de réchauffement en Europe, on peut donc s’attendre à une amplification des extrêmes au mois de juin en France.

Les observations montrent ainsi que l’amplification en 2019 par rapport à 1900 pourrait être encore beaucoup plus élevée que ne le prévoient les modèles, d’un facteur 100 ou plus. Il y a donc quelque chose qui n’a pas été capté par les modèles. Ces derniers traduisent une variabilité interranuelle plus importante mais une tendance au réchauffement des extrêmes moins notable.

Pour la ville de Toulouse, les résultats sont très similaires bien que les incertitudes soient un peu plus grandes. On peut voir ci-dessous les observations en bleu et les modèles en rouge (France à gauche, Toulouse à droite).

summer-heat-2019-1

Gauche: Augmentation de la probabilité de la température moyenne la plus élevée sur trois jours sur la France. Bleu: observations. rouge: modèles climatiques. À droite: pareil pour Toulouse. Source : WWA.

De même, la tendance observée de la température lors d’un événement de fréquence similaire est d’environ +4 ºC, alors que les modèles climatiques montrent une tendance beaucoup plus basse.

summer-heat-2019-2

L’augmentation de la température est illustrée dans le graphique ci-dessus, à gauche de la moyenne sur la France, à droite de Toulouse. La tendance des observations est d’environ 4 ºC, et les tendances modélisées, autour de 2 ºC. Source : WWA.

L’étude montre une tendance au réchauffement beaucoup plus forte en France en juin par rapport à celle de la température estivale moyenne européenne, qui s’est réchauffée d’environ deux degrés.

Il est probable que l’assèchement des sols, qui induit moins de refroidissement par évaporation, contribue à une tendance amplifiée dans les régions à climat de transition entre conditions sèches et humides. On sait que cet effet est fort dans le sud de la France et dans d’autres régions méditerranéennes.

Quand l’humidité du sol est épuisée, une augmentation du rayonnement solaire se traduit directement par une forte augmentation de la température, alors que dans les zones plus humides l’évapotranspiration augmente avec la hausse de la température, atténuant l’élévation des températures.

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6 réponses »

  1. Il est plus que probable que le réchauffement climatique va amplifier (amplifie déjà) les événements extrêmes comme la canicule que nous venons de connaitre, le problème est qu’à l’échelle humaine la progression des températures est faible et imperceptible, par ailleurs on « s’habitue » aux évènements extrêmes, on trouve même des climatosceptiques parmi les victimes d’inondations, d’ouragans, de sécheresses qui attribueront leur malheurs à « pas de chance » ou autre chose (s’ils sont croyants…)

    La question est donc de savoir quand la situation sera devenue tellement dramatique qu’il sera difficile de nier la réalité ; pour le moment cette réalité ne se voit que dans des études scientifiques plus ou moins bien reprises (et comprises) par les grands médias traditionnels, ce qui explique le grand nombre de climatosceptiques et même l’inaction de la part de ceux qui acceptent la science mais ne veulent pas changer leurs habitudes.

  2. Pour l’instant, les méthodes de recalage des sorties de modèles physiques du climat (ceux utilisés dans les rapports du GIEC entre autres) se font sur une période de 20 ou 30 ans du passé, 1986-2005 pour ce qui a été utilisé dans le rapport AR5, publié en 2013-2014. De plus cette correction est statique. On remplace les moyennes et écarts simulés par les moyennes et écarts observés (de manière équivalente, on remplace les quantiles). Or, ce genre de méthode ne modifie en (presque) rien les organisations chronologiques. Donc si la tendance générale est très erronée en entrée, et l’article illustre que l’erreur peut atteindre un facteur 10 ou plus pour certains phénomènes rares, elle reste tout aussi erronée en sortie.

    Or, des méthodes de prise en compte des organisations chronologiques observées existent. Mais, elles restent pour le moment assez confidentielles. En effet, un gros « défaut » de ces méthodes est qu’elles indiquent d’ici à 2100, même dans le cadre des scénarios les plus faiblement émetteurs de GES, des élévations de températures bien supérieures à +1,5°C en moyenne mondiale. Quant au scénario du laisser faire (RCP 8.5) ainsi recalé, il indique sans guère ambiguïté une accélération exponentielle, sans retour. Pour ceux qui voudraient fouiller ce sujet de la non-représentativité des projections climatiques habituelles, vous pouvez commencer par http://www.sidam-massifcentral.fr/wp-content/uploads/2016/09/METHODE-CLIMATIQUE-2.pdf

    Comme le disait Valérie Masson-Delmotte (co-présidente du groupe 1 du GIEC) dans son audition publique au Sénat de l’année dernière, ce qui manque désormais essentiellement pour lutter contre le Changement Climatique, ce n’est plus la connaissance scientifique du phénomène mais c’est le courage dans la décision publique.

