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Trois ouragans inhabituels ont touché la Terre autour du 25 octobre. Le cyclone Otis a dévasté la côte pacifique du Mexique, en particulier Acapulco. Dans l’hémisphère Sud, Lola s’est formé exceptionnellement tôt dans la saison et a frappé Vanuatu. Le Yemen a été touché par Tej qui a causé des graves dommages aux routes et aux récoltes. Le Yémen, ainsi que la côte ouest du Mexique, étaient peu exposés aux cyclones par le passé. Ces anomalies sont favorisées par les températures record des océans. Cette nouvelle menace a donc été créé récemment par le réchauffement climatique.
Des ouragans plus forts frappent la Terre et infligent des dommages croissants. Le changement de conditions climatiques, le réchauffement des océans, et l’augmentation de l’humidité atmosphérique favorisent des tempêtes plus intenses. Le nombre d’événements très forts augmente, les vents maximaux s’accélèrent, et la durée des tempêtes s’accroît.
Le cyclone Otis s’est formé dans le Pacifique. La côte Ouest du Mexique, et en particulier la ville d’Acapulco, a été ravagée. Les vents ont atteint 300 km/h. La métropole d’Acapulco abrite environ un million d’habitants, dans une région pauvre du Mexique. C’était par le passé une des stations balnéaires les plus célèbres du monde, et elle contient de nombreux hôtels. Toute la ville a été touchée, des centaines ou de milliers de bâtiments ont été endommagés, les trottoirs couverts de débris et de verre brisé, le courant interrompu. Les routes ont été inondées et ont subi des glissements de terrain, l’approvisionnement alimentaire s’est donc arrêté. Une colonne d’habitants a quitté la ville à pied. D’autres se sont servis dans les supermarchés dévastés, et la police le conseillait même. Près d’un million de personnes cherchent de l’eau potable ou des aliments dans la ville ravagée. Un pont aérien a été mis en place pour ravitailler les survivants. Actuellement, une centaine de personnes sont décédées ou portées disparues (Reuters). Le président mexicain a déclaré que son pays n’a jamais subi un tel ouragan. C’est l’un des plus forts dans l’histoire du pays, et il s’est formé très vite, en une dizaine d’heures. L’évacuation était donc impossible.
Otis a subi une intensification très rapide. Il est passé en environ 12 heures d’une tempête tropicale à 50 miles /heure à un ouragan de catégorie 5 à 165 miles/heure avec une pression de 923 mb, en vert sur l’image ci-dessous. Cette évolution est une des plus rapides observées dans le Pacifique-Est, près des côtes de l’Amérique. Les météorologues ne l’avaient pas prévu, leurs prévisions basées sur les modèles du passé (en jaune) étaient bien en deçà de la réalité.

Un expert du domaine décrit cette formation comme un événement millénal, trop rare pour être inclus dans les modèles. J’ai vraiment l’impression que cette définition ne s’applique plus aujourd’hui. Notamment, la Californie a été frappée cet hiver par un cyclone bombe exceptionnel. Il donc faudrait estimer la probabilité non pas d’un, mais de deux cyclones bombe rarissimes, la même année, sur la côte Pacifique de l’Amérique du Nord.
D’autre part, la connaissance que cet événement serait survenu tous les mille ans sans réchauffement climatique ne permet pas de faire des prévisions pour l’avenir, parce que les conditions météorologiques ont changé.
L’expert cite une étude qui s’est penchée sur les quarante dernières années. Elle montre que les phénomènes d’intensification rapide près des côtes des continents ont triplé au cours de la période 1980-2020.
Les conditions thermodynamiques ont changé, et ces événements se sont multipliés au cours de la période centrée sur l’an 2000 (moyenne 1980-2020). L’intensification rapide était auparavent considérée comme rare. Cependant, les températures élevées des océans favorisent le développement rapide de cyclones en augmentant l’intensité potentielle thermodynamique. Une intensification rapide se produit de plus en plus souvent, en particulier à une distance de 200 à 600 km des côtes. La proportion de cyclones qui se forment si vite a triplé entre 1980 et 2020. Fait très intéressant, la proportion des «champions», à intensification extrêmement rapide, comme Otis, augmente le plus vite, elle fait donc plus que tripler (étude).
Cette étude établit la multiplication de cyclones bombes dans les zones côtières des océans pendant la période 1980 à 2020. Plusieurs se sont produits au large du Japon (figure).
Un bon article détaillé d’USA today cite des experts des ouragans ainsi que deux autres études. Celles-ci rapportent que les phénomènes d’intensification rapide sont plus fréquents dans l’Atlantique (USA today). Ces travaux se confirment et se confortent mutuellement.
Nous savons donc aujourd’hui que le réchauffement de ces dernières années, les océans plus chauds, l’air plus chaud ainsi que l’augmentation de l’humidité atmosphérique apportent plus de cyclones bombes, en particulier des cyclones à intensification extrêmement rapide.
Cette année, la température des océans a battu tous les records, l’humidité et la température atmosphérique sont plus élevées. De telles conditions météorologiques ne se sont jamais produites avant et n’ont pas été étudiées. Le risque d’ouragans n’a probablement jamais été aussi élevé.
J’espère que ces récentes études portant sur les dernières décennies seront rapidement utilisées comme base de nouvelles recherches, et permettront de prévoir l’influence du réchauffement des océans et des changements de l’atmosphère. Ainsi, nous pourrons prévoir le comportement des ouragans cette année et dans le futur proche. Il faudra peut -être compter avec un risque d’intensification en quelques heures. Les villes auront si peu de temps pour se préparer. Les cyclones se forment maintenant si vite que les évacuations deviennent difficiles, et leur intensité augmente aussi. Les conséquences pourraient être tragiques. Au vingtième siècle, un ouragan avait provoqué plus de cent mille décès au Bangladesh. Ce pays a ensuite mis en place des évacuations d’un million de personnes avant l’arrivée des grosses intempéries, et cette solution repose sur les deux jours d’avance que les prévisions permettaient. Nous pourrions être bientôt confrontés à des catastrophes plus graves, avec plus de vent, plus de pluie, des ondes de tempêtes plus importantes et privés de la possibilité de les fuir.

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