Les températures de la Planète augmenteront pendant les prochaines décennies. Les catastrophes climatiques s’aggraveront au cours de cette période. A 2°C, il y aura beaucoup plus d’inondations et des vagues de chaleur plus fortes. Nous les subirons de plein fouet, probablement au cours des vingt prochaines années (James E.Hansen).

Elles exigent d’importantes mesures d’adaptation, un mélange d’aménagements de construction, d’évacuations lors des catastrophes et de gestion du risque qui inclura l’abandon de certains bâtiments. Sans intervention, les bords des rivières et des mers pourraient subir des inondations à répétition.  Pour gérer ces risques, l’Europe veut mettre en place une stratégie de prévention des catastrophes (lien).

Ce document suggère de bonnes solutions. Il note de façon très juste que la stratégie actuelle de gestion de crise est réactive. Nous nous adaptons seulement aux événements que nous avons déjà vus, alors que des cataclysmes plus graves sont prévus. Il constate une utilisation insuffisante des outils de prospective stratégique, d’anticipation et d’alerte précoce. 

Le document affirme le besoin d’une évaluation intégrée des risques, des menaces et de leurs effets en cascade, y compris extérieurs à l’UE.  Je pense en particulier à de graves catastrophes en Chine qui perturberaient leur production industrielle ou à des intempéries qui réduiraient les récoltes alimentaires dans les grandes plaines américaines ou ailleurs. 

Une coordination accrue entre différentes institutions, y compris l’armée, est souhaitée. La réponse aux crises doit inclure toute la société, même le secteur privé, et les mécanismes de financement qui devraient être accrus. 

Tous les jeunes hommes pourraient être formés au sauvetage lors d’inondations ou glissements de terrain (exemple en vidéo). Ces événements extrêmes sont aussi extrêmement coûteux, le déluge de Valence en 2024 a provoqué environ 30 milliards d’euros de dégâts.  Il a eu des conséquences importantes sur la société et les entreprises, a fait des blessés, et laissé des personnes sans abri, et les survivants dans des rues bloqués sans transport, électricité ni approvisionnement. La ville et le secteur privé ont aussi subi de nombreuses pertes et le fonctionnement normal a cessé pendant des semaines. 

L’Europe veut créer une union de la préparation aux catastrophes, qui inclurait une coordination renforcée entre les États membres, et une approche intégrée tous-risques rassemblant tous les outils disponibles. Les actions devraient s’articuler autour de l’anticipation, de la résilience des fonctions vitales de la société, de la coopération, et de la coordination de gestion des crises. 

La première action clé suggérée est une évaluation complète des risques et des menaces à l’échelle de l’UE. Celle-ci devrait s’appuyer sur des analyses scientifiques, des recherches et des innovations financées par l’UE, des systèmes d’alerte précoce en temps réel, la surveillance par satellite et des données géo-spatiales, telles que le service de gestion des urgences Copernicus, ou la SIAC, ainsi que sur les évaluations et les analyses économiques existantes aux niveaux européen et national. Ensuite ils conseillent d’améliorer la coordination et la capacité de prise de décision, les systèmes d’alerte précoce à l’arrivée des intempéries, de sensibiliser la population et de la préparer à une autonomie de 72 heures, et d’augmenter les stocks d’urgence européens.  

Pour la prévision des risques climatiques, le document suggère l’évaluation européenne des risques climatiques (EUCRA) sur laquelle j’avais écrit un blog (lien). Celle-ci est valable, relève notamment un risque d’inondation très élevé pour certaines villes d’Europe centrale. Elle note aussi que les dommages des épisodes extrêmes dépassent les prévisions. La Grande-Bretagne développe aussi un cadre pour la recherche sur l’adaptation au changement climatique (lien ). Ils y notent que les modèles climatiques ne renseignent pas sur tous les événements extrêmes qui nous frapperont ni sur leurs conséquences, et sur les vides entre la compréhension de ces risques et les solutions pratiques.

Les assurances ont tiré la sonnette d’alarme à ce sujet. Elles ont constaté que les dégâts assurés étaient bien plus importants que prévus. Hier, quelqu’un me disait encore que ce domaine intéresse les assurances, mais ce n’est absolument pas normal. Ces entreprises ne disposent pas de grandes équipes de scientifiques experts qui pourraient modéliser les effets du climat, et ce n’est pas leur rôle.

La protection de la population incombe aux gouvernements. Ceux-ci doivent mettre en place un observatoire des catastrophes qui comptabiliserait tous les dommages, qu’ils soient assurés ou non, et permettrait de faire des projections pour l’avenir. De telles institutions font actuellement défaut, j’essaie d’y pallier dans l’urgence, ainsi que par exemple l’Observatoire Keraunos (Keraunos), ou le Centre de surveillance des catastrophes naturelles (Centre). Une analyse scientifique des prévisions climatiques et des risques des aléas pour les populations est aussi nécessaire. Dans la recherche sur le climat, j’ai contacté plusieurs fois une scientifique dans une toute petite équipe qui a produit des données sur les événements extrêmes futurs, mais ne les a pas toutes analysées, faute de temps. Avec plus de personnel, ils pourraient aussi calculer plus de chiffres qui renseigneraient sur les extrêmes. C’est inouï, il s’agit d’informations sur la destruction de nos villes, de nos routes et de nos champs, qui dorment tranquillement sur des serveurs informatiques, alors que leurs échéances s’approchent. Ces données des modèles climatiques doivent être analysées, décrites de façon attrayante, en style journalistique ou de com, avec des images à l’appui, lisibles sur des sites web et communiquées à la population par tous les médias. La stratégie européenne souligne aussi le besoin d’une sensibilisation et d’une communication accrue. Ces mécanismes pour la gestion des catastrophes doivent être mis en place rapidement pour faire face aux graves dangers qui s’approchent.

Autre projet d’adaptation de l’Europe aux catastrophes publié ces derniers jours:

https://phys.org/news/2025-04-disaster-resilient-europe-experts-science.html

https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S2212420925001694?via%3Dihub


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2 responses to “Adaptation aux catastrophes climatiques en Europe”

  1. Avatar de marcblasband
    marcblasband

    Chère Dorota,

    Merci. Comme d’habitude une vision claire.

    J’ai l’intention de développer ce concept de préparation au niveau local, chez moi à Durbuy.

    Amitiés

    Marc

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  2. Avatar de Dorota Retelska

    Je regarde l’état du climat européen en 2024 de l’Organisation Météorologique Mondiale. Je dois avouer qu’ils font état de 90 000 solutions d’adaptation en cours en Europe. Cependant, je crains que l’étendue et la vitesse du changement ne soient sous-estimés. La directrice de l’OMM dit que l’Europe doit se préparer aux mêmes inondations et vagues de chaleur qu’en 2024. https://www.youtube.com/watch?v=1gu4N1MCDNw

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