  3. Bonjour Johan,
    La climatologue Dorota Retelska a publié https://blogs.letemps.ch/dorota-retelska/la-fonte-des-banquises-accelere-le-rechauffement-climatique-et-en-devient-le-facteur-principal/?subscribe=success#blog_subscription-3 que la fonte des banquises, principalement antarctique, accélère le réchauffement climatique et en devient le facteur principal ou aggravant. Selon elle, la fonte de la glace sur l’océan Austral provoque maintenant un réchauffement comparable à celui dû aux émissions humaines, et si l’on y ajoute la disparition de la glace sur la mer Arctique, le réchauffement provoqué par l’assombrissement de la surface de la Terre semble plus fort que l’effet des activités humaines. Elle ajoute que la différence dans l’étendue de la glace suffit à expliquer pourquoi les dernières années sont si chaudes, et notamment pourquoi les températures ne sont pas redescendues en 2017 comme c’était habituellement le cas lors d’années El Nina.

    Avez-vous lu sur ce sujet dernièrement ? Savez-vous si les modèles climatiques actuels tiennent compte des observations rapportés dans cet article-là ?

    • Bonjour Jacques,
      Aussi stupéfiant que cela puisse paraitre au premier abord, les modèles climatiques physiques ne peuvent intégrer des observations météorologiques ou climatiques observées au fil de l’eau. Si vous tentez de le faire, cela provoque une instabilité numérique avec perte partielle du sens physique (de la causalité) pour plusieurs dizaines d’années de simulation. Vous ne pouvez le faire que de manière indirecte en jouant sur les processus censés être à l’origine du phénomène spécifique (par exemple la destruction rapide de la banquise antarctique) et vous avez intérêt à très bien les connaître. Je serai étonné que ce phénomène puisse être correctement intégré avant 2 ou 3 rapports du GIEC. Ce qui précède ne s’applique pas aux observations des teneurs en GES, qui sont effectivement intégrées au fil de l’eau, car il s’agit d’une contrainte « molle », très progressive.

      A propos des conséquences de ce phénomène de destruction de la banquise antarctique, encore débattues, il faut se rappeler que si les évolutions arctiques sont préférentiellement thermiques, celles de l’antarctique sont préférentiellement dynamiques. Donc, il est plausible que la destruction de la banquise antarctique soit une conséquence de l’accélération du courant circumpolaire, courant qui redistribue environ la moitié des quantités de chaleur transportées par l’ensemble des phénomènes atmosphériques et des courants marins sur la planète. Quand on regarde du coté de la paléoclimatologie, on trouve de telles accélérations, qui rafraichissent sensiblement l’hémisphère Sud et réchauffent sensiblement l’hémisphère Nord. Il suffit de quelques années pour que le transport de chaleur supplémentaire atteignent l’hémisphère Nord et la branche la plus active est celle qui se prolonge dans l’Atlantique. Donc, c’est peut-être déjà en train de se produire et, en ce cas, ça va sensiblement raidir la pente de l’évolution climatique sur nos territoires, pour les décennies à venir.

  4. Bonjour Vincent,
    Le nouvel article qu’a publié Vincent Rondreux https://dr-petrole-mr-carbone.com/co2-methane-n2o-halocarbures-500-ppm-equivalent-co2/ montre que la détérioration du climat continue de s’aggraver.
    Je le cite: Alors que la croissance économique et les émissions de CO2 demeurent en très grande partie liées et que les émissions de méthane progressent rapidement depuis une dizaine d’années –ce qui n’a pas encore été pris en compte dans les scénarios d’évolution compatibles avec la limite des +2°C, comment cette tendance pourrait encore s’inverser en si peu de temps autrement qu’avec de véritables ruptures ? Du reste, en France, le premier rapport du Haut Conseil pour le Climat, avec un ton certes feutré, parle lui-même de politiques de ruptures. Et des ruptures, c’est également ce que la Terre peut imposer, entre autres sous formes de crises, par exemple quand son pétrole -sang de nos sociétés basées sur des déplacements faciles et permanents, et également source du réchauffement planétaire- va connaître sa grande déplétion, inéluctable. C’est également ce que la Terre peut imposer avec des sécheresses, des précipitations, des inondations ou encore des tempêtes qui possèdent un point en commun: leur violence s’accroît. Selon les données du GIEC, au-delà de 500 ppm équivalent CO2, la concentration atmosphérique de gaz à effet de serre fait fondre, comme neige au soleil, les chances de limiter le réchauffement à +2°C depuis l’époque préindustrielle.

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